Revenus récurrents : le critère clé des notes parfaites
2026-06-23 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
Les entreprises qui obtiennent les meilleures notes dans ma méthode ont presque toutes un point commun : leurs revenus rentrent régulièrement, que le marché soit calme ou agité. Abonnements logiciels, primes d'assurance, licences, péages — ces modèles produisent un flux de trésorerie libre (l'argent réellement généré après toutes les dépenses) prévisible et croissant. C'est exactement ce que récompense ma méthode.
- Environ 90 % des entreprises qui obtiennent les meilleures notes dans ma méthode ont des revenus récurrents.
- Le flux de trésorerie libre — l'argent qui reste après toutes les dépenses et tous les investissements — est le cœur de ma méthode.
- La récurrence crée deux avantages : régularité du cash et marges élevées, car les coûts variables ne croissent pas proportionnellement.
- Nike, Micron, Carnival : sans récurrence, le cash est erratique et la note chute mécaniquement.
- SaaS, assurances, logiciels, péages, services à contrat : cinq familles de récurrence, une même logique.
Ce que j'entends par flux de trésorerie libre
Avant tout, je veux être précis sur un terme que j'utilise dans toute ma méthode : le flux de trésorerie libre (en anglais, free cash flow). C'est l'argent qui reste réellement dans les caisses d'une entreprise après qu'elle a payé toutes ses charges opérationnelles — salaires, loyers, impôts — et tous ses investissements pour maintenir et développer son activité. Ce n'est pas le bénéfice comptable, qui peut être manipulé. C'est du cash réel. Sur 100 euros de chiffre d'affaires, combien en reste-t-il vraiment ? Voilà la question que je me pose en premier.
Ma méthode évalue chaque entreprise sur dix critères. Deux d'entre eux sont directement liés à la qualité du flux de trésorerie libre : sa croissance sur cinq ans et sa marge (c'est-à-dire quelle part du chiffre d'affaires se transforme en cash). Et j'ai constaté quelque chose de très clair : les entreprises qui valident ces deux critères sont, dans leur immense majorité, des entreprises à revenus récurrents. Ce n'est pas une coïncidence. C'est mécanique.
Pourquoi la récurrence transforme le cash en moteur
Imagine deux entreprises qui font 100 millions d'euros de chiffre d'affaires cette année. La première vend des abonnements logiciels : ses clients renouvellent automatiquement chaque mois, et le logiciel ne coûte quasiment rien à livrer en plus (pas d'usine, pas de matières premières). La deuxième vend des chaussures de sport : chaque paire nécessite des matières premières, de la fabrication, de la logistique, et le client devra peut-être ne plus acheter pendant deux ans. Laquelle génère un flux de trésorerie libre plus stable et plus prévisible ? La première, sans hésitation.
La récurrence crée deux avantages structurels que ma méthode récompense directement. D'abord, la régularité : un abonné qui renouvelle en janvier, en juillet et en décembre génère un cash prévisible sur lequel l'entreprise peut baser ses décisions. Ma méthode mesure la croissance du flux de trésorerie libre sur cinq ans — une entreprise récurrente valide ce critère presque automatiquement, car son cash ne dépend pas d'une conjoncture particulière. Ensuite, les marges : quand tu as déjà un client abonné, le coût pour lui livrer le service le mois suivant est quasi nul. Le logiciel, la prime d'assurance, l'accès au réseau de péage — ils ne coûtent pas proportionnellement plus cher à fournir à 10 millions de clients qu'à 1 million. C'est l'effet d'échelle pur.
Les cinq familles de récurrence que je retrouve dans les meilleures notes
Au fil de mes analyses, j'ai identifié cinq grandes familles de modèles à revenus récurrents. Chacune a sa propre logique, mais toutes partagent cette caractéristique fondamentale : le client revient sans qu'on ait besoin de le reconquérir.
La première famille, c'est le logiciel par abonnement (SaaS, pour Software as a Service). ServiceNow (NOW), Autodesk (ADSK), Shopify (SHOP), Paylocity (PCTY), Intuit (INTU), Qualys (QLYS), Nutanix (NTNX), GoDaddy (GDDY) : ces entreprises ont en commun que leur client paie chaque mois ou chaque année pour accéder au logiciel. Le coût de remplacement est souvent énorme — des années de données, de formation, d'intégrations — ce qui crée ce qu'on appelle un coût de commutation élevé. Le client reste parce qu'il ne peut pas partir facilement.
