Lubin Investment · Blog

Services pétroliers : les 3 actions de qualité

2026-07-03 ·

Dans le secteur pétrolier et gazier, seules trois entreprises, SLB, TechnipFMC et Cactus, réussissent mes dix critères de qualité. Aucune n'extrait de pétrole : toutes vendent de la technologie et des services aux producteurs, facturés indépendamment du prix du baril. C'est cette différence de modèle qui explique leur solidité financière.

À retenir

Pourquoi comparer ces trois entreprises ensemble

J'ai déjà publié une analyse complète sur SLB, sur TechnipFMC et sur Cactus, chacune prise séparément. Ce qui manquait, c'est la vue d'ensemble : pourquoi ces trois-là, précisément, et pas les dizaines d'autres entreprises pétrolières et gazières que mon outil a passées au crible ? La réponse tient en une phrase : elles ne vendent pas de pétrole, elles vendent des services et des équipements à ceux qui en produisent.

Le piège qui fait confondre producteur et fournisseur

Une entreprise pétrolière au sens strict, ExxonMobil, Chevron ou Occidental pour ne citer que les plus connues, tire son chiffre d'affaires de la vente d'un baril de pétrole ou d'un mètre cube de gaz. Le prix de ce baril, elle ne le fixe pas : il dépend de l'offre mondiale, des décisions de l'OPEP+, de la demande chinoise, d'une guerre au Moyen-Orient. Cette entreprise-là est ce qu'on appelle un price taker : elle prend le prix du marché, elle ne le négocie pas.

SLB, TechnipFMC et Cactus ne vendent aucun baril. Elles vendent du matériel de forage, des équipements de tête de puits, des systèmes sous-marins, de la sismique, du logiciel, de la maintenance. Leurs clients sont les producteurs eux-mêmes. Une bonne partie de leurs revenus vient de contrats de service et d'équipements facturés à l'unité ou à la prestation, largement indépendamment du prix du jour du baril. Ce n'est pas une immunité totale : si le pétrole s'effondre durablement, les producteurs réduisent leurs investissements et les commandes ralentissent aussi. Mais l'exposition est bien plus indirecte.

Pourquoi aucun producteur de pétrole ne figure dans mon classement qualité

J'ai déjà expliqué ailleurs sur le site pourquoi les producteurs de pétrole et de gaz ratent presque systématiquement mes critères de qualité. Dit autrement : leur chiffre d'affaires dépend d'un prix qu'ils ne contrôlent pas, et une bonne partie de leur cash disponible, souvent entre 70 et 90 %, part directement en capex (l'argent réinvesti dans le forage de nouveaux puits), rien que pour compenser le déclin naturel de la production existante. Un puits de pétrole, ça s'épuise. Il faut sans cesse en forer de nouveaux pour maintenir le même niveau de production, ce qui laisse peu de cash libre au bout du compte, justement le critère central de ma méthode.

Les équipementiers et les sociétés de services, eux, n'ont pas ce problème de déclin structurel : leur actif, c'est leur technologie, leurs brevets, leur réseau de service, pas un gisement qui s'épuise. C'est exactement ce qui leur permet de dégager davantage de cash libre et de passer mes critères là où les producteurs échouent presque tous.

Le comparatif chiffré

Avant de détailler chacune, voici le comparatif chiffré des trois entreprises, tel qu'il ressort de mon outil d'analyse.

CritèreSLBTechnipFMC (FTI)Cactus (WHD)
Note de qualité10/1010/1010/10
Prix de l'action54,89 $66,84 $56,64 $
Valorisation (P/FCF)18,92×19,82×14,75×
Marge de free cash flow12,1 %13,2 %26,9 %
Cash ROCE21,1 %30,4 %21,4 %
Marge nette9,3 %10,6 %6,2 %
Croissance du chiffre d'affaires (5 ans)≈13,3 %/an≈12,6 %/an≈30,6 %/an
Capitalisation boursière≈82,0 Md$≈26,6 Md$≈4,7 Md$
Dette nette / FCF2,03-0,33 (trésorerie nette)-0,86 (trésorerie nette)
Délai d'encaissement clients97 jours39 jours183 jours

SLB, le mastodonte qui fait tout

SLB, l'ancien Schlumberger qui a changé de nom en 2022, est le plus gros des trois de loin : environ 82 milliards de dollars de capitalisation boursière, largement plus que TechnipFMC et Cactus réunis. L'entreprise est organisée en quatre grandes activités : le numérique et l'intégration (logiciels, sismique, intelligence artificielle appliquée à l'exploration), la performance des réservoirs (évaluer et stimuler un gisement), la construction de puits (forage et fluides de forage), et enfin les systèmes de production, qui couvrent aussi bien les équipements de surface que sous-marins.

