Lubin Investment · Blog

Ces 7 actions presque parfaites de mon classement boursier

2026-07-03 ·

Sept entreprises que j'ai déjà analysées sur ce site obtiennent 9 sur 10 dans mon score de qualité: il leur manque un seul critère sur dix pour atteindre la perfection. Le critère raté n'est presque jamais le même d'une entreprise à l'autre: encaissement client, croissance, dette ou valorisation. Voici, une par une, ce qui leur manque exactement.

Pourquoi j'ai commencé à trier les presque-parfaites

Sur mon site, chaque action que j'analyse reçoit une note de qualité sur 10, calculée à partir de dix critères financiers objectifs: rentabilité, croissance, marges, dette, et plus encore. La plupart des entreprises se situent entre 4 et 7. Rares sont celles qui dépassent 8.

Et puis il y a ce groupe à part: des entreprises qui cochent neuf critères sur dix, et ratent le dixième de peu. Ni des bonnes affaires ratées, ni des perles rares au firmament: des entreprises solides à qui il manque littéralement un seul verrou pour atteindre le sommet. J'en ai réuni sept, toutes déjà couvertes sur ce site, pour comprendre ce qui, précisément, leur manque.

Comment fonctionne ma note sur 10

Je juge la qualité d'une entreprise séparément de son prix, sur dix critères précis: sa rentabilité, la croissance de ses ventes, la croissance de ses profits, sa marge de free cash flow (la part du chiffre d'affaires qui se transforme en cash réellement disponible), son rendement sur le capital investi, son endettement net rapporté à son cash annuel, le délai que mettent ses clients à la payer, la part de son bénéfice comptable qui se retrouve vraiment en cash, sa politique de rachat d'actions et, enfin, le prix de son action rapporté à ce cash.

Chaque critère est validé ou non, sans demi-mesure. Une entreprise qui valide les dix devient un 10 sur 10, une quasi-perfection statistique. En valider neuf sur dix, c'est déjà rarissime: la plupart des entreprises cotées trébuchent sur trois, quatre, parfois six critères à la fois.

9 sur 10, ce n'est pas un échec

Quand une entreprise rate un seul critère sur dix, ce n'est jamais un hasard: c'est un seuil strict qu'elle franchit presque, sans y arriver tout à fait. La nuance compte. Une entreprise à 5 sur 10 a des vrais problèmes structurels. Une entreprise à 9 sur 10 est une excellente entreprise avec un point faible identifiable, souvent secondaire face à la solidité du reste.

C'est là que la question devient intéressante: est-ce que le critère manquant est un problème sérieux ou un simple détail statistique ? Voyons cas par cas.

Le tableau des sept presque-parfaites

Voici les sept entreprises que j'ai identifiées, avec leur secteur, leur valorisation actuelle en multiple de leur free cash flow (le P/FCF, prix de l'action divisé par le cash généré chaque année) et le critère précis qui leur manque pour la perfection.

Entreprise (ticker)SecteurValorisation (P/FCF)Ce qui manque pour le 10/10
Paychex (PAYX)Logiciels d'application (paie et RH)19×Encaissement client trop lent (71 jours) et croissance sous 10 %/an
FactSet Research Systems (FDS)Données financières et bourses14,31×Croissance sous 10 %/an et valorisation hors zone d'achat
Booz Allen Hamilton (BAH)Conseil (secteur public)8,59×Dette la plus élevée du groupe et marge de cash plus faible
Allegion (ALLE)Sécurité et serrurerie18,67×Croissance sous 10 %/an et encaissement client lent (87 jours)
Erie Indemnity (ERIE)Courtage d'assurance25,25×Conversion du bénéfice en cash légèrement sous le seuil idéal
Jack Henry & Associates (JKHY)Technologie de l'information (logiciels bancaires)15,23×Croissance sous 10 %/an et valorisation hors zone d'achat
Verisign (VRSN)Infrastructure logicielle (registre de noms de domaine)24,10×Croissance la plus faible du groupe (5,4 %/an)

Paychex (PAYX): l'encaissement qui traîne

Paychex gère la paie, les ressources humaines et les avantages sociaux de centaines de milliers de petites et moyennes entreprises américaines. Le modèle est un classique de la qualité: revenus récurrents, marges élevées, clients qui ne changent presque jamais de prestataire de paie une fois installés. J'ai détaillé cette entreprise sur la page d'analyse de Paychex.

