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Rémunération en actions : le coût caché pour toi

2026-07-13 ·

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La rémunération en actions, c'est quand une entreprise paie une partie de ses salariés en actions plutôt qu'en cash. Ça n'apparaît quasiment pas comme une dépense qui réduit le bénéfice net publié, mais ça dilue quand même les actionnaires existants, ou ça consomme du vrai cash si l'entreprise rachète ces actions pour compenser. L'écart entre entreprises est énorme : chez certaines, ça représente moins de 1 % du cash généré ; chez d'autres, plus de 40 %.

C'est quoi, la rémunération en actions ?

Beaucoup d'entreprises, surtout dans la technologie, paient une partie du salaire de leurs employés (souvent les ingénieurs et les dirigeants) sous forme d'actions de l'entreprise plutôt qu'en argent liquide. On appelle ça la rémunération en actions, ou stock-based compensation en anglais. L'idée de départ n'est pas absurde : aligner l'intérêt des salariés sur celui des actionnaires, puisque si l'action monte, le salarié en profite directement.

Pourquoi ça ne se voit presque pas dans le bénéfice net

C'est là que ça devient intéressant à comprendre. Comptablement, la rémunération en actions est bien comptée comme une charge, mais elle ne sort quasiment jamais de cash de l'entreprise au moment où elle est versée : l'entreprise crée simplement de nouvelles actions (ou utilise des actions déjà détenues) pour payer le salarié, plutôt que de sortir un chèque. Résultat : le bénéfice net publié encaisse bien la charge comptable, mais le vrai coût, lui, ne se voit pas dans les flux de trésorerie de la même façon qu'une dépense classique. C'est pour ça que je regarde toujours le cash réellement généré (le free cash flow) en plus du bénéfice comptable.

Le vrai coût : la dilution des actionnaires existants

Chaque nouvelle action créée pour payer un salarié, c'est une part plus petite du gâteau pour toi, actionnaire existant. Si l'entreprise ne fait rien pour compenser, le nombre total d'actions augmente chaque année, et ta part de l'entreprise (et des bénéfices futurs) rétrécit mécaniquement, même si le prix de l'action ne bouge pas. Certaines entreprises rachètent leurs propres actions pour compenser cette dilution et maintenir le nombre de titres stable ou en baisse, mais ce rachat, lui, coûte du vrai cash. D'une manière ou d'une autre, la rémunération en actions a toujours un coût réel pour l'actionnaire, caché derrière la comptabilité.

Un écart concret : ServiceNow contre Interactive Brokers

Dans mon filtre, je calcule la part du free cash flow qui part chaque année en rémunération en actions. L'écart entre entreprises est saisissant. Chez ServiceNow, un éditeur de logiciels d'entreprise, la rémunération en actions représente environ 44 % du free cash flow généré sur la période récente : près de la moitié du cash disponible part, d'une façon ou d'une autre, en actions pour les salariés. Chez Interactive Brokers, le courtier en ligne, ce chiffre tombe à environ 0,7 %, quasiment rien. Deux entreprises très profitables, mais un rapport de plus de 60 entre les deux sur ce seul critère.

Pourquoi cet écart existe-t-il ?

Le secteur explique une grande partie de l'écart. Les entreprises de logiciel doivent attirer et retenir des ingénieurs très recherchés dans un marché du travail compétitif, et l'action est devenue l'outil de rémunération standard de toute la Silicon Valley : refuser d'en distribuer reviendrait à perdre la course au talent. Les entreprises financières comme Interactive Brokers, plus automatisées et moins dépendantes d'une masse d'ingénieurs, ont structurellement moins besoin de ce levier.

Comment j'utilise ce critère dans ma méthode

Un niveau élevé de rémunération en actions n'est pas forcément disqualifiant en soi, surtout si l'entreprise croît vite et a vraiment besoin de ces talents pour ça. Mais je m'en sers comme d'un correctif de lucidité sur le vrai bénéfice pour l'actionnaire : une entreprise qui affiche une belle croissance du cash par action tout en distribuant 40 % de ce cash en actions nouvelles livre, en réalité, une histoire moins généreuse que le chiffre brut ne le suggère. Je préfère toujours regarder la croissance du free cash flow par action (qui tient compte de cette dilution) plutôt que la croissance du free cash flow total.

FAQ

La rémunération en actions est-elle une mauvaise chose en soi ?

Non, pas forcément. Aligner les salariés sur la performance de l'action a du sens, surtout dans les entreprises en forte croissance qui doivent attirer des talents rares. Le problème apparaît quand ce niveau devient disproportionné par rapport au cash réellement généré.

Pourquoi le bénéfice net ne reflète-t-il pas bien ce coût ?

La charge comptable existe bien dans le compte de résultat, mais elle ne correspond pas à une vraie sortie de cash au moment du versement (l'entreprise crée des actions plutôt que de payer en argent). Le vrai coût se voit surtout dans la dilution du nombre d'actions, pas dans le bénéfice net lui-même.

Comment savoir si une entreprise compense sa dilution ?

En regardant l'évolution du nombre total d'actions en circulation sur plusieurs années. Si ce nombre baisse malgré une rémunération en actions élevée, l'entreprise rachète suffisamment de titres pour compenser. S'il augmente, la dilution n'est pas compensée.

Ce critère seul suffit-il à écarter une action ?

Non, je le combine toujours avec la croissance du free cash flow par action et le reste de mes critères de qualité. Une rémunération en actions élevée dans une entreprise qui croît très vite peut rester un bon investissement, à condition d'en avoir conscience.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).