ROE ou ROIC : le ratio que ma méthode préfère, et pourquoi
2026-07-06 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Le ROE (rendement des capitaux propres) mesure le profit rapporté à l'argent des actionnaires, mais une entreprise peut le faire grimper artificiellement en empruntant plutôt qu'en s'améliorant vraiment. Le ROIC (rendement du capital investi) regarde le profit rapporté à TOUT le capital utilisé, dette comprise, ce qui le rend beaucoup plus difficile à manipuler. Ma méthode utilise une variante cash de ce second ratio, et voici pourquoi ça change tout.
- Le ROE (return on equity) rapporte le profit aux seuls capitaux propres, ce qui le rend sensible à la dette : moins de capitaux propres, mécaniquement plus de ROE, sans que l'entreprise soit devenue meilleure.
- Le ROIC (return on invested capital) rapporte le profit à TOUT le capital utilisé pour le générer, dette comprise. Il est beaucoup plus difficile à gonfler artificiellement.
- Ma méthode utilise le Cash ROCE, une version cash du ROIC, avec un seuil de 15 % minimum par an pour valider ce critère.
- Exemple réel de mon screener : Roper Technologies affiche un Cash ROCE de 25,8 % malgré une dette nette représentant plus de 4 ans de free cash flow, signe que sa rentabilité tient à son activité, pas à un effet de levier comptable.
Le ROE, star des ratios, et son angle mort
Le ROE (return on equity, rendement des capitaux propres) est sans doute le ratio de rentabilité le plus cité dans la presse financière. Il se calcule simplement : le bénéfice net de l'année divisé par les capitaux propres, c'est-à-dire l'argent que les actionnaires ont mis (ou laissé) dans l'entreprise. Un ROE de 20 % veut dire que pour 100 euros de capitaux propres, l'entreprise a généré 20 euros de profit sur l'année.
Le problème, c'est que ce ratio a un point faible connu depuis longtemps des analystes financiers : il ne dit rien sur COMMENT ce profit a été obtenu. Une entreprise peut faire grimper son ROE de deux façons radicalement différentes. La première : améliorer vraiment son activité, vendre plus, mieux gérer ses coûts. La seconde : emprunter massivement pour racheter ses propres actions, ce qui réduit mécaniquement ses capitaux propres au dénominateur. Le même profit, divisé par un chiffre plus petit, donne un ROE plus élevé, sans que rien n'ait vraiment changé dans l'entreprise.
Le ROIC, la version qui inclut toute la facture
Le ROIC (return on invested capital, rendement du capital investi) corrige ce défaut en changeant le dénominateur : au lieu de ne regarder que les capitaux propres, il prend TOUT le capital utilisé pour faire tourner l'entreprise, capitaux propres ET dette confondus. Reprenons l'exemple : si une entreprise emprunte pour racheter ses actions, ses capitaux propres baissent, mais sa dette augmente d'autant. Le capital total investi, lui, ne bouge quasiment pas. Le ROIC ne se laisse donc pas berner par ce tour de passe-passe comptable.
Ce que ma méthode utilise à la place : le Cash ROCE
Dans mon screener, je pousse le raisonnement encore un cran plus loin avec le Cash ROCE (Cash Return On Capital Employed) : au lieu de regarder le bénéfice comptable, qui peut être maquillé par des choix d'amortissement ou des éléments exceptionnels, je regarde le free cash flow, l'argent qui rentre vraiment dans les caisses. Mon seuil : une entreprise doit générer au moins 15 % de cash par an sur le capital qu'elle emploie pour valider ce critère de qualité. En dessous, je considère qu'elle ne rémunère pas assez bien l'argent qui y est engagé.
Un exemple concret tiré de mon screener : Roper Technologies (ROP), une entreprise industrielle et logicielle que j'ai déjà analysée sur ce site, affiche un Cash ROCE de 25,8 %, largement au-dessus de mon seuil. Et pourtant, sa dette nette représente plus de 4 années de free cash flow, un niveau que beaucoup jugeraient élevé. La différence avec un tour de passe-passe façon ROE gonflé : cette dette finance de vraies acquisitions d'entreprises rentables, qui génèrent à leur tour du cash. Le ratio ne ment pas parce qu'il capture l'ensemble du capital mobilisé, dette incluse, pas seulement la part actionnaire.
Comment repérer le piège dans la vraie vie
Voici la règle simple que j'applique : si une entreprise affiche un ROE impressionnant, je regarde toujours sa dette avant de m'enthousiasmer. Si le ROE grimpe en même temps que la dette explose, sans que le chiffre d'affaires ou le cash généré ne progresse vraiment, c'est un signal d'alarme. Ce n'est pas une amélioration de l'activité, c'est un effet de levier comptable. À l'inverse, si le Cash ROCE reste élevé même quand une entreprise porte de la dette, comme Roper, c'est le signe que cette dette travaille vraiment pour créer de la valeur, pas juste pour maquiller un ratio.
Pourquoi ce n'est qu'un critère parmi d'autres
Le Cash ROCE ne fait pas tout le travail seul. Une entreprise peut avoir un excellent rendement du capital sur une seule année exceptionnelle, puis dévisser. C'est pourquoi je le combine toujours avec la régularité de la croissance sur cinq ans, le niveau d'endettement (remboursable en combien d'années de cash ?), et la conversion réelle du bénéfice comptable en cash. Un bon Cash ROCE isolé, sans ces autres garde-fous, peut cacher un coup de chance ponctuel plutôt qu'un vrai avantage compétitif durable.
Ce que ça change pour toi
La prochaine fois que tu lis qu'une entreprise affiche un ROE de 40 %, pose-toi la question que la plupart des investisseurs particuliers oublient : est-ce que ce chiffre vient d'une vraie performance opérationnelle, ou d'un bilan qui s'est simplement allégé en capitaux propres ? C'est exactement ce genre de vérification que je fais automatiquement pour chaque action de mon screener, avec le Cash ROCE et sa dette associée passés au crible ensemble, jamais isolément.
FAQ
Quelle est la différence entre ROE et ROIC ?
Le ROE rapporte le profit aux seuls capitaux propres (l'argent des actionnaires). Le ROIC rapporte le profit à TOUT le capital utilisé, dette comprise. Le ROIC est donc beaucoup plus difficile à gonfler artificiellement en jouant sur l'endettement.
Pourquoi le ROE peut-il être trompeur ?
Une entreprise peut faire grimper son ROE en empruntant pour racheter ses propres actions, ce qui réduit ses capitaux propres au dénominateur sans améliorer réellement son activité. Le même profit, divisé par un chiffre plus petit, donne un ratio plus flatteur.
Qu'est-ce que le Cash ROCE utilisé par Lubin Investment ?
Une version du ROIC basée sur le cash réellement généré plutôt que le bénéfice comptable. Le seuil de validation dans ma méthode est de 15 % minimum par an sur le capital employé.
La dette est-elle toujours un mauvais signal ?
Non. Roper Technologies porte une dette nette de plus de 4 années de cash tout en affichant un Cash ROCE de 25,8 %, car cette dette finance des acquisitions rentables. Ce qui compte, c'est si la dette crée de la valeur ou si elle sert juste à maquiller un ratio.
Comment vérifier ces chiffres pour une action précise ?
Ma page d'analyse calcule automatiquement le Cash ROCE et le niveau d'endettement (en années de free cash flow) pour chaque action de mon screener, avec les 10 critères de ma méthode passés en revue.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).