Ericsson (ERIC) : l'équipementier télécom bradé en bourse
2026-07-07 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Ericsson, le groupe suédois d'équipements télécoms, valide presque tous mes critères de qualité (rentabilité solide, dette quasi nulle, rendement du capital élevé) et se négocie à peine plus d'une année de son cash flow disponible. Mais ses ventes reculent depuis cinq ans. La question centrale : ce recul est-il en train de s'arrêter, ou le marché a-t-il raison de rester méfiant ?
À retenir
- Ericsson valide 5 des 6 critères financiers principaux de mon screener, avec une note de qualité de 9 sur 10.
- L'action se négocie à environ 1,2 fois son cash flow disponible annuel, l'une des valorisations les plus basses de tout mon univers suivi.
- Le point noir : les ventes reculent de 4,5 % par an en moyenne sur 5 ans, un vrai signal d'alerte dans un marché des télécoms disputé par Nokia et Huawei.
- La dette nette est négative : Ericsson dispose de plus de trésorerie que de dette, un vrai coussin de sécurité.
Ce que fait Ericsson
Ericsson fabrique les antennes, les stations de base et les logiciels réseau qui font fonctionner les réseaux mobiles des opérateurs télécoms partout dans le monde, du 4G au déploiement de la 5G. C'est un métier d'infrastructure lourde : les opérateurs choisissent un fournisseur pour des années, parfois des décennies, ce qui devrait en théorie donner à Ericsson un vrai pouvoir de fixation des prix une fois le contrat signé.
Une rentabilité qui tient, une croissance qui recule
Les chiffres de rentabilité sont solides : marge nette de 12 %, rendement du capital investi en cash de 35,5 %, et surtout un bénéfice qui se transforme quasiment intégralement en cash réel (un ratio de conversion de 1,03, ce qui veut dire que chaque dollar de bénéfice comptable devient un dollar de cash, un signe de comptabilité saine). Le nombre d'actions est resté stable sur 5 ans, signe que la direction ne dilue pas les actionnaires existants.
Le vrai point faible, c'est la croissance : les ventes d'Ericsson reculent de 4,5 % par an en moyenne sur les cinq dernières années. Ce n'est pas anodin : Nokia lui dispute le marché occidental, pendant que Huawei domine largement en dehors des marchés qui l'ont banni pour raisons de sécurité nationale (Europe de l'Ouest, Amérique du Nord notamment). Un marché des télécoms où les opérateurs investissent par cycles, avec des années fastes suivies de pauses dans les dépenses, explique une partie de cette baisse. Mais un recul sur cinq ans complets n'est pas qu'un simple creux de cycle.
Pourquoi l'action se négocie-t-elle si bas
Ericsson se valorise à peine 1,2 fois son free cash flow (le cash disponible qu'elle génère chaque année) : un P/FCF aussi bas, tu ne le vois presque jamais chez une entreprise rentable et bien gérée. Un P/FCF de 1,2 veut dire que si tu achetais l'entreprise entière aujourd'hui, un peu plus d'une seule année de son cash suffirait presque à te rembourser ton investissement, si le cash actuel se maintenait. C'est le genre de prix qu'on trouve généralement chez une entreprise que le marché juge en déclin structurel, pas chez une qui gagne encore beaucoup de cash.
Le marché parie ici sur une poursuite du recul des ventes, une intensification de la guerre des prix face à Nokia, ou une perte de parts de marché encore plus marquée face à des concurrents chinois subventionnés sur les marchés qui leur restent ouverts.
Le moat d'Ericsson : réel, mais qui s'érode
Le moat d'Ericsson, son avantage concurrentiel durable, vient du coût de changement de fournisseur pour un opérateur télécom : remplacer un réseau entier d'équipements est coûteux, lent et risqué. Ce moat existe encore, mais il s'est affaibli avec la multiplication des fournisseurs viables (Nokia, Samsung dans certains marchés) et la pression des régulateurs pour éviter la dépendance excessive à un seul acteur.
Le bilan est un vrai point fort
Contrairement à beaucoup d'entreprises industrielles en difficulté, Ericsson n'est pas endettée : sa dette nette est négative, ce qui veut dire qu'elle dispose de plus de trésorerie que de dette totale. C'est un vrai coussin de sécurité si le recul des ventes devait se prolonger : l'entreprise a les moyens de tenir, d'investir en R&D, et de continuer à rémunérer ses actionnaires sans avoir besoin de vendre des actifs dans l'urgence.
Ce que j'en retiens
Ericsson est un cas d'école de la tension entre qualité financière et doute du marché sur l'avenir du métier. Les chiffres de rentabilité et de bilan sont excellents, mais la baisse continue des ventes sur cinq ans est un vrai signal que je ne balaie pas d'un revers de main. Avant de conclure que c'est une pépite bradée, il faut avoir une conviction sur un point précis : le recul des ventes va-t-il s'arrêter avec le déploiement massif de la 5G, ou est-ce le début d'un déclin plus profond face à une concurrence chinoise structurellement moins chère ? Comprendre cette tension entre qualité mesurée et doute du marché, c'est exactement ce que ma méthode essaie de rendre visible pour n'importe quelle action.
FAQ
Pourquoi Ericsson se valorise-t-elle si bas en bourse ?
Parce que ses ventes reculent depuis cinq ans (-4,5 % par an en moyenne) et que le marché anticipe une poursuite de ce déclin face à la concurrence de Nokia et des fournisseurs chinois.
Ericsson est-elle une entreprise de qualité malgré ce recul ?
Sur le plan financier, oui : rentabilité solide, dette nette négative, et un rendement du capital investi élevé de 35,5 %. La note de mon screener est de 9 sur 10. Le point faible reste la croissance des ventes.
Quel est le principal risque sur Ericsson ?
Une poursuite ou une accélération du recul des ventes, dans un marché des télécoms disputé par Nokia et par des fournisseurs chinois subventionnés hors des marchés où ils sont interdits.
Ericsson a-t-elle beaucoup de dette ?
Non, au contraire : sa dette nette est négative, ce qui signifie qu'elle détient plus de trésorerie que de dette totale, un vrai coussin de sécurité.
Comment Ericsson gagne-t-elle de l'argent ?
En vendant des antennes, des stations de base et des logiciels réseau aux opérateurs télécoms du monde entier pour faire fonctionner leurs réseaux mobiles, du 4G à la 5G.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).