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Repérer une action excellente et pas chère

2026-06-11 ·

Je sépare toujours deux questions : l'entreprise est-elle excellente, et le prix est-il bas. Une note de qualité sur 10 juge le business sans regarder le cours. Ensuite le P/FCF, comparé à son propre passé, juge le prix. Quand les deux s'alignent, je tiens une vraie opportunité.

L'erreur qui ruine la plupart des décisions

La première fois que j'ai voulu acheter une action, j'ai fait la bêtise que presque tout le monde fait : j'ai regardé le prix et la qualité dans la même seconde, comme une seule impression. "Belle boîte, action pas chère, j'achète." Erreur. Une entreprise géniale payée trop cher reste un mauvais placement. Une entreprise médiocre, même bradée, reste médiocre. Tant que ces deux choses se brouillent dans ta tête, tu prends de mauvaises décisions sans même t'en rendre compte.

Alors j'ai fini par tout couper en deux. Une question : est-ce une bonne entreprise. Une autre, complètement à part : est-ce un bon prix. Je réponds à la première sans jamais regarder le cours, puis seulement à la seconde. Cet article te montre exactement comment je m'y prends, en deux temps, avec trois cas réels de juin 2026.

Temps 1 : l'entreprise est-elle excellente (la qualité)

Je ne me fie pas à mon intuition, ni à la réputation d'une marque. Je passe l'entreprise au crible de dix critères financiers chiffrés et objectifs, puis je résume tout dans une note de qualité sur 10. Une note de 10/10 ne dit rien du prix de l'action : elle dit que le business coche, un par un, mes dix critères de solidité. C'est une mesure du business, pas une recommandation d'achat.

Concrètement, ces dix critères regardent : la rentabilité, la croissance du chiffre d'affaires (les ventes) et du cash par action, les rachats d'actions (l'entreprise réduit son nombre d'actions plutôt que de gaspiller), les marges, le Cash ROCE, l'endettement, la conversion du bénéfice en cash, et le cycle de trésorerie. Si l'entreprise coche les dix, elle décroche 10/10.

Deux termes méritent une explication, car ce sont eux qui séparent une vraie machine à cash d'une entreprise qui semble belle de loin. Le premier : la marge de free cash flow. Le free cash flow, c'est l'argent qui reste vraiment dans les caisses une fois toutes les factures payées (salaires, machines, impôts). Une marge de free cash flow de 30 %, ça veut dire que sur 100 euros de ventes, 30 finissent en cash réellement disponible. La plupart des entreprises plafonnent autour de 10.

Le second : le Cash ROCE. C'est le rendement du capital investi, mais mesuré en cash réel et non en bénéfice comptable. En clair : pour chaque euro mis dans la machine, combien de cash en ressort chaque année. Un Cash ROCE élevé veut dire que l'entreprise transforme efficacement ses investissements en argent disponible. C'est, pour moi, l'un des signes les plus fiables d'un bon business. Si tu veux le détail complet de ces dix critères, je l'explique dans ma méthodologie.

Pourquoi une note sur 10, et pas juste mon avis

Parce que mon avis fluctue, et qu'il se laisse séduire par une belle histoire. Une note chiffrée, non. Elle applique exactement les mêmes dix critères à toutes les actions, sans état d'âme. C'est aussi mon filtre principal contre le piège que je vais décrire plus bas : si une action est pas chère mais note mal, je passe mon chemin sans regret.

Surtout, la note règle la première question une bonne fois pour toutes. Une fois que je sais qu'une entreprise est 10/10, je n'ai plus à débattre de sa solidité. Il ne me reste qu'une chose à trancher : est-ce que le marché me la propose à un prix correct. Et ça, c'est le temps 2.

Temps 2 : le prix est-il bas (jugé séparément)

Pour mesurer ce que le marché demande, j'utilise un ratio simple : le P/FCF (price to free cash flow), le prix de l'action rapporté au free cash flow qu'elle génère chaque année. Un P/FCF de 10×, ça veut dire que tu paies aujourd'hui dix années de ce cash. Plus c'est bas, moins c'est cher. Le sens d'abord, le chiffre ensuite : un P/FCF de 1,1×, ce serait payer à peine plus d'un an du cash généré, donc très bon marché.

Mais un P/FCF brut ne dit pas grand-chose seul. 14× pour une entreprise, c'est cher ou bon marché. La seule façon honnête de répondre, c'est de comparer ce chiffre à ce que cette même action s'est payé dans le passé. C'est là qu'intervient le percentile. Un percentile, c'est une position dans un classement, de 0 à 100. Dire que le P/FCF est au percentile 4, ça veut dire qu'il est plus bas que pendant 96 % de son propre passé : l'action ne s'est presque jamais payée aussi peu cher. Au percentile 0, c'est le point le plus bas jamais observé.

Je préfère cette mesure à un simple "c'est moins cher que la moyenne du secteur", parce qu'elle compare l'entreprise à elle-même. Une excellente entreprise mérite souvent un multiple plus élevé que la moyenne. Ce que je cherche, ce n'est pas qu'elle soit absolument la moins chère du marché, c'est qu'elle se valorise peu cher par rapport à son propre standard. Quand le percentile est dans le décile bas (les 10 % les moins chers de son histoire), le marché lui fait un prix inhabituel.

Une opportunité, c'est quand les deux s'alignent

Voilà le coeur de la méthode. Je marque une action "opportunité" seulement quand les deux temps disent oui en même temps : qualité 10/10 ET P/FCF dans le bas de sa propre fourchette historique. Pas l'un sans l'autre. C'est rare, et ça doit l'être : un excellent business à un prix inhabituellement bas, ça ne court pas les rues.

