Électricité, solaire en bourse : pourquoi ça plafonne
2026-07-03 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
Dans mon classement de qualité, la meilleure utility électrique régulée, NextEra Energy, plafonne à 7 sur 10, loin du score maximum. Le solaire grimpe à 9 sur 10 sans l'atteindre non plus. Une seule exception touche le sommet : une entreprise d'eau, pas d'électricité. Je t'explique pourquoi, chiffres à l'appui.
Ce qu'il faut retenir
- Sur les 43 entreprises que je suis dans le secteur Utilities - Regulated Electric (l'électricité livrée par un réseau et dont les tarifs sont fixés par un régulateur), aucune n'atteint le score maximum de qualité que j'utilise : 10 critères financiers, notés sur 10. Le meilleur résultat, 7 sur 10, revient à deux entreprises, NextEra Energy (NEE) et American Electric Power (AEP).
- Le solaire fait mieux sans atteindre la perfection non plus : Nextpower (NXT) et TOYO Co (TOYO) plafonnent à 9 sur 10.
- Une seule entreprise liée à ce grand thème des services aux collectivités obtient le score maximum de 10 sur 10 : Consolidated Water (CWCO). Mais c'est une entreprise d'eau, pas d'électricité, et je l'avais déjà analysée dans mon article sur les secteurs inattendus.
- Certaines utilities électriques affichent une valorisation qui semble délirante, jusqu'à 287 fois leur cash annuel. Ça ne veut pas dire qu'elles sont jugées comme des pépites rares : ça veut dire l'inverse, il ne reste presque plus de cash disponible une fois les investissements payés.
- La différence entre l'eau et l'électricité tient à un seul mot, le capex, c'est à dire les investissements. Son ampleur et sa prévisibilité changent tout.
Pourquoi je regarde ce secteur de si près
Chaque semaine, mon screener passe des centaines d'entreprises au crible des mêmes dix critères financiers : rentabilité, croissance des ventes, croissance du cash, rachats d'actions, dette maîtrisée, rendement du capital, entre autres. Les utilities électriques et le solaire ont, sur le papier, tout pour briller dans cette grille. Ce sont des monopoles locaux ou quasi locaux, avec une demande stable et des dividendes réguliers depuis des décennies pour certaines.
Dans les faits, ce n'est pas ce que montrent mes chiffres. Comprendre pourquoi apprend beaucoup plus sur la façon de juger une entreprise que n'importe quel classement. Un score de 10 sur 10 dans mon screener ne veut rien dire d'autre que ceci : l'entreprise coche tous mes critères de qualité financière au niveau que j'exige. Ce n'est ni une prédiction, ni un avis sur le cours de l'action, seulement un constat sur la solidité du business.
Le tableau qui résume tout
Voici les chiffres, tirés de mon screener au 3 juillet 2026, pour les principales utilities électriques régulées américaines, deux acteurs du solaire, et l'exception du secteur de l'eau.
| Ticker | Secteur | Score qualité (/10) | Valorisation (P/FCF) |
|---|---|---|---|
| NEE | Utilities - Regulated Electric | 7/10 | 14,52× |
| AEP | Utilities - Regulated Electric | 7/10 | 27,08× |
| DUK | Utilities - Regulated Electric | 6/10 | 204,88× |
| SO | Utilities - Regulated Electric | 5/10 | 186,74× |
| D | Utilities - Regulated Electric | 5/10 | 166,21× |
| XEL | Utilities - Regulated Electric | 5/10 | 93,27× |
| EXC | Utilities - Regulated Electric | 5/10 | 287,19× |
| NXT | Solaire (équipements) | 9/10 | 51,79× |
| TOYO | Solaire (fabrication) | 9/10 | 13,44× |
| CWCO | Utilities - Regulated Water | 10/10 | 18,36× |
Le P/FCF, price to free cash flow, le prix de l'action rapporté au cash libre qu'elle génère, mesure combien d'années de cash disponible représente le prix actuel de l'action. Un P/FCF de 14, comme celui de NextEra Energy, veut dire que tu paies quatorze années de ce cash. Un P/FCF de 287, comme celui d'Exelon, ne veut pas dire que le marché parie sur une pépite de croissance rare, à la façon d'une jeune pousse technologique. Ça veut dire l'inverse : il reste si peu de free cash flow, une fois les investissements payés, que le moindre prix rapporté à ce cash donne un chiffre énorme. Ce n'est pas un signal de qualité, c'est un symptôme de capex qui dévore le cash disponible.
