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Taiwan Semiconductor (TSM) : résultats T2 2026, mon verdict

2026-07-16 ·

Taiwan Semiconductor Manufacturing : voir l'analyse complète sur Lubin Investment

Taiwan Semiconductor a publié un chiffre d'affaires record de 40,2 milliards de dollars, en hausse de 34 % sur un an, et un bénéfice net en progression de 77 %, porté par la demande de puces pour l'intelligence artificielle. L'entreprise relève ses prévisions annuelles et son budget d'investissement. Voici ce que ces chiffres changent pour ma thèse sur l'une des actions les moins chères de mon filtre qualité.

Un cinquième trimestre record d'affilée

Taiwan Semiconductor Manufacturing Company, le plus grand fabricant de semi-conducteurs en sous-traitance au monde, a publié ce 16 juillet 2026 un chiffre d'affaires de 40,2 milliards de dollars pour son deuxième trimestre. C'est une hausse de 33,7 % sur un an et de 12 % par rapport au trimestre précédent, au sommet de la fourchette que l'entreprise avait elle-même annoncée il y a trois mois (39,0 à 40,2 milliards).

Le bénéfice net grimpe lui de 77,4 % sur un an, un record pour le cinquième trimestre consécutif. Le bénéfice par action ressort à 4,31 dollars par certificat coté à New York, contre 3,81 dollars attendus par les analystes : un dépassement net des attentes, pas juste une confirmation. La marge brute atteint 67,7 %, un niveau que très peu d'industriels lourds au monde peuvent afficher : sur 100 dollars de ventes, presque 68 restent avant même de compter les frais commerciaux et administratifs.

D'où vient cette accélération : l'intelligence artificielle a un besoin physique de puces

L'explication tient en un chiffre : les activités liées au calcul haute performance (HPC, l'ensemble des puces destinées aux centres de données et à l'entraînement de modèles d'intelligence artificielle) représentent désormais 66 % du chiffre d'affaires de TSMC. Il y a trois ans, ce segment pesait beaucoup moins que les puces pour smartphones. L'entreprise ne vend ni ChatGPT ni aucun modèle d'IA : elle vend le silicium sur lequel ces modèles tournent, pour Nvidia, AMD, Apple ou les géants du cloud qui conçoivent désormais leurs propres puces.

Un détail technique explique pourquoi TSMC capte une telle part de cette manne, et pas seulement en tant que fondeur : le CoWoS, pour Chip-on-Wafer-on-Substrate. C'est une technique d'assemblage avancé qui permet d'empiler et de connecter plusieurs puces (processeur et mémoire à très haut débit) sur un même support, une étape indispensable pour fabriquer les accélérateurs d'IA les plus puissants. TSMC est aujourd'hui le principal fournisseur mondial de cette technologie, et son patron C.C. Wei l'a redit lors de la publication : les capacités de CoWoS sont vendues à guichets fermés jusqu'à la fin de l'année 2026. Concrètement, ce n'est pas TSMC qui court après la demande, ce sont ses clients qui font la queue, ce qui lui donne un pouvoir de fixation des prix rare dans l'industrie lourde.

Le vrai signal du trimestre : une prévision annuelle relevée, pas les chiffres passés

Ce qui compte le plus dans une publication de résultats, ce n'est jamais le trimestre écoulé, déjà connu à l'avance à quelques pour cent près. C'est ce que la direction dit sur demain. Et là, le signal est fort : TSMC relève sa prévision de croissance du chiffre d'affaires pour toute l'année 2026 à plus de 40 % en dollars, contre plus de 30 % annoncé au trimestre précédent. Pour le troisième trimestre, l'entreprise attend un chiffre d'affaires entre 44,6 et 45,8 milliards de dollars, avec une marge opérationnelle de 56 à 58 %, portée notamment par la montée en cadence de sa technologie de gravure la plus fine, le 2 nanomètres.

Autre signal, plus discret mais tout aussi parlant : le budget d'investissement (capex, les sommes englouties dans la construction et l'équipement des usines) grimpe de la fourchette précédente de 52 à 56 milliards de dollars à une nouvelle fourchette de 60 à 64 milliards pour 2026. Construire une usine de semi-conducteurs de pointe prend plusieurs années et coûte des dizaines de milliards de dollars avant qu'elle ne produise la moindre puce vendable : quand une entreprise relève ce budget aussi fortement, c'est qu'elle est convaincue que la demande sera là dans deux ou trois ans, pas seulement ce trimestre. C.C. Wei a aussi annoncé un investissement supplémentaire de 100 milliards de dollars en Arizona, portant l'engagement total du groupe dans cet État américain à 265 milliards de dollars.

Ce que ça change pour la qualité et pour le prix

Mon filtre qualité, qui juge 12 critères financiers objectifs (rentabilité, croissance des ventes et du cash, rachats d'actions, marges, dette, rendement du capital), valide déjà 10 critères sur 12 pour TSMC avant même cette publication. Les chiffres du jour ne font que confirmer ce que la note disait déjà : marge en expansion, rentabilité de 44,6 %, rendement du capital investi de 26,7 %. Ce trimestre ne change donc rien à la qualité de l'entreprise, il la confirme avec un trimestre d'avance.

