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WD-40 Company (WDFC) : une action de qualité mais chère

2026-07-04 ·

WD-40 publie ses résultats le 9 juillet 2026. C'est une entreprise très profitable, peu gourmande en capital et à la marque quasi incontournable. Mais l'action se valorise près de 44 fois son cash annuel, bien au-dessus de son secteur. Une bonne entreprise n'est pas toujours un bon achat à ce prix.

WD-40 (WDFC) publie ses résultats le 9 juillet : le point avant l'échéance

Le 9 juillet 2026, après la clôture des marchés, WD-40 Company (ticker WDFC) publiera les résultats de son troisième trimestre fiscal. Tu connais sûrement le produit sans connaître l'entreprise : cette petite bombe bleue et jaune au bouchon rouge qui traîne dans huit foyers américains sur dix, capable de débloquer une vis rouillée ou de faire taire une porte qui grince. Mais derrière ce produit culte se cache une action qui pose une vraie question de prix.

Je vais te montrer comment je l'analyse avec ma méthode : d'abord la qualité de l'entreprise, ensuite le prix de l'action. Deux questions séparées, presque toujours confondues, qui donnent ici deux réponses opposées : WD-40 est une bonne entreprise, mais son action, elle, ne l'est pas forcément au prix actuel.

WD-40, la petite bombe bleue et jaune que personne ne remplace

L'histoire commence en 1953, en Californie, avec une formule anticorrosion mise au point pour l'industrie aérospatiale. Water Displacement, 40th attempt : la 40e tentative pour déplacer l'eau et empêcher la rouille. Le nom est resté, la formule aussi, à quelques détails près, depuis plus de 70 ans.

Ce qui m'intéresse, en tant qu'investisseur, ce n'est pas la nostalgie du produit, c'est son moat, son avantage concurrentiel durable. Le moat de WD-40, c'est d'abord la place dans la tête du consommateur : quand quelque chose grince ou rouille, le réflexe, c'est de demander du WD-40, pas un lubrifiant multi-usage. Cette notoriété lui permet de vendre plus cher qu'un produit générique, sans effort marketing supplémentaire à chaque achat.

Le deuxième pilier, c'est la distribution : WD-40 est présente dans les rayons de Home Depot, Walmart et leurs équivalents dans plus de 175 pays et territoires, une place de rayonnage qu'un nouvel entrant met des années à obtenir. Le troisième pilier, et le plus rentable pour les actionnaires : WD-40 ne possède presque aucune usine. Elle conçoit la formule et la marque, puis sous-traite la fabrication. Résultat : très peu d'argent à réinvestir dans des machines, et donc beaucoup de cash qui reste disponible à la fin de l'année. C'est ce qu'on appelle un modèle asset light, léger en actifs.

Comment je juge la qualité d'une entreprise : la grille que j'utilise pour WD-40

Avant de parler prix, je juge toujours la qualité du business, séparément, avec des critères financiers concrets plutôt qu'avec mon ressenti sur la marque. Sur mon site, chaque action reçoit une note sur 10 construite à partir d'une dizaine de critères : rentabilité, croissance des ventes, croissance du cash par action, rachats d'actions, marge de cash, rendement du capital investi, endettement, conversion du bénéfice en cash. WD-40 obtient 8 sur 10, une bonne note, portée par plusieurs points forts très nets.

Le premier point fort : le Cash ROCE, le rendement du capital investi mesuré en cash plutôt qu'en bénéfice comptable, atteint 32 % par an. Autrement dit, chaque dollar que l'entreprise réinvestit dans son activité lui rapporte 32 cents de cash par an, un niveau qu'on trouve rarement hors des entreprises à très fort moat. Deuxième point fort : la marge de free cash flow, l'argent qui reste vraiment en caisse une fois toutes les factures payées (salaires, impôts, sous-traitance, marketing), atteint 12 % du chiffre d'affaires. Troisième point : la dette est quasi inexistante, remboursable en 0,67 an de cash généré, et l'entreprise rachète ses propres actions plutôt que d'en émettre de nouvelles.

