Lubin Investment · Blog

Visa (V) : résultats T3 2026, mon verdict

2026-07-28 ·

V : voir l'analyse complète sur Lubin Investment

Visa a publié le 28 juillet 2026 un chiffre d'affaires net de 11,6 milliards de dollars (+14 %) et un bénéfice par action en hausse à deux chiffres, porté par les paiements classiques et une accélération marquée de ses activités liées aux cryptomonnaies stables. Mon filtre qualité reste très favorable, mais mon modèle de valorisation juge l'action environ 27 % au-dessus d'un prix d'achat raisonnable. Voici pourquoi.

Ce qui vient de tomber : un trimestre solide, porté par les paiements et les cryptomonnaies stables

Visa a publié le 28 juillet 2026, après la clôture des marchés, les résultats de son troisième trimestre fiscal (clos le 30 juin 2026) : un chiffre d'affaires net de 11,6 milliards de dollars, en hausse de 14 % sur un an, un bénéfice par action GAAP de 2,97 dollars (+7 %) et un bénéfice par action ajusté de 3,32 dollars (+11 %). La croissance vient d'un mélange classique pour Visa : volumes de paiement en hausse, transactions transfrontalières dynamiques, nombre de transactions traitées en progression. Rien de spectaculaire dans le coeur de métier, mais tout est solidement orienté à la hausse.

Le vrai sujet du trimestre est ailleurs : Visa fait tourner désormais plus de 160 programmes de cartes liées à des cryptomonnaies stables (des jetons numériques dont la valeur est arrimée à une monnaie classique comme le dollar) avec des partenaires comme Rain, Reap ou Bridge, et le volume de paiement transitant par ces programmes a bondi de près de 200 % sur un an. Encore plus révélateur : Visa règle désormais une partie des transactions entre ses quelque 14 500 institutions financières clientes directement en cryptomonnaies stables, à un rythme annualisé d'environ 7 milliards de dollars, en hausse de plus de 50 % en un seul trimestre. Le PDG Ryan McInerney a résumé la philosophie de l'entreprise sur ce sujet : « L'opportunité des cryptomonnaies stables reste additive à ce que Visa fait déjà aujourd'hui », en insistant sur les usages complémentaires (conversion vers/depuis les monnaies classiques, règlement, mouvement d'argent, conseil) plutôt qu'un remplacement du réseau existant.

Pourquoi mon filtre qualité valide 21 critères sur 25

Pour les très grandes entreprises comme Visa, où la donnée qualitative disponible est riche (gouvernance, position concurrentielle, allocation du capital), mon filtre élargit son modèle habituel de 10 critères à 25, pour capter davantage de nuances. Visa en valide 21. Les fondamentaux bruts sont excellents : une marge nette de 51,7 % (sur 100 dollars de chiffre d'affaires, plus de la moitié finit en bénéfice net, un niveau que quasiment aucune entreprise industrielle n'approche), une croissance des ventes de 11,9 %/an sur cinq ans, une croissance du free cash flow par action de 14,2 %/an, et un nombre d'actions en baisse de 3,6 %/an grâce à des rachats réguliers.

Le mécanisme qui explique cette rentabilité hors norme : Visa ne prête jamais d'argent à qui que ce soit. Elle fait seulement transiter l'information de la transaction entre la banque qui a émis la carte et celle du commerçant, et prélève au passage des frais de réseau. C'est un modèle dit « en réseau ouvert », par opposition à un réseau fermé comme celui d'American Express, qui prête directement à ses porteurs de carte et porte donc le risque de défaillance sur son propre bilan (comme je l'expliquais en détail dans mon analyse des résultats d'American Express). Résultat pour Visa : un Cash ROCE (le rendement du capital réellement réinvesti dans l'activité) de 60,4 %, et une dette nette remboursable en seulement 0,57 année de free cash flow, soit un bilan quasiment sans risque financier.

Deux points font pourtant échouer certains critères. D'abord, la marge opérationnelle se comprime légèrement sur cinq ans : les coûts (notamment les incitations versées aux banques partenaires et les investissements technologiques dans les nouveaux rails de paiement) progressent un peu plus vite que les revenus, un signal à surveiller sans être alarmant à ce stade. Ensuite, deux critères de gouvernance échouent : le PDG Ryan McInerney n'est en poste que depuis février 2023 (3,2 ans, en dessous du seuil de 5 ans que je préfère pour juger un historique de décisions), et il ne détient que 0,015 % des actions de l'entreprise, un alignement d'intérêts personnel limité comparé aux fondateurs qui gardent des positions importantes.