La deuxième famille, c'est l'assurance. Kinsale Capital (KNSL), Progressive (PGR), Mercury General (MCY), Universal Insurance (UVE), Selective Insurance (SIGI), Assurant (AIZ), Arch Capital (ACGL), W. R. Berkley (WRB), Cincinnati Financial (CINF), RenaissanceRe (RNR) : chaque année, les assurés renouvellent leur contrat. La prime est prélevée en début d'année, avant même que le sinistre éventuel se produise. C'est l'un des modèles économiques les plus récurrents qui existe.
La troisième famille regroupe les consommables et dispositifs à renouvellement régulier. ResMed (RMD) vend des appareils CPAP pour l'apnée du sommeil, mais surtout les masques et consommables que les patients remplacent régulièrement. Haemonetics (HAE) fournit des équipements de traitement du sang aux hôpitaux, avec des consommables à usage unique. Dexcom (DXCM) fabrique des capteurs de glycémie qui doivent être remplacés tous les dix jours. Napco Security (NSSC) combine la vente de matériel avec des abonnements de surveillance récurrents.
La quatrième famille, ce sont les services à contrat. Rollins (ROL) fait du traitement antiparasitaire par abonnement : tu paies chaque trimestre pour que ta maison reste protégée. Frontdoor (FTDR) vend des garanties maison à renouvellement annuel. Doximity (DOCS) est la plateforme médicale où les médecins ont un abonnement professionnel. Dans tous ces cas, le client signe pour une durée et renouvelle automatiquement.
La cinquième famille, c'est l'infrastructure monopolistique. CME Group, ICE et S&P Global (SPGI) prélèvent des frais sur chaque transaction financière — à chaque fois qu'une action change de mains sur leurs places de marché, ils touchent une commission. ASML vend des machines de lithographie et les maintient ensuite sous contrat de service. TSMC reçoit des commandes continues de wafers (galettes de silicium) de la part d'Apple, Nvidia et AMD. Ces entreprises ne conquièrent pas de nouveaux marchés — elles en détiennent un.
Tableau comparatif : type de récurrence et exemples
| Type de récurrence | Exemples de tickers | Logique du renouvellement |
|---|---|---|
| SaaS / abonnements logiciels | NOW, ADSK, SHOP, PCTY, INTU, QLYS, NTNX, GDDY | Renouvellement mensuel ou annuel automatique, coût de commutation élevé |
| Primes d'assurance | KNSL, PGR, MCY, UVE, SIGI, AIZ, ACGL, WRB, CINF, RNR | Prime annuelle prélevée en début de période, renouvellement contractuel |
| Consommables à remplacement régulier | RMD, HAE, DXCM, NSSC | Dispositif médical + consommable remplacé périodiquement par nécessité |
| Services à contrat | ROL, FTDR, DOCS | Abonnement trimestriel ou annuel pour un service continu |
| Infrastructure monopolistique | CME, ICE, SPGI, TSM, ASML, OMAB, SKYW | Frais sur chaque transaction ou commande, position incontournable |
Ce que ma méthode pénalise : l'absence de récurrence
Pour bien comprendre pourquoi la récurrence est si importante, regarde ce qui se passe sans elle. Micron Technology fabrique des puces mémoire DRAM. Son problème ? Le marché des puces mémoire est cyclique : quand l'offre dépasse la demande, les prix s'effondrent et le flux de trésorerie libre de Micron devient négatif. Quand la demande explose (comme avec l'IA), les marges s'envolent. Ce yo-yo permanent est exactement ce que ma méthode pénalise : le critère de croissance du flux de trésorerie libre sur cinq ans devient difficile à valider quand une année est brillante et la suivante catastrophique. Résultat : Micron obtient environ 6 sur 10 dans ma méthode.
Nike est un autre exemple instructif. La marque est puissante, le nom est connu dans le monde entier, mais le modèle économique repose sur la vente de chaussures et de vêtements. Chaque saison, Nike doit reconquérir ses clients. La concurrence d'On Running et de Hoka érode sa position. Les revenus sont volatils selon les tendances mode et sport. Le flux de trésorerie libre suit ces fluctuations. Ma méthode donne à Nike environ 2 sur 10 — non pas parce que c'est une mauvaise entreprise, mais parce que son modèle n'est pas structurellement récurrent.
Carnival Corporation, le géant des croisières, illustre le même problème amplifié. Non seulement les revenus ne sont pas récurrents (une croisière est un achat ponctuel), mais le secteur est extrêmement sensible aux chocs externes — pandémie, crise économique, prix du carburant. Le flux de trésorerie libre peut passer du positif au très négatif d'une année sur l'autre. Les constructeurs de maisons individuelles ont le même profil : ils vendent quand les taux d'intérêt sont bas et le marché immobilier est favorable, et leurs ventes s'effondrent sinon.