Pourquoi l'électricité régulée plafonne à 7 sur 10, pas plus
Une utility régulée, c'est une entreprise qui possède une infrastructure essentielle, un réseau de lignes électriques et de postes de transformation, et qui vend son électricité à un tarif fixé, ou du moins encadré, par un régulateur public. En échange du monopole local, le régulateur autorise un rendement sur le capital investi, généralement autour de 9 à 10 % actuellement aux États-Unis. Concrètement, ça plafonne mécaniquement ce que l'actionnaire peut espérer gagner, même quand l'entreprise gère parfaitement son réseau. La régulation californienne a fixé un rendement autorisé proche de 10 % pour les grandes utilities de l'État sur la période 2026 à 2028. Le régulateur fédéral américain a même abaissé le rendement autorisé pour les gestionnaires de réseau de transport en Nouvelle-Angleterre, de 10,57 % en 2014 à 9,57 % récemment.
À ce plafond de rentabilité s'ajoute un besoin de capex quasi permanent. Près de 70 % du réseau électrique nord-américain a plus de 25 ans. Il faut le moderniser, le rendre plus résistant aux événements climatiques extrêmes, et surtout y intégrer une quantité massive de nouvelles capacités de production, solaire, éolien, batteries, parfois nucléaire, pour répondre à une demande en forte croissance, notamment celle des centres de données pour l'intelligence artificielle. Duke Energy prévoit d'investir 145 milliards de dollars sur la prochaine décennie. NextEra Energy prévoit près de 94,2 milliards de dollars entre 2025 et 2030. Ces sommes sont majoritairement financées par de la dette, ce qui pèse en plus sur le cash disponible pour les actionnaires.
Dans ce contexte, NextEra Energy et American Electric Power sortent du lot avec 7 sur 10, le meilleur score du secteur, et une valorisation nettement plus raisonnable, 14,52 fois et 27,08 fois le cash, que leurs pairs. Elles gèrent mieux l'équilibre entre croissance du réseau et cash généré. Mais même elles n'atteignent pas la perfection : leur dette reste élevée et leur besoin de capex reste soutenu pour les années à venir. Tu peux consulter le détail sur la page de NextEra Energy et sur celle d'American Electric Power.
Le solaire progresse, sans toucher la perfection
Nextpower (NXT), anciennement Nextracker, a changé de nom en novembre 2025 pour refléter son évolution : l'entreprise ne vend plus seulement des systèmes de suivi solaire, les structures qui orientent les panneaux vers le soleil, mais une plateforme technologique complète pour les centrales solaires, y compris pour alimenter des centres de données. TOYO Co, une entreprise japonaise fondée en 2022, fabrique des cellules et modules solaires, avec des usines au Vietnam, en Éthiopie, et depuis octobre 2025 aux États-Unis. Sa marge brute a progressé à 22,5 % en 2025, contre un niveau nettement plus bas l'année précédente.
Les deux obtiennent 9 sur 10, le meilleur score du grand thème de l'énergie propre dans mon screener, sans atteindre le maximum. Ce qui les retient : une dépendance encore réelle aux politiques de soutien, crédits d'impôt, tarifs de rachat, subventions à la construction de capacités renouvelables, qui peuvent changer d'un cycle politique à l'autre, et des cycles d'investissement lourds pour construire de nouvelles usines. Contrairement aux utilities électriques, ce ne sont pas des monopoles régulés : elles vendent leur technologie ou leurs produits à des développeurs et à des utilities, ce qui les expose davantage aux cycles de commandes, mais les libère aussi du plafond de rentabilité imposé par un régulateur. Détails sur la page de Nextpower et sur celle de TOYO.
L'exception qui confirme la règle : l'eau, pas l'électricité
Une seule entreprise proche de ce grand thème des services aux collectivités obtient 10 sur 10 dans mon screener : Consolidated Water (CWCO), un opérateur de dessalement d'eau potable dans les Caraïbes, valorisé à 18,36 fois son cash annuel. Je lui avais déjà consacré une section entière dans mon article sur les secteurs inattendus du 10 sur 10, aux côtés d'un REIT hôtelier, d'un aéroport mexicain et d'un exploitant de salles de cinéma premium. Ce n'est donc pas que le mot utility soit incompatible avec un score parfait. C'est que l'eau et l'électricité sont deux réalités très différentes, même si le vocabulaire les range dans la même famille.
