Le rendement du capital crée-t-il vraiment de la valeur ?
2026-07-10 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Un rendement du capital élevé ne veut rien dire seul : il doit dépasser ce que coûte ce capital à l'entreprise (le mélange de ce que ses actionnaires exigent et de ce que ses prêteurs facturent) pour créer réellement de la valeur. Une entreprise qui gagne 8 % sur son capital investi mais dont le capital lui coûte 10 % détruit de la valeur, même si 8 % paraît un bon chiffre dans l'absolu. Voici comment j'applique ce test.
Le chiffre qui fait plaisir à voir, mais qui peut mentir
Le rendement du capital investi (ce que l'entreprise génère chaque année en cash pour chaque dollar mis dans son activité) est l'un de mes critères favoris. Plus il est élevé, plus l'argent réinjecté dans l'entreprise travaille dur. Le problème, c'est qu'un chiffre élevé dans l'absolu ne dit rien tout seul : 8 % de rendement du capital, c'est excellent pour certaines entreprises et franchement décevant pour d'autres.
Le vrai test : dépasser le coût du capital
Une entreprise ne finance pas son activité par magie. Elle utilise l'argent de ses actionnaires, qui attendent un certain rendement en échange du risque pris, et parfois de la dette, sur laquelle elle paie des intérêts. Le mélange des deux a un coût, qu'on appelle le coût du capital. Pour une grande entreprise stable, ce coût tourne généralement entre 8 et 12 % par an selon le secteur et le niveau de risque perçu. Le test qui compte vraiment n'est donc pas « le rendement du capital est-il élevé ? » mais « le rendement du capital dépasse-t-il ce que ce capital coûte à l'entreprise ? ». Si la réponse est oui, chaque dollar réinvesti crée de la valeur. Si la réponse est non, l'entreprise détruit de la valeur même en réinvestissant dans sa propre croissance.
Un exemple concret avec 5 entreprises que j'ai passées au crible
Regarde l'écart entre ces rendements du capital, tous mesurés cette semaine sur des dossiers réels de mon filtre : Palo Alto Networks à 17,1 %, Yelp à 38,3 %, Vertiv à 54,4 %, Fortinet à 73,6 %, Powell Industries à 91,7 %. Même le plus bas de ces cinq chiffres, 17,1 %, dépasse déjà confortablement un coût du capital typique de 8 à 12 %. Les cinq entreprises créent donc de la valeur sur ce critère. Mais l'écart entre 17,1 % et 91,7 % raconte une histoire différente : plus la marge au-dessus du coût du capital est large, plus chaque dollar réinvesti compte.
| Entreprise | Rendement du capital investi |
|---|---|
| Powell Industries (POWL) | 91,7 % |
| Fortinet (FTNT) | 73,6 % |
| Vertiv (VRT) | 54,4 % |
| Yelp (YELP) | 38,3 % |
| Palo Alto Networks (PANW) | 17,1 % |
Où le test tombe vraiment : les secteurs qui pèsent lourd en capital
Le test devient beaucoup plus intéressant dans les secteurs qui demandent énormément de capital pour fonctionner : électricité, pipelines, infrastructures lourdes. Ces entreprises affichent souvent un rendement du capital proche de leur coût du capital, parfois à peine au-dessus. Une entreprise de ce type peut être parfaitement bien gérée, rentable, utile, et pourtant créer très peu de valeur nette pour ses actionnaires une fois le coût du capital soustrait. Ce n'est pas un mauvais business, c'est un business structurellement capital-intensif où la marge de manœuvre est plus étroite.
Pourquoi je ne regarde jamais ce critère tout seul
Un rendement du capital élevé associé à une forte croissance des ventes, c'est le signal d'une machine à composer : l'entreprise trouve sans cesse de nouvelles occasions de réinvestir à un rendement élevé, et chaque dollar de bénéfice non distribué en vaut plusieurs demain. Fortinet et Powell Industries, avec leurs rendements de 73,6 % et 91,7 % combinés à une croissance des ventes de 18 à 26 % par an, illustrent bien cette dynamique. À l'inverse, un rendement du capital élevé mais sans opportunité de croissance devrait plutôt pousser l'entreprise à rendre l'argent à ses actionnaires (rachats d'actions, dividendes) plutôt qu'à réinvestir pour réinvestir.
Comment j'utilise ce test au quotidien
Je ne calcule pas un coût du capital précis et personnalisé pour chaque entreprise, ce serait une fausse précision compte tenu des hypothèses fragiles que cela demande. Je m'en sers plutôt comme d'un filtre de bon sens : un rendement du capital confortablement au-dessus de la fourchette typique de 8 à 12 % passe le test. En dessous, ou tout juste dedans, je regarde de beaucoup plus près si l'entreprise crée réellement de la valeur en réinvestissant, ou si elle ferait mieux de rendre le cash à ses actionnaires. Tu peux voir ce critère appliqué à n'importe quelle action sur <a href="/screener">mon screener</a>, aux côtés de <a href="/blog/roic-critere-qualite-methode-lubin-rendement-capital">mon explication complète du rendement du capital investi</a>.
- Un rendement du capital élevé ne veut rien dire seul : il doit dépasser le coût du capital de l'entreprise pour créer réellement de la valeur.
- Le coût du capital d'une grande entreprise stable tourne généralement entre 8 et 12 % par an selon le secteur et le risque perçu.
- Exemple réel : Powell Industries (91,7 %), Fortinet (73,6 %) et Vertiv (54,4 %) dépassent largement cette fourchette ; même Palo Alto Networks, la plus basse du lot à 17,1 %, la dépasse déjà confortablement.
- Les secteurs capital-intensifs (électricité, infrastructures lourdes) affichent souvent un rendement proche de leur coût du capital, ce qui limite mécaniquement la création de valeur nette.
- Un rendement élevé associé à une forte croissance est le signal d'une vraie machine à composer ; sans opportunité de croissance, l'argent vaut mieux rendu aux actionnaires que réinvesti à tout prix.
FAQ
C'est quoi le coût du capital ?
Le mélange de ce que les actionnaires attendent comme rendement en échange du risque pris, et de ce que coûtent les intérêts sur la dette de l'entreprise. Pour une grande entreprise stable, il tourne généralement entre 8 et 12 % par an.
Un rendement du capital de 15 % est-il toujours bon ?
Ça dépend du coût du capital de l'entreprise. Si ce coût est de 10 %, 15 % crée de la valeur. Si le secteur est très capital-intensif et que le coût réel avoisine 14 %, la marge de création de valeur devient beaucoup plus fine.
Pourquoi les entreprises capital-intensives créent-elles souvent moins de valeur ?
Parce qu'elles ont besoin d'énormément de capital pour fonctionner (usines, infrastructures, réseaux), ce qui rapproche mécaniquement leur rendement du capital de son coût, laissant une marge de création de valeur plus étroite qu'une entreprise plus légère en capital.
Faut-il éviter les entreprises à faible rendement du capital ?
Pas automatiquement, mais elles méritent un examen plus attentif pour vérifier si elles créent réellement de la valeur en réinvestissant. Ceci n'est pas un conseil en investissement : fais tes propres recherches.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).