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Microsoft, Alphabet, Adobe : ces actions sont-elles chères ?

2026-06-10 ·

Non, pas partout : tout dépend de l'entreprise. Microsoft (49,7 fois son free cash flow) et Alphabet (116,6 fois) se valorisent comme si la perfection était acquise, alors que leur cash par action stagne ou recule. Adobe (11,7 fois), bien plus solide, est au plus bas de son histoire. Le multiple seul ne dit rien : la croissance derrière décide.

Pourquoi « la tech est trop chère » ne veut rien dire

Tu l'as forcément entendu : « la tech est trop chère ». C'est une phrase qui mélange tout. Microsoft, Alphabet et Adobe sont rangés dans la même case « big tech », mais le marché les valorise de façons radicalement différentes. L'une se valorise dix fois plus cher que l'autre pour des qualités comparables. Comprendre pourquoi, c'est apprendre à lire un chiffre tout simple : le prix d'une action rapporté au cash qu'elle génère.

Ce chiffre s'appelle le P/FCF, pour price to free cash flow. Le free cash flow, c'est l'argent qui reste réellement dans les caisses une fois toutes les factures payées : salaires, machines, impôts, investissements. Pas le bénéfice comptable, qui se maquille facilement, mais le cash. Le P/FCF, c'est le prix de l'action divisé par ce cash annuel. Un P/FCF de 12 veut dire que tu paies aujourd'hui douze années de ce cash. Plus c'est bas, moins c'est cher. Plus c'est haut, plus le marché te demande de croire à une forte croissance future.

Ce nombre s'appelle aussi un « multiple » : combien de fois le cash annuel tu acceptes de payer. Et voici tout l'enjeu de cet article : un multiple élevé n'est pas « cher » dans l'absolu. Il l'est seulement si la croissance ne suit pas. Payer 50 fois le cash d'une entreprise qui double tous les trois ans peut être une affaire. Payer 12 fois le cash d'une entreprise en déclin peut être un piège. Le chiffre ne se juge jamais seul.

Comment je note la qualité d'une entreprise, avant de regarder le prix

Avant de me demander si une action est chère, je me demande si c'est une bonne entreprise. Ce sont deux questions distinctes. Pour la première, je n'écoute pas mon intuition : je passe l'entreprise au crible de critères financiers concrets et je lui donne une note sur 10. Est-elle vraiment rentable ? Son cash augmente-t-il par action ? Convertit-elle ses bénéfices en cash réel ? Sa dette est-elle maîtrisée ? Rachète-t-elle ses actions plutôt que de gaspiller ? Cette note ne dit rien du prix : elle mesure seulement la solidité du business.

Deux indicateurs reviennent souvent dans ce qui suit. La marge de free cash flow : sur 100 euros de ventes, combien finissent en cash réellement disponible. Le Cash ROCE : le cash généré rapporté à tout le capital employé pour le générer ; en clair, le rendement de chaque euro investi dans le business. Plus ces deux nombres sont hauts, plus la machine à cash est efficace. Gardons-les en tête, ils vont tout expliquer.

Microsoft (MSFT) : une excellente entreprise payée comme si elle allait accélérer

Microsoft valide 8 critères sur 10. C'est une vraie entreprise d'élite : 39 centimes de marge nette par euro de revenu, un chiffre d'affaires qui croît de 13,5 % par an, et un cycle de trésorerie négatif de 62 jours. Ce dernier point est rare et précieux : ses clients la paient avant qu'elle ne paie ses fournisseurs, exactement comme Costco. L'argent travaille pour elle, pas l'inverse. Elle rachète aussi ses actions régulièrement, ce qui concentre la valeur sur ceux qui restent.

Mais deux voyants clignotent en rouge. Son cash par action ne progresse que de 4,8 % par an, sous mon seuil de 10 %. Et son ratio de conversion du bénéfice en cash n'est que de 0,48 : moins de la moitié des bénéfices deviennent du cash libre. Le coupable a un nom : l'investissement massif dans l'intelligence artificielle. Microsoft brûle du cash en centres de données aujourd'hui, en pariant qu'il reviendra plus tard. C'est peut-être un bon pari, mais en attendant, le cash que touche l'actionnaire stagne.

Voilà le cœur du problème de prix. À 49,7 fois son free cash flow, le marché paie Microsoft comme si la croissance allait s'accélérer franchement. Mon modèle de valorisation, lui, vise un rendement de 15 % par an et ressort un prix d'achat raisonnable autour de 144 dollars. L'action en vaut 403. Je suis donc à 64 % au-dessus du point d'entrée que je m'autorise : la marge de sécurité est négative. Microsoft reste superbe. Mais à ce prix, tu paies déjà l'accélération avant qu'elle n'arrive.

Alphabet (GOOGL) : le cas extrême, 116,6 fois un cash qui recule

Alphabet est le plus déroutant des trois. Sa note de qualité n'est que de 6 sur 10. Deux critères échouent franchement : son cash par action recule de 3 % par an, et son Cash ROCE n'est que de 9,2 %, sous mon seuil de 15 %. Deux autres sont en avertissement, dont une marge de free cash flow de 9,1 %, juste sous la barre des 10 %.

