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Thales ou Vinci : quelle action française acheter en 2026 ?

2026-07-16 ·

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Thales (défense et aérospatial) et Vinci (concessions d'infrastructure) valident tous les deux 9 critères sur 12 ou plus dans mon filtre qualité, mais pour des raisons différentes : le carnet de commandes record de Thales porté par le réarmement européen, et les décennies de cash garanti par les concessions de Vinci. Leur valorisation raconte pourtant deux histoires opposées.

Deux fleurons français, deux modèles économiques opposés

Thales et Vinci partagent trois points communs : ce sont deux entreprises françaises historiques, deux poids lourds du CAC 40, et deux des mieux notées de mon filtre qualité, qui juge 12 critères financiers objectifs (rentabilité, croissance, marges, dette, rendement du capital investi). Au-delà de ça, tout les oppose. Thales conçoit et fabrique des systèmes électroniques de défense, d'aérospatial et de cybersécurité : radars, missiles, satellites, systèmes de communication militaire. Vinci construit et exploite des infrastructures sur de très longues durées : autoroutes, aéroports, et un pôle construction et énergie (VINCI Construction, VINCI Energies).

Le tableau ci-dessous résume où se situe chaque entreprise sur mes critères clés, à partir de mes données en direct mi-juillet 2026.

CritèreThales (HO.PA)Vinci (DG.PA)
SecteurDéfense, aérospatial, cybersécuritéConcessions (autoroutes, aéroports), construction, énergie
Score qualité (sur 12 critères)10/129/12
Cours (mi-juillet 2026)environ 220 €environ 119 €
P/FCF actuel17,7×8,4×
Rendement du capital investi185,6 %20,5 %
Endettement net / FCF-0,66 (position de cash nette)2,55×
Croissance des ventes8,0 %/an6,6 %/an
Capitalisation boursièreenviron 45,3 Md€environ 67,7 Md€
Verdict de mon modèle de valorisationSous le prix d'achat raisonnable (231 €)Au-dessus du prix d'achat raisonnable (86 €)

Thales : le réarmement européen dans un carnet de commandes record

Thales n'a jamais eu autant de visibilité sur ses revenus futurs. Fin 2025, son carnet de commandes atteignait un niveau record de 53,3 milliards d'euros, soit l'équivalent de plus de deux années de chiffre d'affaires déjà sécurisées avant même de vendre quoi que ce soit de nouveau. Au premier trimestre 2026, les nouvelles commandes ont continué d'affluer : 4,65 milliards d'euros, en hausse de 23 % en données publiées et de 27 % en croissance organique. Parmi les contrats récents : le système de défense aérienne SAMP/T NG pour le Danemark et un contrat de surveillance aérienne pour le Qatar.

Ce carnet de commandes n'est pas un accident conjoncturel : il reflète une décision politique de long terme. Les lois de programmation militaire votées en France, en Allemagne et en Pologne engagent ces États sur des trajectoires de dépenses de défense qui s'étendent jusqu'en 2030 et au-delà. Thales, premier équipementier électronique de défense d'Europe, est directement exposé à cette hausse structurelle. L'entreprise investit en conséquence : entre 830 et 850 millions d'euros prévus en 2026, soit 40 % de plus qu'en 2024, pour multiplier ses capacités de production (la production de munitions de 120 mm a quadruplé depuis 2023 sur son site de la Ferté-Saint-Aubin, et la production de radars courte portée doit être multipliée par cinq en Allemagne d'ici fin 2026).

Vinci : un trou d'air passager sur des actifs qui durent des décennies

Vinci traverse une actualité plus contrastée. En avril 2026, le trafic sur son réseau autoroutier a reculé de 5,0 %, et celui de ses aéroports de 1,2 %, dans un contexte marqué par une flambée des prix du pétrole après le déclenchement d'une crise au Moyen-Orient fin février 2026. Sur les quatre premiers mois de l'année, le trafic autoroutier cumulé recule de 2,5 %, avec un repli de 3,2 % pour les seuls véhicules légers. Le chiffre d'affaires du premier trimestre 2026 reste toutefois stable, et les prises de commandes progressent.

Ce qui rend ce genre de trou d'air moins inquiétant qu'il n'y paraît, c'est le mécanisme même du modèle de concession : Vinci ne possède pas simplement des routes et des aéroports, elle détient des contrats de très longue durée, souvent 30 à 99 ans, qui lui donnent un droit exclusif d'exploitation et de perception de péages sur cette période, généralement indexés sur l'inflation. Une baisse de trafic de quelques points sur un trimestre, provoquée par un choc pétrolier ponctuel, ne remet en rien en cause la valeur de contrats qui courent encore sur des décennies. C'est la raison pour laquelle Vinci continue d'investir dans de nouvelles concessions plutôt que de se replier : le groupe a signé l'acquisition du portefeuille Safeway Concessions en Inde (9 concessions autoroutières à péage, environ 700 kilomètres), et a été retenu comme candidat préféré par l'État français pour la nouvelle concession autoroutière A154-A120 (97 kilomètres, sur 35 ans). Sa filiale VINCI Energies a par ailleurs finalisé l'acquisition de 8 nouvelles entreprises au premier trimestre, pour environ 80 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel cumulé.