La récurrence n'est pas une garantie : ce que je vérifie aussi
Je veux être honnête sur quelque chose : avoir des revenus récurrents ne suffit pas pour obtenir une bonne note. Une entreprise peut avoir des abonnements et quand même perdre de l'argent si elle dépense trop pour acquérir ses clients ou si elle est trop endettée. Ce que ma méthode cherche, c'est la combinaison de la récurrence ET de la rentabilité.
Concrètement, voici ce que je vérifie au-delà de la récurrence. La marge de flux de trésorerie libre doit être élevée — idéalement au-dessus de 15 % du chiffre d'affaires. La croissance du flux de trésorerie libre doit être positive et régulière sur au moins cinq ans. La dette ne doit pas écraser le cash généré. Et l'entreprise doit utiliser son cash intelligemment : racheter ses actions, investir dans sa croissance, plutôt que de payer des acquisitions ruineuses.
Roper Technologies (ROP) est un excellent exemple de ce que je cherche : un conglomérat de logiciels de niche, tous en mode abonnement, avec des marges de flux de trésorerie libre autour de 25 % et une croissance régulière depuis plus d'une décennie. OMAB, l'opérateur d'aéroports mexicains, a une récurrence liée au trafic de passagers — chaque avion qui atterrit génère une redevance. SKYW (SkyWest) opère sous des contrats à long terme avec les grandes compagnies aériennes : ses revenus sont fixés à l'avance pour plusieurs années.
Pourquoi je construis ma méthode autour de ce critère
Je vais te dire ce qui m'a conduit à mettre autant de poids sur la récurrence dans ma méthode. Quand je regarde les entreprises qui ont le mieux traversé les crises — la pandémie de 2020, les hausses de taux de 2022, la récession de 2008 — ce sont presque toujours des entreprises dont les revenus continuaient de rentrer. ServiceNow n'a pas vu ses abonnements s'annuler en 2020. Progressive a continué d'encaisser ses primes. ROL a continué ses tournées antiparasitaires. Pendant ce temps, Nike perdait des ventes, Carnival immobilisait ses navires, et Micron traversait une chute de prix catastrophique.
L'investissement que je pratique n'est pas de la spéculation sur le prochain trimestre. C'est l'identification d'entreprises capables de générer du cash de façon prévisible sur dix ou vingt ans. Et la récurrence des revenus est le meilleur prédicteur que je connaisse de cette capacité. C'est pour ça que dans ma méthode, une entreprise sans récurrence a très peu de chances d'atteindre les meilleures notes — et que les entreprises qui les atteignent ont, dans environ 90 % des cas, un modèle récurrent au cœur de leur activité.
FAQ
C'est quoi exactement un revenu récurrent ?
C'est un revenu qui rentre régulièrement, souvent automatiquement, sans que l'entreprise ait besoin de reconquérir le client à chaque fois. Un abonnement mensuel, une prime d'assurance annuelle, une redevance d'aéroport à chaque décollage : le client est déjà engagé, le cash arrive de façon prévisible.
Pourquoi le flux de trésorerie libre est-il plus fiable que le bénéfice ?
Le bénéfice comptable peut être ajusté par des écritures comptables — amortissements, provisions, dépréciation d'actifs. Le flux de trésorerie libre, lui, mesure le cash réel qui entre et sort. Il est beaucoup plus difficile à maquiller et reflète mieux la santé réelle de l'entreprise.
Une entreprise sans récurrence peut-elle quand même bien performer en bourse ?
Bien sûr. Mais elle le fait généralement de façon moins prévisible, avec des hauts et des bas plus marqués. Ma méthode ne cherche pas les coups de bourse — elle cherche des entreprises dont la progression du cash est régulière et défendable sur le long terme. Sans récurrence, c'est beaucoup plus difficile à garantir.
Pourquoi Micron ne passe-t-il pas le filtre malgré ses bonnes années ?
Parce que ma méthode évalue la régularité sur cinq ans, pas le pic. Micron a des années brillantes quand les prix DRAM montent, mais aussi des années très difficiles quand l'offre dépasse la demande. Cette irrégularité est précisément ce que mes critères de croissance et de marge du flux de trésorerie libre détectent et pénalisent.
Les péages et les aéroports sont-ils vraiment récurrents ?
Oui, dans la mesure où le trafic est structurellement stable et que l'opérateur détient un monopole géographique. OMAB opère des aéroports mexicains dans des régions touristiques dynamiques : chaque avion qui atterrit génère une redevance, indépendamment de qui le gère. La récurrence vient ici du monopole d'infrastructure, pas d'un contrat d'abonnement classique.
Analyser une action sur Lubin Investment
À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, j'analyse les actions par les fondamentaux depuis plusieurs années et j'investis mon propre argent avec cette méthode. Je l'ai codifiée dans un outil qui juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).