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Faut-il acheter l'action Adobe (ADBE) avant ses résultats ?

2026-06-09 ·

Adobe est une entreprise d'élite qui affiche aujourd'hui une valorisation plus basse qu'à n'importe quel moment des cinq dernières années. Mais une bonne entreprise et un bon prix sont deux choses différentes. Le marché a peur que l'IA la détruise, et même après la chute, l'action reste au-dessus de mon prix d'achat raisonnable. Voici comment je tranche, sans pari ni émotion.

Le piège que presque tout le monde fait

Adobe a perdu près de la moitié de sa valeur en deux ans. Partout la même phrase : l'intelligence artificielle va la tuer. Midjourney génère des images, OpenAI fait de la vidéo, Canva grignote le design. Le créateur de Photoshop serait le prochain Kodak.

Quand je regarde une action, je sépare toujours deux questions que la plupart des gens confondent. Un : est-ce une bonne entreprise ? Deux, complètement à part : est-ce le bon prix ? Une entreprise géniale payée trop cher reste un mauvais placement. Une entreprise médiocre, même bradée, reste médiocre. Mélanger les deux, c'est la source d'erreur numéro un.

Est-ce une bonne entreprise ? (la qualité)

Je ne me fie pas à mon intuition. Je passe l'entreprise au crible de critères financiers concrets : est-elle rentable, ses ventes et son cash augmentent-ils, rachète-t-elle ses propres actions plutôt que de gaspiller, sa dette est-elle maîtrisable ? Un chiffre suffit à sentir Adobe : sa marge de free cash flow atteint 34 %. Le free cash flow, c'est l'argent qui reste vraiment dans les caisses une fois toutes les factures payées (salaires, machines, impôts). Une marge de 34 %, ça veut dire que sur 100 euros de ventes, 34 finissent en cash réellement disponible. La plupart des entreprises plafonnent autour de 10.

Le vrai trésor d'Adobe : son moat

Mais un bon bilan ne raconte pas tout. Ce qui me convainc, c'est le moat d'Adobe : son fossé concurrentiel, ce qui empêche un rival de prendre sa place. Demande à un monteur vidéo ou à un service marketing d'abandonner Premiere ou Photoshop : il ne peut pas. Des années de fichiers, de réflexes, de formation. Résultat, 94 % des revenus d'Adobe sont des abonnements qui retombent chaque année, et l'entreprise pèse près de 58 % du marché mondial du logiciel créatif. Côté gestion, le signe qui ne trompe pas : elle rachète ses propres actions et n'a quasiment pas de dette. Ce n'est pas une entreprise fragile, c'est une infrastructure.

Alors pourquoi l'action s'est-elle effondrée ? (le prix)

Parce que le marché ne paie pas une entreprise, il paie une histoire. Et l'histoire d'Adobe fait peur : sa croissance ralentit (autour de 11 % par an, contre plus de 20 % avant), et l'IA pourrait éroder sa capacité à imposer ses prix.

Pour mesurer ce que le marché accepte de payer, je regarde un ratio simple : le P/FCF (price to free cash flow). C'est le prix de l'action divisé par le free cash flow qu'elle génère chaque année. Un P/FCF de 12, ça veut dire que tu paies aujourd'hui douze années de ce cash. Plus c'est bas, moins c'est cher. Adobe se valorise environ 12 fois son free cash flow. Sa moyenne des cinq dernières années était de 33. Son secteur tourne autour de 60. Le marché traite donc l'une des plus belles machines à cash de la tech comme une affaire finie.

Le vrai débat (et le piège)

Toute la thèse tient en une question : crois-tu que l'IA va réellement casser Adobe, ou que la peur est exagérée ? Si tu penses qu'Adobe défend son territoire, l'action est anormalement bon marché. Si tu crois à la disruption, ce bas prix est un piège, pas une aubaine. Un P/FCF faible n'est jamais une bonne affaire en soi : il l'est seulement si la qualité tient. C'est précisément pour ça que je juge la qualité avant le prix.

Comment je tranche, sans émotion

À des hypothèses prudentes, mon prix d'achat raisonnable pour Adobe se situe autour de 163 dollars. L'action en vaut environ 251. Je suis donc encore à peu près 35 % au-dessus du point d'entrée que je m'autorise. Je ne fonce pas : je note un prix cible, et j'attends qu'il vienne à moi. Avant les résultats, les attentes sont basses. Deux scénarios : une déception rapproche le cours de mon point d'entrée, une bonne surprise sur l'IA peut faire remonter le multiple depuis son plus bas. Dans les deux cas, je sais quoi faire, parce que j'ai un prix, pas une émotion.

En résumé

Adobe est une entreprise d'élite, au cash le moins cher de son histoire, que je surveille de très près sans la payer n'importe quel prix. Savoir si une entreprise est bonne, et à quel prix l'acheter, séparément : c'est tout ce que j'ai voulu pouvoir faire en quelques secondes pour n'importe quelle action. C'est pour ça que j'ai construit mon site d'investissement.

FAQ

C'est quoi, le free cash flow ?

L'argent qui reste réellement à l'entreprise après avoir payé tout ce qu'il faut pour tourner et investir. C'est plus difficile à maquiller que le bénéfice comptable, donc je m'y fie davantage.

Comment je juge la qualité d'une entreprise ?

Sur des critères financiers objectifs : rentabilité, croissance des ventes et du cash, rachats d'actions, marges, endettement, rendement du capital. La qualité, c'est la solidité du business, indépendamment du prix de l'action.

Un P/FCF bas, est-ce toujours une bonne affaire ?

Non. Un prix bas peut cacher une entreprise en déclin. Il n'est intéressant que si la qualité, elle, est au rendez-vous. D'où ma règle : la qualité d'abord, le prix ensuite.

Faut-il acheter Adobe avant ses résultats ?

Ça dépend de ta conviction sur l'IA et de ta discipline de prix. Les attentes sont basses : une déception te rapproche d'un bon point d'entrée, une bonne surprise peut relancer l'action. Ceci n'est pas un conseil en investissement, fais tes propres recherches.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, j'analyse les actions par les fondamentaux depuis plusieurs années et j'investis mon propre argent avec cette méthode. Je l'ai codifiée dans un outil qui juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).