Ce qui lui manque tient en un chiffre: son délai d'encaissement client (le DSO, pour days sales outstanding, le nombre moyen de jours que mettent ses clients à régler leurs factures) atteint 71 jours, largement au-dessus du seuil que je juge sain. À cela s'ajoute une croissance un peu molle pour une entreprise de cette qualité: 7,7 % par an sur les ventes et 9,3 % sur les profits, sous mon seuil de 10 %.

FactSet Research Systems (FDS): la meilleure entreprise n'est pas toujours la meilleure affaire

FactSet vend aux analystes financiers et aux gérants de fonds des terminaux et des bases de données qui rivalisent avec le géant Bloomberg. Une fois qu'une équipe de gestion a bâti ses modèles et ses habitudes autour de FactSet, elle en change rarement: c'est le même ressort que Paychex, version Wall Street. J'en parle plus en détail sur la page d'analyse de FactSet.

Le problème de FactSet n'est pas dans son bilan, mais dans son prix. Sa croissance ralentit un peu (7,6 % sur les ventes, 8,3 % sur les profits, sous mon seuil), et surtout son action se valorise aujourd'hui 14,31 fois son free cash flow annuel, au-dessus du prix d'achat raisonnable que je fixe pour cette entreprise, autour de 140,92 dollars. Autrement dit, elle vaut le coup mais elle est encore un peu chère à mon goût.

Booz Allen Hamilton (BAH): la dette qui pèse un peu plus lourd

Booz Allen Hamilton conseille les agences fédérales américaines, la défense en tête, sur la technologie, la cybersécurité et l'intelligence artificielle. Ses contrats gouvernementaux pluriannuels lui donnent une visibilité que peu d'entreprises de conseil peuvent revendiquer. Détail complet sur la page d'analyse de Booz Allen Hamilton.

Ici, deux points retiennent mon attention. D'abord sa marge de free cash flow, à 7,9 %, plus faible que la moyenne des entreprises notées 10 sur 10 (jugée en observation, à surveiller sans être alarmante). Ensuite, sa dette nette rapportée à son cash annuel atteint 3,64, la plus élevée des sept entreprises de ce classement: il lui faudrait un peu plus de trois ans et demi de cash pour éponger sa dette. Son délai d'encaissement client, à 48 jours, reste correct en comparaison.

Allegion (ALLE): la croissance et les clients qui traînent

Allegion fabrique des serrures, des portes de sécurité et des systèmes de contrôle d'accès, entre autres pour Schlage, sa marque la plus connue. C'est une activité peu spectaculaire mais très rentable: on ne lésine pas sur la sécurité d'un bâtiment. J'ai détaillé son profil sur la page d'analyse d'Allegion.

Allegion cumule deux points faibles distincts. Sa croissance des ventes, à 8,2 % par an, reste sous mon seuil de 10 %. Et son délai d'encaissement client grimpe à 87 jours, le pire chiffre du groupe sur ce critère précis, un échec net. Sa valorisation actuelle, 18,67 fois son free cash flow, dépasse aussi mon prix d'achat raisonnable, fixé sous 113,51 dollars.

Erie Indemnity (ERIE): à un souffle de la perfection

Erie Indemnity a un modèle à part: elle ne vend pas directement d'assurance, elle gère, moyennant des frais, les opérations de l'Erie Insurance Exchange pour le compte de ses sociétaires. Une structure qui la protège en grande partie des sinistres tout en captant une partie des primes collectées. Plus de détails sur la page d'analyse d'Erie Indemnity.

Son seul accroc: la part de son bénéfice comptable qui se transforme vraiment en cash à la fin de l'année ressort légèrement sous le seuil que je considère idéal, à 0,94 (pour 1 dollar de bénéfice comptable, 94 cents finissent en cash réel). Son modèle de frais de gestion rend aussi le délai d'encaissement client impossible à calculer avec ma méthode habituelle. Sa valorisation, 25,25 fois son free cash flow, est en observation face à mon seuil d'achat de 240,82 dollars.

Jack Henry & Associates (JKHY): la croissance qui plafonne

Jack Henry fournit les logiciels centraux qui font tourner des milliers de petites banques et de coopératives de crédit américaines: gestion des comptes, paiements, conformité. Une fois qu'une banque a migré son système d'information vers Jack Henry, en changer relève du casse-tête, ce qui explique la fidélité quasi totale de ses clients. J'en parle davantage sur la page d'analyse de Jack Henry.