Une concession de dessalement dessert une zone géographique précise, avec un monopole local et une demande inélastique : les habitants ne réduisent pas fortement leur consommation d'eau potable quand le prix augmente légèrement, contrairement à d'autres biens. Une fois les installations construites, leur durée de vie est longue et leurs coûts d'exploitation sont prévisibles d'une année sur l'autre. Un réseau électrique national, lui, doit absorber en continu une transition énergétique entière : de nouvelles sources de production à raccorder, des lignes vieillissantes à remplacer, une demande en forte croissance à cause de l'électrification et des centres de données. Le capex n'est jamais fini. C'est ce qui explique pourquoi la meilleure utility électrique régulée plafonne à 7 sur 10 quand une entreprise d'eau, moins connue, atteint le maximum.
Ce que ça change si tu regardes ce secteur
Un score qui plafonne à 5, 6 ou 7 sur 10 ne veut pas dire qu'une action est mauvaise. Ça veut dire que la structure même du secteur, capex massif, rentabilité plafonnée par la régulation, limite la note maximale atteignable, même pour les meilleurs élèves. Si tu cherches une utility électrique de qualité, NextEra Energy et American Electric Power se distinguent par une valorisation plus raisonnable que leurs pairs. Si tu vois un P/FCF de 166, 186 ou 287 fois comme chez Dominion, Southern Company ou Exelon, comprends que ce n'est pas nécessairement le signe d'un pari de croissance, mais celui d'un cash libre presque inexistant une fois les investissements payés, avec une dette qui continuera probablement à augmenter avec les prochains cycles de capex.
Dans le solaire, l'écart de valorisation entre Nextpower, 51,79 fois, et TOYO, 13,44 fois, pour un score identique de 9 sur 10, montre que le marché ne juge pas ces deux entreprises de la même façon malgré une qualité financière comparable dans ma grille. C'est exactement le genre de tension que je regarde avant de me faire un avis : qualité comparable, prix très différent.
Ma méthode, pour finir
Je ne construis pas ce screener pour dire quel secteur acheter. Je le construis pour comparer, entreprise par entreprise, la qualité financière réelle, sans me fier à l'image d'un secteur, moderne ou pas, refuge ou pas. C'est comme ça que je me suis rendu compte que l'eau bat l'électricité, et que le solaire progresse plus vite qu'on ne le croit. Tu peux explorer tous les secteurs sur mon screener, ou lire comment je construis chaque score sur ma page méthodologie.
FAQ
Qu'est-ce qu'une utility régulée, exactement ?
C'est une entreprise qui possède une infrastructure essentielle, réseau électrique ou usine d'eau, et vend son service à un tarif encadré par un régulateur public, en échange d'un monopole local. Le régulateur autorise un rendement sur le capital investi, ce qui plafonne la rentabilité possible, qu'elle gère bien ou mal son réseau.
Pourquoi un P/FCF de 287 fois, comme celui d'Exelon, n'est pas forcément un mauvais signal ?
Un P/FCF élevé signifie qu'il reste très peu de cash libre par rapport au prix de l'action, souvent parce que les investissements sont énormes cette année-là. Ce n'est pas la même chose qu'une action jugée trop chère pour sa croissance future : c'est plutôt un signal que le capex dévore presque tout le cash disponible, ce qui mérite d'être compris avant de juger la valorisation.
Pourquoi l'eau obtient un meilleur score que l'électricité si les deux sont des utilities ?
Parce que le capex d'une usine de dessalement est plus prévisible et plus limité dans le temps qu'un réseau électrique national en pleine transition énergétique. L'eau bénéficie d'une demande inélastique et d'un monopole géographique restreint, sans les investissements massifs et permanents que l'électricité régulée doit financer.
Le solaire est-il un meilleur investissement que l'électricité régulée ?
Ce n'est pas ce que dit mon score à lui seul. Nextpower et TOYO obtiennent une meilleure note de qualité financière, 9 sur 10 contre 7 sur 10 au mieux pour l'électricité, mais leur valorisation varie beaucoup, 51,79 fois contre 13,44 fois, et leur activité dépend davantage des cycles de commandes et des politiques de soutien aux renouvelables. La qualité et le prix restent deux questions séparées.
Une note de 5 ou 6 sur 10 veut-elle dire qu'il faut éviter l'action ?
Non. Ça veut dire que l'entreprise ne coche pas tous mes critères de qualité financière au niveau maximum, souvent à cause d'une dette élevée ou d'un cash libre restreint par un besoin d'investissement important. Ce n'est qu'un des deux côtés de mon analyse, la qualité. Le prix, l'horizon et ta propre conviction sur le secteur comptent tout autant.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).