Avec un chiffre d'affaires qui a progressé d'environ 13,3 % par an en moyenne sur cinq ans, une marge de free cash flow de 12,1 % (sur 100 dollars de ventes, 12,10 dollars deviennent du cash vraiment disponible) et un Cash ROCE de 21,1 % (le rendement que dégage l'entreprise sur le capital qu'elle a investi, mesuré en cash plutôt qu'en bénéfice comptable), SLB reste une machine solide. Le point que je surveille : son endettement net rapporté à son free cash flow atteint 2,03, le plus élevé des trois. Ce n'est pas alarmant en soi, mais c'est un chiffre à garder à l'œil si le cycle se retourne.

Autre point d'attention : le délai moyen que met SLB à encaisser ses factures clients, 97 jours, est le plus long des trois. Ça veut dire que l'entreprise attend en moyenne plus de trois mois entre la livraison d'une prestation et le paiement effectif, un signe d'un rapport de force un peu moins favorable face à ses gros clients pétroliers que TechnipFMC.

Et côté prix ? À 54,89 dollars, SLB se valorise 18,92 fois son free cash flow, le P/FCF (price to free cash flow), le prix de l'action rapporté au cash réellement généré chaque année. Ma méthode calcule un prix d'achat raisonnable autour de 37,15 dollars pour cette entreprise : on est donc largement au-dessus, l'action n'est pas en zone d'achat selon mes critères, même si sa qualité ne fait aucun doute. Tu peux retrouver le détail complet sur la page d'analyse de SLB.

TechnipFMC, le spécialiste du sous-marin

TechnipFMC est né en 2017 de la fusion entre le français Technip et l'américain FMC Technologies. L'entreprise s'est recentrée sur un seul métier, mais un métier de pointe : la conception, la fabrication et l'installation d'équipements sous-marins (le subsea, tout ce qui reste posé sur le fond marin pour extraire le pétrole ou le gaz offshore : têtes de puits sous-marines, manifolds, ombilicaux). Son concept phare s'appelle l'iEPCI (integrated engineering, procurement, construction and installation) : au lieu de vendre des équipements puis de laisser un tiers les installer, TechnipFMC gère le projet sous-marin de bout en bout, ce qui raccourcit les délais et augmente ses marges.

Sur les trois entreprises du classement, TechnipFMC affiche le meilleur Cash ROCE, 30,4 %, et une marge nette de 10,6 %, la plus élevée du trio. Sa dette nette rapportée au free cash flow est négative, -0,33, ce qui veut dire que l'entreprise a plus de trésorerie que de dette : elle pourrait rembourser toute sa dette avec son cash disponible et il lui en resterait. Sa capitalisation boursière, environ 26,6 milliards de dollars, la place clairement en dessous de SLB mais très au-dessus de Cactus.

Le détail qui me plaît chez TechnipFMC : son délai d'encaissement clients n'est que de 39 jours, le plus court des trois. Ça traduit un vrai pouvoir de négociation face à ses clients, les grandes compagnies pétrolières qui commandent des projets sous-marins à plusieurs centaines de millions de dollars. À 66,84 dollars, l'action se valorise 19,82 fois son free cash flow. Le détail est sur la page d'analyse de TechnipFMC.

Cactus, le pure-play des têtes de puits

Cactus est de très loin la plus petite des trois, avec une capitalisation d'environ 4,7 milliards de dollars, presque 20 fois moins que SLB. Fondée en 2011 par la famille Bender pour servir le boom du pétrole et du gaz de schiste américain, l'entreprise s'est bâtie sur un métier précis : les têtes de puits et les équipements de contrôle de pression en surface (la tête de puits est l'assemblage de vannes posé au sommet d'un puits qui régule la pression et permet l'extraction en toute sécurité). Depuis le rachat de FlexSteel en 2023, Cactus s'est aussi diversifiée dans les tuyaux flexibles enroulables, une deuxième activité venue compléter son cœur de métier historique.

Les chiffres racontent une histoire différente de celle de SLB ou TechnipFMC. La croissance du chiffre d'affaires de Cactus a tourné autour de 30,6 % par an sur cinq ans, très largement la plus forte des trois, portée par les acquisitions et par son ancrage dans les bassins de schiste américains où la demande d'équipements est structurellement forte. Sa marge de free cash flow, 26,9 %, écrase littéralement celle de ses deux concurrents plus gros : sur 100 dollars de ventes, presque 27 deviennent du cash disponible. Sa dette nette rapportée au FCF est négative, -0,86, signe d'un bilan très solide.