Comme FactSet, son point faible est la croissance: 7,2 % par an sur les ventes, 9,4 % sur les profits, sous mon seuil de 10 %. Son délai d'encaissement client, à 36 jours, est le meilleur des sept entreprises de ce classement. Reste sa valorisation, 15,23 fois son free cash flow, au-dessus de mon prix d'achat raisonnable de 87,68 dollars.

Verisign (VRSN): un monopole qui grandit à peine

Verisign gère l'infrastructure technique derrière chaque nom de domaine en .com et .net dans le monde: une position de quasi-monopole encadrée par un contrat avec le gouvernement américain. À chaque fois qu'un site en .com est enregistré ou renouvelé, Verisign touche sa part. Détail complet sur la page d'analyse de Verisign.

Le revers de ce monopole, c'est qu'il ne grandit presque plus: la croissance des ventes de Verisign, à 5,4 % par an, est la plus faible des sept entreprises de ce classement. Son rendement du capital investi n'est par ailleurs pas calculable dans mon modèle, faute de données comparables pour ce type de structure. Sa valorisation, 24,10 fois son free cash flow, dépasse mon seuil d'achat de 169,71 dollars.

Ce que ces sept entreprises m'apprennent

Regarde la répartition des fautes: Paychex et Allegion butent toutes les deux sur l'encaissement client, mais pour des raisons différentes. FactSet, Jack Henry et Verisign butent sur la croissance, mais Verisign le fait avec la croissance la plus faible du groupe pour une raison structurelle (un marché mature), quand FactSet et Jack Henry ralentissent simplement un peu. Booz Allen Hamilton est seule sur la dette. Erie Indemnity est seule sur la conversion du bénéfice en cash.

Il n'y a pas un talon d'Achille type des entreprises presque parfaites. Ma méthode ne cherche pas un seul défaut universel: elle mesure dix dimensions indépendantes, et chaque entreprise a la sienne. C'est d'ailleurs assez rassurant: une entreprise peut être remarquable sur neuf plans et rester perfectible sur un dixième, sans que ce soit un signal d'alarme. Le vrai travail, c'est de savoir lequel, et de juger s'il compte pour toi.

Ma méthode, en résumé

C'est exactement le genre de comparaison que je voulais pouvoir faire en quelques secondes, pour n'importe quelle action, sans relire dix rapports annuels à chaque fois. J'ai construit ma méthodologie autour de cette idée: séparer la qualité du prix, noter chaque critère sans complaisance, et assumer qu'une entreprise à 9 sur 10 mérite d'être regardée d'aussi près qu'une entreprise à 10 sur 10.

FAQ

Une entreprise notée 9 sur 10, est-ce un bon investissement ?

Ça dépend du critère manquant et de son prix. La note de qualité ne dit rien du prix payé: une excellente entreprise achetée trop cher peut rester un mauvais investissement le temps que le marché rattrape sa valorisation.

Pourquoi aucune de ces sept entreprises n'a 10 sur 10 ?

Parce que chacune franchit un seuil strict que je juge important: encaissement client trop long, croissance sous 10 % par an, dette plus élevée que la moyenne, ou valorisation au-dessus de mon prix d'achat raisonnable. Aucune de ces failles n'est rédhibitoire, mais mes critères ne font pas de cadeau.

C'est quoi le délai d'encaissement client (DSO) ?

Le nombre moyen de jours que mettent les clients d'une entreprise à payer leurs factures après une vente. Plus il est court, plus l'entreprise transforme vite ses ventes en cash réellement disponible.

Le P/FCF, c'est quoi exactement ?

Le prix de l'action divisé par le free cash flow annuel généré par l'entreprise. Un P/FCF de 15 signifie que tu paies aujourd'hui l'équivalent de 15 années de ce cash au rythme actuel. Plus il est bas, moins l'action est chère.

Une note de 9 sur 10 peut-elle évoluer avec le temps ?

Oui, la note change à chaque publication de résultats trimestriels ou annuels. Une entreprise peut corriger son point faible, par exemple accélérer sa croissance, et grimper à 10, ou au contraire se dégrader sur un autre critère.

Analyser une action sur Lubin Investment

À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).