CritèreWD-40 (WDFC)Ma cibleÉvaluation
Rentabilité (marge nette)12,6 %> 0 %Rentable
Croissance des ventes (5 ans)6,4 %/an> 10 %/anInsuffisante
Croissance du cash par action (5 ans)22,9 %/an> 10 %/anSolide
Marge de free cash flow12,0 %> 10 %Solide
Rendement du capital investi (Cash ROCE)32,0 %> 15 %/anExcellent
Endettement net / FCF0,67 an< 3 ansTrès maîtrisé
Valorisation (P/FCF)43,6×< 25×Tendue

Le revers de la médaille : une croissance qui ralentit, des marges sous pression

Ce tableau a aussi ses zones grises. La croissance des ventes, 6,4 % par an sur cinq ans, est jugée insuffisante par ma grille, qui vise plus de 10 % par an pour une entreprise de cette valorisation. Autre signal à surveiller : mes critères indiquent une compression des marges, les coûts progressant plus vite que les revenus sur la période récente, alors que je préfère voir l'inverse. Enfin, la conversion du bénéfice comptable en cash réel tourne autour de 95 %, un cran sous mon seuil de 100 %, souvent le signe d'un besoin en fonds de roulement qui grossit un peu plus vite que les ventes.

Rien d'alarmant : ce sont des nuances, pas des drapeaux rouges. Mais c'est exactement pour ça que je préfère une note construite sur plusieurs critères à un supposé jugement d'ensemble sur la marque : une belle image ne compense pas une croissance qui plafonne.

Pourquoi l'action WD-40 est-elle si chère aujourd'hui ?

Voilà où la qualité et le prix racontent deux histoires différentes. Pour mesurer ce que le marché accepte de payer pour le cash généré par une entreprise, j'utilise le P/FCF, le rapport entre le prix de l'action et le free cash flow qu'elle génère chaque année. Un P/FCF de 10 veut dire que tu paies aujourd'hui dix années de ce cash ; plus le chiffre est bas, moins l'action est chère.

WD-40 se valorise actuellement 43,6 fois son free cash flow. Pour comparer, le secteur de la chimie de spécialité, dans lequel WD-40 est classée, affiche un P/FCF médian de 22 fois et une moyenne de 35,6 fois sur ses 48 entreprises comparables. WD-40 se situe donc au 77e percentile du secteur : elle est plus chère que la grande majorité de ses pairs, y compris des entreprises de taille comparable avec une croissance parfois plus rapide.

Avec ces chiffres, mon prix d'achat raisonnable pour WD-40, celui qui offre une marge de sécurité correcte compte tenu de sa croissance attendue, ressort à environ 186 dollars. L'action cote actuellement 245,83 dollars, soit une survalorisation d'environ 24 % par rapport à ce prix cible. Ce n'est pas une bulle déconnectée du réel : c'est le prix que le marché accepte de payer pour une marque quasiment increvable et un modèle qui demande très peu de capital. Mais c'est un prix qui laisse peu de place à l'erreur si la croissance déçoit.

Qualité et prix : ici, les deux histoires ne racontent pas la même chose

Avec Adobe, il y a quelques semaines, la situation était inverse : une entreprise d'élite sur laquelle le marché avait poussé le prix vers le bas par peur de l'IA. Avec WD-40, c'est l'inverse : une bonne entreprise, pas une entreprise d'élite, dont le marché a poussé le prix vers le haut par amour de la marque et de sa régularité.

C'est le piège inverse de celui qu'on connaît le mieux. On associe souvent acheter cher à un excès d'euphorie sur une entreprise fragile. Ici, l'euphorie porte sur une entreprise réellement solide, ce qui la rend plus difficile à repérer : le prix élevé semble justifié par la qualité de la marque, alors qu'il l'est surtout par la rareté d'une entreprise aussi prévisible sur un marché qui, lui, l'est moins.

Qu'est-ce qui peut bouger le 9 juillet ?

Au dernier trimestre publié (le deuxième de l'exercice fiscal 2026, clos fin mars), WD-40 avait légèrement dépassé les attentes : un bénéfice par action de 1,50 dollar contre un consensus de 1,45 dollar, une petite surprise positive d'environ 3 %. Pour ce troisième trimestre, le consensus des analystes attend un bénéfice par action de 1,59 dollar et un chiffre d'affaires de 176,4 millions de dollars.