En revanche, sa marge nette, 6,2 %, est la plus faible des trois : une structure de coûts différente, une entreprise plus jeune, moins de volume pour amortir les frais fixes que le géant SLB. Et son délai d'encaissement clients, 183 jours, presque six mois, est de loin le plus long : un point à surveiller, surtout pour une entreprise de cette taille, plus sensible qu'une SLB à un client qui paie en retard. À 56,64 dollars, Cactus se valorise 14,75 fois son free cash flow, la valorisation la plus basse des trois. Le détail est sur la page d'analyse de Cactus.

Ce que cette comparaison change pour toi

Ces trois entreprises partagent le même socle, dix critères de qualité réussis, mais elles ne se ressemblent pas du tout. SLB, c'est la taille et la diversification, avec un endettement à surveiller et un prix qui n'est, à l'heure où j'écris, pas encore une affaire selon ma méthode. TechnipFMC, c'est la rentabilité du capital la plus élevée et un bilan très propre, sur un métier plus concentré, le sous-marin. Cactus, c'est la croissance et la marge de cash les plus fortes, dans une taille plus petite et donc plus volatile, avec un point faible assumé sur le délai de paiement de ses clients.

Aucune des trois n'est à l'abri d'un vrai retournement du secteur : si les producteurs de pétrole réduisent massivement leurs investissements pendant plusieurs années, les commandes de forage, d'équipements sous-marins ou de têtes de puits ralentissent aussi, avec un décalage de quelques trimestres. La différence avec un producteur pur, c'est que ce choc arrive de façon plus indirecte et plus lente, et que ces trois entreprises abordent un ralentissement éventuel avec des bilans nettement plus solides que la moyenne du secteur pétrolier.

Comment j'ai construit ce classement

Je ne regarde jamais la qualité d'une entreprise à l'instinct. J'ai codifié dix critères financiers concrets (rentabilité, croissance des ventes et du cash, gestion de la dette, rendement du capital investi, entre autres) et je les applique de la même façon à n'importe quelle action, secteur pétrolier ou pas. Sur l'ensemble des entreprises pétrolières et gazières que mon outil a passées au crible, SLB, TechnipFMC et Cactus sont, à ce jour, les seules à cocher les dix cases. C'est exactement le genre de distinction que je voulais pouvoir faire en quelques secondes pour n'importe quelle action, alors je l'ai construite dans mon outil d'analyse.

FAQ

Pourquoi aucune entreprise pétrolière productrice, comme ExxonMobil ou Chevron, n'apparaît dans ce classement ?

Parce que leur chiffre d'affaires dépend directement d'un prix du baril qu'elles ne contrôlent pas, et qu'une grande partie de leur cash, souvent entre 70 et 90 %, part en investissements juste pour compenser le déclin naturel de leurs puits. Il leur reste très peu de cash libre, ce qui les empêche de passer mes critères de qualité.

Qu'est-ce que le Cash ROCE et pourquoi je le regarde ?

Le Cash ROCE mesure le cash généré par l'entreprise rapporté au capital qu'elle a investi pour le produire (dette et capitaux propres). Plus il est élevé, plus l'entreprise crée de valeur avec chaque dollar investi. TechnipFMC affiche le meilleur des trois, 30,4 %.

Quelle est la vraie différence entre SLB, TechnipFMC et Cactus ?

SLB est un généraliste mondial présent sur toute la chaîne (sismique, forage, production). TechnipFMC est spécialisée dans les équipements et l'ingénierie sous-marine. Cactus est un pure-play, plus petit et plus concentré, sur les têtes de puits et les équipements de surface, surtout aux États-Unis.

SLB est-elle une bonne action à acheter aujourd'hui ?

SLB est une entreprise de grande qualité selon mes dix critères, mais mon prix d'achat raisonnable se situe autour de 37,15 dollars, contre un cours actuel de 54,89 dollars. Elle n'est donc pas, à ce prix, dans ma zone d'achat, même si sa qualité n'est pas en cause. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé.

Le secteur des services pétroliers est-il sans risque ?

Non. Ces entreprises restent liées, de façon indirecte, aux investissements des producteurs de pétrole et de gaz. Si ces investissements chutent durablement, les commandes ralentissent aussi, avec quelques trimestres de décalage. Elles abordent toutefois ce risque avec des bilans nettement plus solides que la moyenne du secteur.

Analyser une action sur Lubin Investment

À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).