Actions étrangères : le risque de change à connaître
2026-07-07 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Une action cotée en couronne norvégienne, en yen japonais ou en roupie indienne expose un investisseur étranger à un risque supplémentaire, indépendant de la performance de l'entreprise : la variation du taux de change entre cette devise et la sienne. Même une excellente action peut devenir un mauvais investissement si la devise locale s'effondre.
À retenir
- Une action cotée en devise étrangère expose l'investisseur à deux performances superposées : celle de l'entreprise, et celle du taux de change.
- Une entreprise excellente peut devenir un mauvais investissement en devise domestique si la monnaie locale se déprécie fortement face à la sienne.
- J'ai déjà couvert plusieurs entreprises cotées en devise locale (Kongsberg en couronne norvégienne, Advantest en yen, Tata Consultancy Services en roupie) sans jamais évoquer ce risque de façon isolée jusqu'ici.
- Les données de valorisation remontées par certains marchés étrangers peuvent aussi présenter des incohérences de conversion, une raison de plus d'être prudent avec les chiffres en devise locale.
Le risque que les chiffres de qualité ne montrent pas
Mes dix critères financiers mesurent la qualité d'une entreprise dans sa devise de reporting locale : une marge nette, une croissance du cash, un rendement du capital, tout ça calculé en couronnes, en yens ou en roupies. Mais si j'achète cette action depuis l'étranger, ma performance réelle dépend aussi de l'évolution du taux de change entre cette devise et la mienne, un facteur totalement indépendant de la qualité de l'entreprise elle-même.
Un exemple concret : Kongsberg en couronnes norvégiennes
J'ai analysé Kongsberg Gruppen, un groupe norvégien de défense coté en couronnes norvégiennes (NOK). Même si l'entreprise continue de bien performer sur le plan opérationnel, un investisseur qui achète cette action depuis les États-Unis ou la zone euro subira une perte de change si la couronne norvégienne se déprécie fortement face au dollar ou à l'euro, indépendamment des résultats de l'entreprise. À l'inverse, un renforcement de la couronne amplifierait le gain.
Le piège des données mal converties
Au-delà du risque de change lui-même, j'ai remarqué à plusieurs reprises que les données de capitalisation boursière ou de prix cible remontées par mon outil pour certains marchés étrangers (Norvège, Japon, Inde) présentaient des incohérences probables de conversion d'unité entre la devise locale et le dollar utilisé par défaut dans certains champs. C'est une raison supplémentaire de rester prudent avec les chiffres en devise étrangère, et de préférer les ratios (comme le P/FCF) qui restent valides quelle que soit la devise, à des montants absolus qui peuvent être mal convertis.
Comment je gère ce risque dans mon analyse
Je ne cherche pas à prédire l'évolution des devises, un exercice réputé pour sa difficulté même chez les professionnels. Je préfère plutôt signaler explicitement ce risque quand il existe, sans jamais citer de chiffre de valorisation en devise étrangère si j'ai le moindre doute sur sa fiabilité, comme je l'ai fait pour Kongsberg Gruppen et Tata Consultancy Services. La qualité fondamentale de l'entreprise reste le critère principal, mais le risque de change doit être identifié comme un facteur supplémentaire, pas ignoré.
Ce n'est pas une raison d'éviter les actions étrangères
Le risque de change n'est pas une raison d'écarter systématiquement les actions étrangères de qualité, dont certaines (Advantest, Hong Kong Exchanges and Clearing, ASML) figurent parmi les profils les plus solides de mon screener. C'est un facteur à connaître et à assumer consciemment, pas un motif d'exclusion automatique.
Ce que j'en retiens
Investir dans une action étrangère, c'est investir dans deux choses à la fois : l'entreprise et sa devise. Les deux performances peuvent aller dans des directions opposées. Comprendre cette dualité, et rester prudent sur les données en devise locale qui peuvent parfois être mal converties, c'est ce qui me permet d'analyser des entreprises du monde entier sans me faire surprendre par un facteur que mes critères financiers ne mesurent pas directement.
FAQ
Qu'est-ce que le risque de change pour un investisseur ?
C'est le risque que la variation du taux de change entre la devise locale d'une action et celle de l'investisseur affecte sa performance réelle, indépendamment des résultats de l'entreprise.
Une excellente entreprise étrangère peut-elle être un mauvais investissement ?
Oui, si la devise locale se déprécie fortement face à celle de l'investisseur, même une excellente performance opérationnelle peut être effacée par la perte de change.
Pourquoi certaines données en devise étrangère sont-elles à surveiller ?
Certains marchés (Norvège, Japon, Inde) ont montré des incohérences probables de conversion d'unité dans les données remontées par mon outil, une raison de préférer les ratios aux montants absolus.
Faut-il éviter les actions étrangères à cause du risque de change ?
Non, ce n'est pas une raison d'exclusion automatique : plusieurs des profils les plus solides de mon screener (Advantest, HKEX, ASML) sont des actions étrangères de qualité.
Comment gérer le risque de change en pratique ?
Je ne cherche pas à prédire l'évolution des devises, mais je signale explicitement ce risque et reste prudent sur les chiffres en devise locale dont la fiabilité me semble incertaine.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).