Pourquoi la dette de Vinci n'est pas un signal d'alarme (et pourquoi le ROIC de Thales est trompeur)

Deux chiffres du tableau méritent une explication, sans quoi ils induisent en erreur. D'abord, l'endettement de Vinci (2,55 fois le free cash flow annuel) peut sembler élevé face à la position de cash nette de Thales. Mais construire une autoroute ou un aéroport coûte des milliards d'euros avant le moindre péage encaissé, financés par de la dette de très long terme adossée à des contrats eux-mêmes très longs. C'est ce qu'on appelle du capital permanent : une dette structurelle qui finance un actif qui va générer du cash pendant des décennies, à l'opposé d'une dette de court terme qui trahirait des difficultés de trésorerie. Le vrai signal à surveiller n'est pas le niveau de la dette de Vinci, mais sa capacité à honorer ses échéances avec le cash de ses concessions, ce qu'elle fait depuis des décennies sans accroc.

À l'inverse, le rendement du capital investi de Thales affiché à 185,6 % est un chiffre à prendre avec prudence plutôt qu'à l'admirer tel quel. Un ROIC aussi extrême signifie généralement que le dénominateur du calcul, le capital réellement immobilisé dans l'activité, est devenu très petit, ici parce que Thales dispose d'une position de cash nette plutôt que de dette nette. Le chiffre confirme que Thales n'a pas besoin de capitaux extérieurs pour financer sa croissance, ce qui est un vrai point positif, mais il ne doit pas être lu comme « Thales gagne 1,85 euro pour chaque euro investi » au sens strict : c'est un artefact du calcul quand le capital investi net devient minime.

Le vrai paradoxe : pourquoi le P/FCF le plus bas ne gagne pas ce match

À première vue, Vinci semble l'affaire la moins chère : un P/FCF (le prix de l'action divisé par le cash généré chaque année) de 8,4 fois contre 17,7 fois pour Thales. Et pourtant, mon modèle de valorisation, qui calcule un prix d'achat raisonnable en tenant compte de la croissance et de la qualité du capital, valide Thales (cours actuel sous son prix cible de 231 euros) et pas Vinci (cours actuel au-dessus de son prix cible de 86 euros).

La raison tient à la nature de la croissance future de chacune. Thales bénéficie d'un vent structurel pluriannuel, déjà budgété par plusieurs États pour les cinq prochaines années au moins, avec un carnet de commandes qui sécurise cette trajectoire. Vinci, malgré une base d'actifs remarquablement stable, dépend davantage de la conjoncture économique et du trafic (voyages, fret, activité industrielle), une croissance plus lente et plus cyclique, illustrée par le trou d'air du printemps 2026. Un P/FCF bas a de la valeur seulement si la qualité et la trajectoire de croissance qui vont avec le justifient : ici, le marché paie une prime pour la visibilité de Thales, et mon modèle estime que cette prime est justifiée, tandis que le prix actuel de Vinci intègre déjà plus de croissance qu'elle n'en démontre pour l'instant.

Comment je tranche

Je ne recommande jamais un titre en particulier, les deux entreprises restant parmi les mieux notées de mon filtre qualité pour de bonnes raisons différentes. Mais si je devais résumer la tension : Thales offre une visibilité de revenus exceptionnelle, adossée à des budgets de défense votés jusqu'en 2030, à un prix que mon modèle juge encore raisonnable malgré un P/FCF plus élevé. Vinci reste une machine à cash remarquablement stable sur le très long terme, mais son prix actuel laisse moins de marge de sécurité face à un ralentissement conjoncturel du trafic, même si ce ralentissement ne menace en rien la valeur de ses concessions sur plusieurs décennies. Vois le détail chiffré sur les pages d'analyse de Thales et de Vinci, le classement des actions notées 10/10 et ma méthodologie.

FAQ

Pourquoi Thales et Vinci sont-elles toutes les deux si bien notées ?

Les deux valident au moins 9 critères sur 12 dans mon filtre qualité (rentabilité, croissance, marges, dette maîtrisée, rendement du capital), mais pour des raisons opposées : la visibilité budgétaire pluriannuelle pour Thales, la durée et la résilience des concessions d'infrastructure pour Vinci.

Pourquoi la dette de Vinci n'est-elle pas un problème malgré un ratio de 2,55× le FCF ?

C'est du capital permanent : une dette de très long terme adossée à des concessions de 30 à 99 ans qui génèrent du cash pendant des décennies. Le signal à surveiller est la capacité à honorer les échéances avec le cash des concessions, pas le niveau brut de la dette.

Pourquoi Vinci semble moins chère que Thales avec un P/FCF plus bas mais n'est pas jugée sous-évaluée par le modèle ?

Un P/FCF bas n'a de valeur que si la croissance et la qualité qui l'accompagnent le justifient. Thales bénéficie d'une croissance structurelle pluriannuelle déjà budgétée par plusieurs États, tandis que la croissance de Vinci dépend davantage de la conjoncture économique et du trafic, plus cyclique.

Le recul du trafic autoroutier de Vinci en 2026 est-il inquiétant ?

C'est un trou d'air conjoncturel lié à une flambée des prix du pétrole après une crise au Moyen-Orient, pas une remise en cause du modèle. Les concessions de Vinci courent sur 30 à 99 ans et sont généralement indexées sur l'inflation.

Faut-il acheter Thales ou Vinci en 2026 ?

Mon modèle juge Thales sous son prix d'achat raisonnable et Vinci au-dessus du sien à la mi-juillet 2026, mais les deux restent des entreprises de très bonne qualité. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).