La dette dans notre méthode : le critère bilan qui élimine les actions populaires
2026-06-22 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
Dans la méthode Lubin, la dette est un filtre éliminatoire. Une entreprise trop endettée voit ses coûts fixes grimper, sa flexibilité chuter et ses résultats s'amplifier à la baisse lors des crises. Nous mesurons la dette deux façons : le ratio dette/fonds propres et la couverture des intérêts. Les entreprises qui ne passent pas ce filtre sont exclues, quelle que soit leur notoriété.
- La dette augmente les coûts fixes et réduit la marge de manœuvre en période difficile.
- Nous mesurons la dette deux façons : ratio dette/fonds propres et couverture des intérêts par le résultat opérationnel.
- Des actions très populaires échouent à ce critère : AT&T, Delta Airlines, Lennar.
- Des entreprises solides passent le filtre malgré leur taille : Qualys (QLYS) et Kinsale Capital (KNSL).
- Croître sans s'endetter est le signe d'un vrai pouvoir de fixation des prix et d'une efficacité du capital supérieure.
Pourquoi la dette change tout
Beaucoup d'investisseurs regardent le chiffre d'affaires, la marge ou la croissance, et oublient le bilan. C'est une erreur. Une entreprise endettée ressemble à un cycliste avec un sac de sable dans le dos : elle peut avancer, mais la pente la tue. La dette impose des charges d'intérêts fixes que l'entreprise doit payer même quand ses revenus chutent. En période de crise, elle n'a pas la liberté de baisser ses prix, d'embaucher, de racheter ses actions ou d'investir. Elle survit. Les entreprises sans dette, elles, peuvent attaquer.
Comment nous mesurons la dette : deux ratios
Premier ratio : le ratio dette totale sur fonds propres. Nous prenons l'ensemble des dettes au bilan et nous les rapportons aux fonds propres des actionnaires. Un ratio supérieur à 1 signifie que l'entreprise doit plus à ses créanciers qu'elle ne vaut en fonds propres. C'est un signal d'alerte. Nous préférons les entreprises dont ce ratio est inférieur à 0,5.
Deuxième ratio : la couverture des intérêts. Nous divisons le résultat opérationnel par les charges d'intérêts annuelles. Un ratio de 2 signifie que l'entreprise gagne deux fois ses intérêts. Nous voulons au moins 5, de préférence 10 ou plus.
Les actions populaires éliminées par ce filtre
| Entreprise | Secteur | Problème de dette | Résultat du filtre |
|---|---|---|---|
| Delta Airlines (DAL) | Transport aérien | Dette massive au bilan, structurelle | Éliminée |
| AT&T (T) | Télécom | Dette long terme colossale issue des acquisitions | Éliminée |
| Lennar (LEN) | Construction résidentielle | Ratio dette/fonds propres supérieur à 1 | Éliminée |
| Qualys (QLYS) | Cybersécurité SaaS | Quasi sans dette, autofinancée | Retenue |
| Kinsale Capital (KNSL) | Assurance spécialisée | Trésorerie supérieure aux dettes | Retenue |
AT&T a accumulé une dette long terme considérable en rachetant DirecTV, WarnerMedia et d'autres actifs. Même après avoir cédé une partie de ces acquisitions, la dette reste très élevée. Le résultat : une large part du free cash flow sert à payer les intérêts et rembourser le principal, au lieu d'être réinvesti dans la croissance ou redistribué aux actionnaires.
Le signal plus profond : croître sans emprunter
La vraie raison pour laquelle nous pénalisons la dette n'est pas une question de prudence comptable. C'est un signal sur la qualité du modèle économique. Une entreprise qui peut grandir sans emprunter démontre qu'elle possède un vrai pouvoir de fixation des prix : ses clients lui paient assez pour qu'elle finance sa propre croissance.
FAQ
Pourquoi la dette est-elle le premier filtre et non la rentabilité ?
Parce qu'une entreprise rentable mais très endettée peut voir sa rentabilité disparaître rapidement en cas de hausse des taux ou de ralentissement. La dette crée une fragilité structurelle qui remet en cause tous les autres critères.
Quel ratio dette/fonds propres est acceptable selon la méthode Lubin ?
Nous visons un ratio inférieur à 0,5. Au-dessus de 1, l'entreprise est généralement éliminée, sauf exception dûment justifiée.
Les utilities et les foncières sont-elles systématiquement exclues ?
La plupart le sont, car leur modèle repose structurellement sur l'effet de levier. Cela limite notre univers, mais améliore la qualité moyenne de nos entreprises retenues.
Qualys et Kinsale sont-elles des recommandations d'achat ?
Non. Elles illustrent ce que notre méthode considère comme un bilan sain. Ceci n'est pas un conseil en investissement.
Une entreprise sans dette est-elle forcément meilleure qu'une entreprise légèrement endettée ?
Pas nécessairement. Un ratio de 0,2 avec une couverture des intérêts de 20 est largement acceptable. C'est la contrainte qui pose problème, pas la dette en soi.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, j'analyse les actions par les fondamentaux depuis plusieurs années et j'investis mon propre argent avec cette méthode. Je l'ai codifiée dans un outil qui juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).