Trois cas vérifiés en juin 2026, sans rien inventer sur les chiffres. RenaissanceRe (ticker RNR), un réassureur, note 10/10 et se valorise 3,0× son free cash flow, au percentile 4 : moins cher que pendant 96 % de son passé. MercadoLibre (ticker MELI), le géant du e-commerce et du paiement en Amérique latine, note 10/10 à 6,8×, au percentile 0, soit le point le moins cher jamais observé. Roper (ticker ROP), un conglomérat de logiciels, note 10/10 à 14,4×, au percentile 8.

Note bien : Roper se valorise 14,4×, presque cinq fois plus cher que RenaissanceRe en valeur absolue. Pourtant les deux sont des opportunités. Pourquoi. Parce que 14,4× est bas pour Roper, une entreprise qui a presque toujours mérité un multiple élevé. C'est exactement pour ça que je compare chaque action à son propre passé, et pas seulement à ses voisines. Tu peux retrouver ce genre de profils dans mon classement des actions sous-évaluées.

Le piège : pas cher ne veut jamais dire bonne affaire

C'est l'erreur que je veux t'éviter. Quand une action affiche un P/FCF très bas, le réflexe est de crier à l'aubaine. Mauvaise idée. Une action peut être bon marché pour une excellente raison : l'entreprise décline pour de bon, et le marché a raison de la payer peu. On appelle ça un value trap, un piège de la valeur. Tu crois acheter une décote, tu achètes un déclin.

C'est précisément à ça que sert la note de qualité. Le percentile bas, seul, n'est jamais un signal d'achat : c'est juste un prix bas, et un prix bas peut être parfaitement justifié. Je n'achète bon marché que ce qui note aussi 10/10. La qualité d'abord, le prix ensuite, jamais l'inverse.

Le piège fonctionne aussi dans l'autre sens, et il est plus sournois. Une entreprise 10/10 peut être un placement décevant si tu la paies au sommet de son historique. La qualité ne te protège pas d'un mauvais prix d'entrée. C'est pour ça que je ne me contente jamais de la note : même pour mes actions notées 10/10 sur la qualité, je vérifie toujours le P/FCF et son percentile avant de bouger.

Comment j'applique ça, sans émotion

Ma routine tient en trois gestes. Un : je regarde la note sur 10. Si elle n'est pas excellente, je m'arrête là, peu importe le prix. Deux : si elle est bonne, je regarde le P/FCF et surtout son percentile, pour savoir si l'action se valorise cher ou pas par rapport à son propre passé. Trois : je n'agis que quand les deux s'alignent, et sinon je note le ticker et j'attends que le prix vienne à moi.

Cette discipline a un effet libérateur : elle m'évite de débattre avec mes émotions. Je n'ai pas à "sentir" si une action est une bonne affaire. J'ai deux réponses chiffrées, indépendantes, et une règle simple pour les combiner. Le marché peut paniquer ou s'emballer, ma grille, elle, ne bouge pas.

C'est exactement ce que je voulais pouvoir faire en quelques secondes pour n'importe quelle action : juger la qualité d'un business d'un côté, son prix de l'autre, et repérer les rares cas où les deux s'alignent. Comme je ne trouvais pas l'outil, je l'ai construit. Tu peux y taper un ticker, comme RenaissanceRe, pour voir sa note sur 10 et son P/FCF en percentile d'un coup d'oeil. Le pas cher, on en trouve partout. La qualité pas chère, beaucoup plus rarement.

En clair

Repérer une action excellente et pas chère, ce n'est pas une question de flair, c'est une question de méthode en deux temps. La qualité se juge sur dix critères chiffrés, résumés dans une note sur 10. Le prix se juge à part, avec le P/FCF replacé dans son propre historique via le percentile. Les deux ne se mélangent jamais. Et l'opportunité, la vraie, c'est seulement quand les deux disent oui.

FAQ

C'est quoi, la note de qualité sur 10 ?

C'est un résumé chiffré de la solidité d'un business, calculé sur dix critères financiers objectifs : rentabilité, croissance des ventes et du cash par action, rachats d'actions, marges, Cash ROCE, endettement, conversion en cash, cycle de trésorerie. Une note de 10/10 dit que l'entreprise coche tous mes critères, indépendamment du prix de l'action.

C'est quoi le P/FCF, et pourquoi le percentile ?

Le P/FCF (price to free cash flow) rapporte le prix de l'action au cash qu'elle génère chaque année. Un P/FCF de 7× veut dire que tu paies sept années de ce cash. Le percentile replace ce chiffre dans l'historique de l'action : percentile 4 signifie qu'elle est moins chère que pendant 96 % de son passé.

Pourquoi juger la qualité et le prix séparément ?

Parce que ce sont deux questions différentes. Une entreprise géniale payée trop cher reste un mauvais placement ; une entreprise médiocre, même bradée, reste médiocre. En les jugeant à part, je repère les rares cas où un excellent business se valorise à un prix inhabituellement bas, et j'évite de confondre une décote avec un déclin.

Un P/FCF bas, est-ce toujours une bonne affaire ?

Non. Un prix bas peut cacher une entreprise en déclin : c'est le value trap, le piège de la valeur. Un percentile bas n'est intéressant que si la note de qualité est aussi au rendez-vous. D'où ma règle : la qualité d'abord, le prix ensuite, jamais l'inverse.

Une note 10/10 suffit-elle pour acheter ?

Non. Une excellente entreprise payée au sommet de son historique peut décevoir : la qualité ne protège pas d'un mauvais prix d'entrée. Je vérifie toujours le P/FCF et son percentile avant d'agir. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, j'analyse les actions par les fondamentaux depuis plusieurs années et j'investis mon propre argent avec cette méthode. Je l'ai codifiée dans un outil qui juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).