Le prix : cher dans sa propre histoire, pas dans l'absolu

Visa se valorise actuellement 37,2 fois son free cash flow des douze derniers mois. Pris seul, ce chiffre ne dit rien : il faut le comparer à l'historique propre de l'action. Sur les cinq dernières années, ce multiple s'est déjà situé aussi bien nettement plus bas que plus haut ; le niveau actuel se place au 71,6e percentile de cette fourchette, c'est-à-dire plus cher que 71,6 % des jours de cotation des cinq dernières années. Ce n'est pas un sommet historique, mais c'est clairement le haut de la fourchette habituelle pour cette action précise.

Mon modèle de prix d'achat raisonnable, qui projette la trajectoire réelle de génération de cash par action sur cinq ans pour estimer ce que l'action devrait valoir aujourd'hui, ressort à 267,64 dollars, contre un cours actuel de 366,59 dollars : une surcote d'environ 27 %. La question à trancher est simple : le momentum stablecoin annoncé ce trimestre justifie-t-il de payer une prime par rapport à l'historique de Visa elle-même ? Si cette nouvelle source de revenus s'installe durablement et élève la trajectoire de croissance des cinq prochaines années au-dessus de celle des cinq dernières, la prime actuelle se justifiera a posteriori. Mais pour l'instant, ce n'est confirmé que par un trimestre de signaux, pas par une tendance longue comme celle que mon modèle utilise pour trancher.

Ce qui pourrait dérailler la thèse à moyen terme

Le risque le plus souvent cité pour Visa est réglementaire : les frais d'interchange (la commission prélevée à chaque transaction) sont régulièrement attaqués par les commerçants et les régulateurs aux Etats-Unis comme en Europe, et toute réduction imposée pèserait directement sur la marge. Le risque plus structurel, et plus intéressant à surveiller, est presque paradoxal : les cryptomonnaies stables que Visa présente aujourd'hui comme une opportunité pourraient, à très long terme, permettre à deux parties de s'échanger de la valeur directement, sans passer par un réseau de cartes du tout. Visa parie que son rôle de plomberie de confiance (conformité, conversion, sécurité) restera nécessaire même dans ce monde-là ; c'est un pari raisonnable vu son avance, mais un vrai pari, pas une certitude.

FAQ

Pourquoi Visa n'a-t-elle presque pas de dette ?

Parce que son modèle en réseau ouvert ne l'oblige jamais à prêter de l'argent à qui que ce soit : elle fait seulement transiter l'information de paiement entre banques et prélève des frais au passage. Sa dette nette se rembourserait en seulement 0,57 année de free cash flow.

C'est quoi, le règlement en cryptomonnaies stables chez Visa ?

Une cryptomonnaie stable est un jeton numérique dont la valeur est arrimée à une monnaie classique comme le dollar. Visa l'utilise pour régler certaines transactions entre ses 14 500 institutions financières clientes plus vite et moins cher qu'avec les circuits bancaires traditionnels, à un rythme désormais proche de 7 milliards de dollars par an.

Pourquoi le P/FCF de Visa est-il jugé cher alors qu'il n'est pas à un sommet absolu ?

Parce que je compare toujours un multiple à l'historique propre de l'action, pas à un seuil universel. À 37,2 fois, Visa se paie plus cher que 71,6 % des jours de cotation des cinq dernières années : ce n'est pas un record, mais c'est clairement le haut de sa fourchette habituelle.

Faut-il acheter l'action Visa après ces résultats ?

La qualité du business est réelle et peu discutable. Mais mon modèle de prix d'achat raisonnable, basé sur cinq ans de génération de cash réelle, vise 267,64 $ contre un cours de 366,59 $, soit une surcote de 27 %. Payer cette prime revient à parier que le momentum stablecoin élèvera durablement la croissance future au-dessus de celle du passé. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.

À lire aussi

V : voir l'analyse complète sur Lubin Investment

À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).