Banques, énergie, grande distribution : pourquoi ces secteurs échappent à notre note maximale
2026-06-22 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
Sur plus de 5 000 entreprises analysées, moins de 60 obtiennent la note de qualité maximale. Banques, énergie et grande distribution en sont quasi absentes : dette massive, marges infimes, capex dévorant le cash-flow. Ce n'est pas un jugement de valeur sur ces secteurs — c'est un filtre structurel.
- Moins de 60 entreprises sur 5 000+ atteignent la note de qualité maximale dans le screener Lubin.
- Banques : l'effet de levier massif fait immédiatement échouer le critère dette ; les bénéfices sont en partie des constructions réglementaires, pas du free cash-flow réel.
- Énergie (pétrole/gaz) : la cyclicité des prix de matières premières rend impossible la constance sur cinq ans ; le capex dévore presque tout le cash.
- Grande distribution : marges nettes de 1 à 3 %, capex logistique colossal, pression d'Amazon sur les prix.
- Exceptions : les services parapétroliers (SLB, FTI, WHD) et le retail technologique type GDDY peuvent parfois atteindre la note maximale.
- Ce screener est un filtre de qualité structurelle, pas un outil de timing de marché.
Une liste de moins de 60 entreprises sur 5 000
Le screener Lubin passe en revue plus de 5 000 entreprises cotées selon dix critères de qualité fondamentale. Une entreprise qui valide l'intégralité de ces critères obtient la note maximale. Résultat : moins de 60 y parviennent, soit moins de 1,2 % de l'univers analysé.
Ce qui est frappant, ce n'est pas seulement la rareté de cette liste — c'est la géographie sectorielle de ses absents. Parcourez les 60 noms : vous ne verrez quasiment aucune banque, aucun producteur de pétrole ou de gaz, aucun distributeur alimentaire de taille mondiale. Ce n'est pas un hasard. C'est la structure même de ces métiers qui les exclut.
Pourquoi les banques échouent presque toujours
Une banque, par définition, fonctionne à l'effet de levier extrême. Pour prêter 100 euros, elle n'en possède que 8 à 12 en fonds propres — les 88 à 92 restants sont empruntés. Ce ratio dette/fonds propres ferait immédiatement décrocher la note sur la solidité du bilan dans n'importe quel autre secteur.
De plus, la marge nette d'intérêts d'une banque est imprévisible par nature. Elle dépend des décisions de banque centrale, de la courbe des taux, du cycle de crédit. Sur cinq ans, la constance des bénéfices — critère clé du screener — est presque impossible à satisfaire. Et ce que les banques appellent « bénéfice » est en partie une construction réglementaire, pas du free cash-flow réel.
Pourquoi l'énergie pétrolière et gazière est structurellement incompatible
Le problème des majors pétrolières et des producteurs de gaz est direct : leurs revenus dépendent d'un prix qu'ils ne contrôlent pas. Le baril peut monter de 40 % un an, plonger de 60 % l'année suivante. Satisfaire le critère de croissance cohérente sur cinq ans est quasi impossible.
À cela s'ajoute le capex. Dans les secteurs pétrolier et gazier, il absorbe typiquement 70 à 90 % du flux opérationnel. Exception notable : les sociétés de services parapétroliers comme SLB, TechnipFMC ou Cactus (WHD) ne produisent pas de pétrole — elles vendent les équipements et services nécessaires. Leur modèle est plus stable et quelques-unes atteignent effectivement la note maximale.
Pourquoi la grande distribution ne passe pas le filtre
La grande distribution alimentaire affiche des marges nettes de 1 à 3 %. Le capex est l'autre obstacle structurel : ouvrir un supermarché, rénover des entrepôts, déployer une logistique omnicanal est permanent et massif. Amazon a encore accentué ce phénomène en forçant les distributeurs traditionnels à investir massivement en logistique et technologie sans pouvoir répercuter ces coûts sur les prix.
| Secteur | Exemples | Raison principale d'exclusion | Exceptions possibles |
|---|---|---|---|
| Banques | BNP Paribas, JPMorgan | Levier massif, bénéfices non convertis en FCF réel | Rares — jamais structurellement |
| Énergie pétrole/gaz | TotalEnergies, ExxonMobil | Prix imprévisibles, capex 70-90 % du flux opérationnel | Services parapétroliers : SLB, WHD |
| Grande distribution | Carrefour, Walmart | Marges 1-3 %, capex colossal, pricing power érodé | Retail technologique récurrent : GDDY |
Ce que ça dit pour votre portefeuille
L'absence de ces secteurs dans la liste des notes maximales ne signifie pas qu'ils sont à éviter absolument. Elle signifie qu'ils ne répondent pas aux critères de qualité structurelle durable que le screener mesure. Les banques peuvent produire d'excellents rendements en environnement de taux montants. Les majors pétrolières distribuent des dividendes très élevés en haut de cycle. La méthode Lubin se concentre uniquement sur la qualité structurelle durable.
FAQ
Pourquoi les banques ont-elles autant de dette dans leur bilan ?
Le modèle bancaire repose structurellement sur l'effet de levier : une banque emprunte via les dépôts ou les marchés pour prêter. Un ratio dette/fonds propres de 8 ou 10 pour 1 est la norme réglementaire.
Est-ce que les sociétés pétrolières font de mauvais investissements ?
Pas nécessairement — mais leur business est exposé à un prix qu'elles ne contrôlent pas. La constance sur cinq ans est structurellement difficile à maintenir.
Pourquoi Amazon fragilise-t-il la grande distribution traditionnelle ?
Amazon a imposé la livraison rapide et des prix très compétitifs. Les distributeurs ont dû investir massivement sans pouvoir répercuter ces coûts sur les prix. Résultat : davantage de capex et des marges encore plus comprimées.
GoDaddy est vraiment classé dans le retail ?
GoDaddy (GDDY) est souvent classifié dans le retail technologique, mais son modèle économique est très différent : revenus récurrents d'hébergement web et de services SaaS. C'est ce modèle — et non son étiquette sectorielle — qui lui permet de répondre aux critères du screener.
Le screener peut-il évoluer pour mieux prendre en compte les banques ?
Les critères sont calibrés sur la qualité du free cash-flow et la solidité du bilan, des métriques qui s'appliquent mal aux intermédiaires financiers par construction. Ceci n'est pas un conseil en investissement.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, j'analyse les actions par les fondamentaux depuis plusieurs années et j'investis mon propre argent avec cette méthode. Je l'ai codifiée dans un outil qui juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).