Pour l'exercice complet 2026, la direction vise une croissance des ventes nettes de 5 à 9 %, entre 630 et 655 millions de dollars. C'est cohérent avec la croissance de 6,4 % par an mesurée sur cinq ans par ma grille, mais ça confirme aussi qu'on est loin d'une entreprise en forte accélération. Deux scénarios pour le 9 juillet : un résultat qui confirme cette trajectoire modérée ne devrait pas beaucoup bouger l'action, déjà chère ; une déception, en revanche, laisserait peu de coussin de sécurité, vu le niveau de valorisation actuel.

Les risques que je garde en tête

Le premier risque, c'est la dépendance à quelques grandes enseignes de distribution comme Home Depot ou Walmart : elles pèsent lourd dans les ventes et ont un pouvoir de négociation sur les marges. Le deuxième, c'est la concurrence des marques génériques et des distributeurs, moins chers, qui grignotent les segments les plus sensibles au prix. Le troisième, c'est le plafond de croissance : une marque déjà présente dans huit foyers américains sur dix a, par définition, moins de place pour grandir sur son marché historique, ce qui pousse l'entreprise vers l'international et de nouvelles catégories, avec un succès encore incertain.

Comment je tranche, sans émotion

Je ne mélange jamais les deux questions. WD-40 est une bonne entreprise : rentable, peu endettée, capable de transformer son capital en cash à un rythme que peu d'entreprises égalent. Mais à 245,83 dollars, l'action se valorise cher par rapport à sa croissance et à son secteur, et mon prix d'achat raisonnable se situe presque 24 % plus bas. Avant les résultats du 9 juillet, je ne me positionne pas sur une intuition : je note un prix, et j'attends qu'il vienne à moi, ou que la thèse change.

C'est exactement le genre de séparation entre qualité et prix que je voulais pouvoir faire en quelques secondes pour n'importe laquelle des plus de 5000 actions cotées, alors j'ai construit un outil pour ça. Tu peux consulter <a href='/analyse/WDFC'>l'analyse complète de WD-40, critère par critère</a>, comprendre <a href='/methodologie'>comment je calcule la note de qualité et le prix d'achat raisonnable</a>, ou comparer WD-40 à d'autres actions du secteur avec <a href='/screener'>mon screener de plus de 5000 actions</a>.

FAQ

C'est quoi le P/FCF, et pourquoi celui de WD-40 est-il si élevé ?

Le P/FCF (price to free cash flow) compare le prix de l'action au cash que l'entreprise génère chaque année. Un P/FCF de 43,6, comme celui de WD-40 aujourd'hui, veut dire que tu paies plus de 43 années de ce cash au rythme actuel. Il est élevé parce que le marché valorise cher la régularité et la faible intensité en capital de la marque.

WD-40 est-elle une bonne entreprise sur le long terme ?

Sur ma grille de qualité, oui : elle obtient 8 sur 10, portée par un excellent rendement du capital investi (32 %), une dette quasi nulle et une marge de cash solide. Sa croissance des ventes, en revanche, reste modeste, autour de 6,4 % par an sur cinq ans.

Faut-il acheter l'action WD-40 avant ses résultats du 9 juillet 2026 ?

Ça dépend surtout de ta discipline de prix. Mon prix d'achat raisonnable tourne autour de 186 dollars, contre un cours actuel de 245,83 dollars : l'action est survalorisée d'environ 24 % selon ma méthode. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.

Pourquoi la croissance de WD-40 est-elle jugée insuffisante malgré une bonne note de qualité ?

Parce que la qualité et la croissance sont deux critères parmi d'autres dans ma grille, pas les seuls. WD-40 excelle sur la rentabilité et le rendement du capital, mais sa croissance des ventes (6,4 % par an) reste sous mon seuil de 10 % par an, ce qui pèse sur la note globale sans l'annuler.

Le dividende de WD-40 est-il fiable ?

L'entreprise verse un dividende depuis des décennies, avec un rendement actuel d'environ 1,7 % et une croissance moyenne de 7,5 % par an sur cinq ans. Le taux de distribution, autour de 65 % du bénéfice, laisse une marge confortable, cohérent avec un endettement très faible.

Voir l'analyse WDFC sur Lubin Investment

À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).