Le paradoxe est saisissant. Alphabet est une machine à transformer ton attention en revenus publicitaires : personne ne fait mieux. Mais transformer ces revenus en cash qui revient à l'actionnaire, c'est une autre histoire. Sa marge de cash n'est que de 9,1 %, et son cash par action baisse depuis cinq ans. Deux raisons : un stock-based compensation énorme, et de lourds investissements. Le stock-based compensation, c'est la rémunération des salariés en actions plutôt qu'en cash. Ça paraît gratuit, mais ça crée de nouvelles actions, donc ça dilue les actionnaires existants : ta part du gâteau rétrécit. Chez Alphabet, ça absorbe 40 % du free cash flow. Énorme.

Et pourtant, le marché valorise Alphabet à 116,6 fois son free cash flow, soit 7 fois la médiane de son secteur. C'est un multiple qui ne suppose pas une croissance solide : il suppose une accélération spectaculaire d'un cash qui, aujourd'hui, recule. Mon prix d'achat raisonnable ressort à 54 dollars, contre un cours de 364. Une surcote de 85 %. C'est l'illustration parfaite du piège du multiple élevé : tu paies très cher une croissance future que les chiffres actuels ne montrent pas encore.

Adobe (ADBE) : la qualité la plus haute, au prix le plus bas

Adobe est le contre-exemple presque parfait. Note de qualité 9 sur 10, soit 23 critères validés sur 25. Une marge de free cash flow de 34 % : sur 100 euros de ventes, 34 finissent en cash disponible, là où la plupart des entreprises plafonnent autour de 10. Un Cash ROCE de 153 %, ce qui est exceptionnel. Un cycle de trésorerie négatif de 28 jours. Et surtout, son cash par action croît de 10,9 % par an : le seul des trois à passer mon seuil. Tout ce qui manque à Microsoft et Alphabet, Adobe l'a.

Et son multiple ? 11,7 fois le cash. Le plus bas de toute son histoire. Le marché a massacré Adobe par peur de l'IA générative, Midjourney et Canva en tête, et parce que sa croissance a ralenti, autour de 11 % par an contre plus de 20 % avant. Mais le free cash flow, lui, continue de monter. Résultat : un écart béant entre la qualité réelle, 9 sur 10, et la peur que le marché projette dessus.

Attention quand même : moins cher ne veut pas dire donné. Même à 11,7 fois son free cash flow, Adobe n'est pas une affaire évidente à mes yeux. Mon prix d'achat raisonnable ressort à 149 dollars, contre un cours de 238 : encore 37 % au-dessus. La différence, c'est que cette surcote de 37 % est bien plus tolérable que les 64 % de Microsoft ou les 85 % d'Alphabet. Relativement aux deux autres, Adobe est de loin le plus abordable. Tu peux le vérifier sur la page d'analyse d'Adobe.

Ce que ces trois cas t'apprennent à lire

Trois entreprises de la même famille, trois prix qui n'ont rien à voir. Si tu ne devais retenir que trois réflexes :

Le piège dans les deux sens est le même. Un multiple élevé n'est cher que si la croissance déçoit, et un multiple bas n'est une aubaine que si la qualité tient. C'est précisément pour ça que je juge toujours la qualité d'un business avant son prix, jamais l'inverse. Tu peux retrouver toute la grille sur ma page de méthodologie, et comparer toi-même Microsoft, Alphabet et Adobe sur leurs pages d'analyse respectives.

Au fond, ce que je voulais, c'était pouvoir poser ces deux questions, la qualité d'un côté, le juste prix de l'autre, en quelques secondes et pour n'importe quelle action. Comme aucun outil ne le faisait à ma façon, je l'ai construit. Tape un ticker, et tu vois immédiatement où se situe le prix raisonnable par rapport au cours.

FAQ

C'est quoi le P/FCF, en une phrase ?

Le prix de l'action divisé par le free cash flow qu'elle génère chaque année, c'est-à-dire le cash qui reste une fois toutes les factures payées. Un P/FCF de 12 veut dire que tu paies douze années de ce cash : bas = bon marché, élevé = cher.

Un multiple élevé veut-il toujours dire « trop cher » ?

Non. Un multiple élevé signifie que le marché price une forte croissance future. Il n'est trop cher que si cette croissance déçoit. Microsoft à 49,7 fois et Alphabet à 116,6 fois sont chers parce que leur cash par action stagne ou recule, pas parce que le chiffre est haut en soi.

Pourquoi Alphabet se valorise-t-il 116,6 fois son free cash flow ?

Parce que le marché parie sur une accélération spectaculaire de son cash. Mais aujourd'hui ce cash recule de 3 % par an, sa marge de cash n'est que de 9,1 %, et le stock-based compensation, la rémunération en actions qui dilue les actionnaires, absorbe 40 % du free cash flow.

Adobe à 11,7 fois son free cash flow, c'est une affaire ?

C'est le moins cher des trois et de loin le plus solide (qualité 9/10), mais pas une affaire évidente. Mon prix d'achat raisonnable est de 149 dollars, contre un cours de 238 : encore 37 % au-dessus. Moins cher ne veut pas dire donné.

Pourquoi regarder le cash par action plutôt que le chiffre d'affaires ?

Parce que le chiffre d'affaires peut grimper sans que tu en profites : si l'entreprise crée sans cesse de nouvelles actions pour payer ses salariés, ta part rétrécit. Le cash par action mesure ce que l'actionnaire touche réellement, dilution comprise.

Voir l'analyse MSFT sur Lubin Investment

À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, j'analyse les actions par les fondamentaux depuis plusieurs années et j'investis mon propre argent avec cette méthode. Je l'ai codifiée dans un outil qui juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).