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BlackRock ou State Street : quelle action choisir ?

2026-07-09 ·

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BlackRock, le plus grand gestionnaire d'actifs au monde, se valorise à 73,6 fois son cash flow annuel et n'obtient que 5 sur 10 dans mon screener. State Street, bien moins connu du grand public, se valorise à seulement 2,3 fois et obtient 6 sur 10. La marque la plus prestigieuse n'est pas toujours la meilleure affaire.

Deux visages de la gestion d'actifs

BlackRock est le nom que tout le monde connaît : le plus grand gestionnaire d'actifs au monde, plusieurs milliers de milliards de dollars sous gestion, et la marque derrière les ETF iShares que possèdent des millions d'investisseurs particuliers. State Street est beaucoup plus discret pour le grand public, mais tout aussi central dans la finance mondiale : c'est une banque de conservation de titres (elle garde en sécurité les actifs d'immenses investisseurs institutionnels) qui gère aussi ses propres fonds via State Street Global Advisors et les ETF SPDR.

Deux métiers voisins, deux tailles comparables en termes d'influence sur les marchés, mais quand je les passe au crible de mes 10 critères, l'écart qui apparaît est l'un des plus frappants que j'aie observés entre deux concurrents directs.

L'écart de valorisation le plus frappant que j'aie observé

BlackRock se valorise à 73,6 fois son free cash flow annuel. State Street, à 2,3 fois. Le marché paie donc BlackRock environ 32 fois plus cher que State Street pour chaque dollar de cash généré. Un tel écart entre deux entreprises du même secteur mérite qu'on comprenne ce qui le justifie, ou pas.

Pourquoi BlackRock est chère, et pourquoi la qualité ne suit pas vraiment

Sur le papier, BlackRock reste une entreprise puissante : marge nette de 24,4 %, activité mondiale, marque installée. Mais mon screener ne s'arrête pas à la réputation. Plusieurs critères échouent franchement : le free cash flow par action recule de 8,1 % par an sur cinq ans, le rendement du capital investi en cash plafonne à 6,7 % (sous mon seuil de 15 %), et le levier opérationnel échoue aussi, signe de marges qui se compriment plutôt qu'elles ne s'élargissent.

Le chiffre qui m'inquiète le plus : le taux de conversion du bénéfice en cash ne dépasse pas 37 %. Autrement dit, sur 100 dollars de bénéfice comptable, à peine 37 se transforment réellement en cash disponible. Pour un gestionnaire d'actifs, cela peut refléter des commissions de performance comptabilisées avant d'être effectivement encaissées, ou des investissements de capital d'amorçage dans ses propres fonds qui immobilisent du cash. Quelle qu'en soit la cause exacte, ce n'est pas un signal rassurant. Résultat sur le prix : mon calcul du prix d'achat raisonnable place la barre à 215,69 dollars, alors que l'action se négocie aujourd'hui autour de 1 019,68 dollars, soit près de 5 fois ce seuil.

Pourquoi State Street est si bon marché

State Street n'est pas non plus une entreprise parfaite : sa croissance des ventes plafonne à 3,4 % par an, un échec dans mon screener, et le levier opérationnel échoue également, les marges se comprimant un peu ici aussi. C'est une activité mature, pas une machine à croissance.

Mais deux points la distinguent nettement. D'abord, des rachats d'actions très agressifs : -6,45 % par an sur le nombre d'actions en circulation, un rythme rare qui gonfle mécaniquement la valeur par action restante. Ensuite, un taux de conversion du bénéfice en cash de 6,4, largement supérieur à la norme, même si je reste prudent sur l'interprétation exacte de ce chiffre pour une entreprise financière (comme pour BlackRock, la marge de free cash flow des sociétés financières se comporte différemment de celle des entreprises industrielles, leur bilan étant fait d'actifs et de passifs financiers). Mon prix d'achat raisonnable pour State Street ressort à 410,52 dollars, contre un cours actuel autour de 180,16 dollars, soit environ 56 % sous ce seuil.

CritèreBlackRockState Street
Note qualité5 / 106 / 10
P/FCF73,6 fois2,3 fois
Marge nette24,4 %20,5 %
Croissance du FCF par action (5 ans)-8,1 %/an7,4 %/an
Rachats d'actions (5 ans)-0,48 %/an-6,45 %/an
Prix d'achat raisonnable vs cours actuel215,69 $ vs 1 019,68 $ (survalorisée)410,52 $ vs 180,16 $ (sous-évaluée)

Les deux publient leurs résultats la semaine prochaine

BlackRock publie le 15 juillet 2026 avant l'ouverture des marchés, avec un consensus de 12,67 dollars de bénéfice par action pour un chiffre d'affaires attendu proche de 6,82 milliards de dollars. State Street publie le lendemain, le 16 juillet, également avant l'ouverture, avec un consensus de 3,28 dollars de bénéfice par action pour un chiffre d'affaires attendu autour de 3,88 milliards de dollars. Ces deux publications seront l'occasion de vérifier si les tendances qui pèsent sur mes deux critères d'alerte, le cash de BlackRock et la croissance de State Street, s'améliorent ou se confirment.

Comment je tranche

La marque la plus connue et la plus prestigieuse n'est pas toujours la meilleure affaire, c'est exactement ce que ce duel illustre. BlackRock reste un acteur dominant avec une marque forte, mais sur mes critères objectifs, sa qualité fondamentale actuelle (5 sur 10) ne justifie pas une prime de valorisation aussi extrême face à State Street (6 sur 10, donc légèrement mieux noté, à un prix 32 fois moins cher sur le seul critère du P/FCF). Ce n'est pas une garantie que State Street va bien performer, sa croissance reste molle, mais sur le strict plan qualité et prix, c'est le dossier qui offre aujourd'hui la marge de sécurité la plus large des deux. Pour comparer d'autres institutions financières, ma méthodologie complète détaille les 10 critères que j'utilise, et mon classement des actions sous-évaluées recense d'autres dossiers dans la même situation.

FAQ

Pourquoi BlackRock est-elle si chère par rapport à State Street ?

Principalement la marque et la prime accordée au numéro un mondial de la gestion d'actifs. Mais sur mes critères objectifs, la qualité fondamentale actuelle de BlackRock (5 sur 10, cash en recul, faible rendement du capital) ne justifie pas pleinement cet écart de valorisation face à State Street.

Le taux de conversion du bénéfice en cash de 37 % chez BlackRock est-il inquiétant ?

C'est le point qui m'inquiète le plus dans cette analyse. Cela peut refléter des commissions de performance comptabilisées avant encaissement ou des investissements de capital d'amorçage. Quelle qu'en soit la cause, un taux aussi bas mérite d'être surveillé de près dans les prochains trimestres.

State Street est-elle une meilleure action que BlackRock ?

Sur la qualité et le prix combinés, oui, selon ma méthode : note légèrement supérieure (6 vs 5 sur 10) à un prix bien inférieur au seuil que je juge raisonnable. Mais sa croissance des ventes reste faible, ce n'est pas une entreprise parfaite non plus.

Quand BlackRock et State Street publient-elles leurs résultats ?

BlackRock le 15 juillet 2026 avant l'ouverture des marchés, State Street le lendemain, le 16 juillet, également avant l'ouverture.

Pourquoi les rachats d'actions de State Street sont-ils si élevés ?

À -6,45 % par an, c'est un rythme rare qui réduit fortement le nombre d'actions en circulation, ce qui augmente mécaniquement la part de l'entreprise, et donc du cash généré, que possède chaque actionnaire restant.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).