Le vrai débat reste le même qu'avant cette publication : le prix. Le P/FCF (price-to-free-cash-flow, le prix de l'action divisé par le cash réellement généré chaque année) de TSMC ressort autour de 2 fois, un niveau extraordinairement bas pour une entreprise notée aussi haut par mon filtre. À titre de comparaison, la plupart des entreprises de cette qualité se valorisent 15, 20, parfois 30 fois leur cash. Ce n'est pas une anomalie de marché ni une erreur de calcul : c'est le prix que les investisseurs acceptent de payer pour une entreprise dont l'essentiel de la capacité de production est concentré à Taïwan, à quelques centaines de kilomètres de la Chine continentale. Le marché intègre depuis des années une prime de risque géopolitique dans le cours de l'action, et cette publication ne fait ni gonfler ni dégonfler ce risque : Taïwan reste Taïwan.

Ce que ces résultats changent, en revanche, c'est la conviction que l'on peut avoir sur l'autre moitié de la thèse : est-ce que l'entreprise mérite sa note malgré ce risque ? Un cinquième trimestre record d'affilée, une prévision relevée deux trimestres de suite et un carnet de commandes en packaging avancé plein jusqu'à la fin de l'année sont trois signaux qui vont dans le même sens : l'exécution est excellente. Si tu penses que le risque Taïwan est déjà largement intégré dans le prix, chaque trimestre comme celui-ci renforce l'argument que la décote est excessive au regard de la qualité réelle du business.

Ce que je surveille pour la suite

Trois points méritent d'être suivis dans les prochains mois. D'abord, la capacité de TSMC à transformer cette prévision relevée en réalité au troisième trimestre (44,6 à 45,8 milliards de dollars annoncés). Ensuite, le rythme de montée en cadence du 2 nanomètres, la technologie la plus avancée et la plus rentable de l'entreprise, qui doit prendre le relais du 3 nanomètres comme principal moteur de marge. Enfin, tout signal, même indirect, sur la relation entre Taïwan et la Chine : c'est la seule variable de cette thèse qui ne dépend d'aucun trimestre de résultats.

Comment je le lis

Je ne recommande jamais un titre en particulier, mais ce trimestre illustre bien pourquoi je sépare toujours la qualité du prix. Sur la qualité, TSMC ne laisse quasiment aucun doute : exécution quasi parfaite, monopole de fait sur les puces les plus avancées, pouvoir de fixation des prix visible dans le carnet CoWoS plein jusqu'à fin 2026. Sur le prix, rien n'a changé aujourd'hui : le P/FCF reste autour de 2 fois, l'un des niveaux les plus bas que mon filtre observe sur une entreprise notée aussi haut, précisément parce que le marché continue de payer pour le risque géopolitique et pas seulement pour les fondamentaux. C'est exactement le genre d'écart entre qualité et prix que je voulais pouvoir repérer en quelques secondes pour n'importe quelle action, ce qui m'a mené à construire mon outil d'analyse. Tu peux retrouver le détail chiffré sur la page d'analyse de TSMC, le classement des actions notées 10/10 et ma méthodologie.

FAQ

C'est quoi le CoWoS et pourquoi c'est si important pour TSMC ?

Le CoWoS (Chip-on-Wafer-on-Substrate) est une technique d'assemblage avancé qui permet d'empiler processeur et mémoire à très haut débit sur un même support, une étape indispensable pour les accélérateurs d'intelligence artificielle les plus puissants. TSMC domine ce marché, et ses capacités sont vendues à guichets fermés jusqu'à fin 2026, ce qui lui donne un vrai pouvoir de fixation des prix.

Pourquoi TSMC augmente autant son budget d'investissement (capex) ?

Construire une usine de semi-conducteurs de pointe prend plusieurs années et coûte des dizaines de milliards de dollars avant la première puce vendable. Relever le budget de 52-56 à 60-64 milliards de dollars signifie que la direction est convaincue que la demande d'IA restera forte dans deux ou trois ans, pas seulement ce trimestre.

Le risque Taïwan a-t-il disparu avec l'investissement en Arizona ?

Non. Les 265 milliards de dollars engagés en Arizona diversifient une petite partie de la production géographiquement, mais l'essentiel de la capacité de pointe de TSMC reste concentré à Taïwan pour de nombreuses années encore. Le marché continue d'intégrer ce risque dans le prix de l'action.

Faut-il acheter l'action TSMC après ces résultats ?

Les résultats confirment une exécution excellente et une valorisation basse (P/FCF autour de 2 fois) au regard de la qualité. Mais le risque géopolitique reste entier et ne dépend d'aucun trimestre de résultats. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.

Qu'est-ce que le calcul haute performance (HPC) ?

Le HPC (high performance computing) regroupe les puces destinées aux centres de données et à l'entraînement des modèles d'intelligence artificielle, par opposition aux puces pour smartphones ou objets connectés. Ce segment représente désormais 66 % du chiffre d'affaires de TSMC.

Taiwan Semiconductor Manufacturing : voir l'analyse complète sur Lubin Investment

À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).