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Actions asiatiques : comment interpréter un 10/10 hors US

2026-06-16 ·

Une action asiatique notée 10/10 par notre screener répond aux mêmes critères financiers qu'une action américaine : FCF solide, marges élevées, bilan sain. Mais trois points méritent vigilance : la gouvernance d'entreprise (souvent différente), la fiscalité des dividendes à la source, et la liquidité parfois limitée sur certaines valeurs.

Pourquoi je regarde les marchés asiatiques

La plupart des investisseurs particuliers français concentrent leur portefeuille sur les États-Unis et l'Europe. C'est compréhensible : les données sont accessibles, les entreprises connues, les rapports en anglais. Mais cette myopie géographique crée une opportunité. Le Japon, la Corée du Sud et Hong Kong abritent des centaines d'entreprises excellentes que le marché occidental sous-analyse systématiquement.

Le TOPIX japonais a progressé de 42% sur les douze derniers mois, porté par des réformes de gouvernance historiques et un retour massif des ménages japonais vers les actions. Le KOSPI coréen, lui, a bondi de 118% en douze mois grâce aux réformes du marché des capitaux et à l'essor de l'IA. Ces deux marchés ne sont plus des marchés de niche.

Quels marchés couvre notre screener

Notre screener analyse les actions cotées au Tokyo Stock Exchange (suffixe .T), au Korea Stock Exchange (suffixe .KS) et à la Hong Kong Stock Exchange (suffixe .HK). Ces trois bourses représentent ensemble une capitalisation boursière supérieure à 10 000 milliards de dollars, soit davantage que toute la zone euro.

La note /10 que j'attribue à chaque action repose sur 10 critères financiers objectifs : la croissance des revenus, la progression du FCF (le cash réellement généré après toutes les dépenses, y compris les investissements), la marge de FCF, le Cash ROCE (le rendement du capital employé mesuré en cash réel, pas en bénéfice comptable), l'endettement, les rachats d'actions, et quelques autres indicateurs de solidité. Ces critères s'appliquent exactement de la même façon à une action japonaise qu'à une action américaine.

Les quatre différences à intégrer avant d'investir

Première différence : la comptabilité. Les entreprises japonaises et coréennes suivent des normes IFRS ou leurs standards locaux, proches des normes internationales, mais avec quelques subtilités. La capitalisation des dépenses de R et D, le traitement des stocks ou les pensions de retraite peuvent légèrement gonfler ou dégonfler certains ratios. Je reste vigilant, mais le FCF, lui, est assez robuste à ces écarts : l'argent dans les caisses est concret, quelle que soit la norme comptable.

Deuxième différence : la gouvernance. C'est historiquement le point faible des entreprises asiatiques. Au Japon, les keiretsu (réseaux de participations croisées entre entreprises liées) diluaient les intérêts des actionnaires minoritaires depuis des décennies. Mais la Bourse de Tokyo a lancé en 2023 une vague de réformes : les entreprises dont le ratio cours sur valeur comptable est inférieur à 1 sont désormais poussées à mieux allouer leur capital, à racheter des actions, à distribuer davantage. Résultat : les rachats d'actions japonais ont explosé. Honda, par exemple, a maintenu son dividende même en annonçant une dépréciation de 15,7 milliards de dollars sur ses activités EV. C'est un signal de discipline.

Troisième différence : la fiscalité des dividendes à la source. Le Japon retient 15,315% à la source sur les dividendes versés aux non-résidents. La Corée retient 22%. Hong Kong, en revanche, ne retient rien. Pour un investisseur français, ces retenues s'imputent partiellement sur l'impôt français via les conventions fiscales, mais le mécanisme est plus complexe qu'avec une action américaine.

Quatrième différence : la liquidité. Les grandes capitalisations japonaises (Toyota, Sony, Keyence) et coréennes (Samsung, SK Hynix) traitent des volumes colossaux chaque jour. Mais le screener analyse aussi des entreprises de taille intermédiaire, parfois peu connues en dehors de leur marché domestique. Sur ces valeurs, les volumes journaliers peuvent être limités, les fourchettes achat/vente plus larges. J'adapte mes ordres en conséquence : ordre à cours limité plutôt qu'ordre au marché.

Comment j'adapte la lecture de la valorisation P/FCF

Le P/FCF (price-to-free-cash-flow) est le ratio que j'utilise pour juger si une action est chère ou non. Concrètement : c'est le prix de l'action divisé par le cash que l'entreprise génère vraiment chaque année après toutes ses dépenses. Un P/FCF de 12 signifie que tu paies aujourd'hui l'équivalent de 12 années de ce cash. Plus ce chiffre est bas, moins l'action est chère.

Sur les marchés asiatiques, les P/FCF moyens historiques ont longtemps été plus bas qu'aux États-Unis, pour deux raisons : la défiance des investisseurs envers la gouvernance, et la faible visibilité des entreprises locales à l'international. Avec les réformes de gouvernance au Japon et en Corée, cet écart de valorisation se réduit progressivement. Autrement dit : des dossiers asiatiques 10/10 qui affichaient des valorisations très basses il y a trois ans voient leur P/FCF remonter, non pas parce qu'ils sont moins bons, mais parce que le marché les comprend mieux.

Ce que je retiens pour mon propre portefeuille

J'investis dans des actions asiatiques notées 10/10 avec la même logique que partout ailleurs : la qualité d'abord, le prix ensuite. Les quatre points spécifiques que j'ai décrits (comptabilité, gouvernance, fiscalité, liquidité) ne sont pas des blocages. Ce sont des ajustements à intégrer dans la réflexion. Le marché occidental sous-analyse encore ces valeurs, et c'est précisément de là que peuvent venir les meilleures opportunités.

Si tu veux voir les actions asiatiques actuellement dans notre screener, avec leur note /10 et leur valorisation P/FCF à jour, tu peux les consulter sur notre screener en ligne. C'est l'outil que j'ai construit pour analyser exactement ce genre de dossiers en quelques secondes.

FAQ

Peut-on acheter facilement des actions japonaises ou coréennes depuis la France ?

Oui. La plupart des courtiers en ligne français (Degiro, Saxo, Interactive Brokers) donnent accès au Tokyo Stock Exchange et au Korea Stock Exchange. Les frais sont un peu plus élevés que sur les marchés européens ou américains. Quelques grandes capitalisations japonaises sont également disponibles sous forme d'ADR sur le NYSE.

La note /10 de notre screener est-elle comparable entre une action américaine et une action japonaise ?

Oui, les 10 critères sont identiques. La note mesure la solidité financière objective : FCF, marges, croissance, bilan, allocation du capital. Une entreprise japonaise notée 10/10 répond aux mêmes exigences qu'une américaine 10/10. La seule nuance concerne certains ratios affectés par les normes comptables locales, mais le FCF reste le signal le plus universel.

Le yen faible (2025-2026) est-il un risque pour les actions japonaises ?

C'est un point à surveiller. Un yen faible avantage les exportateurs japonais (Toyota, Sony, Fanuc) mais peut éroder les rendements d'un investisseur européen qui reçoit des dividendes en yen. Je convertis mentalement les FCF en euros pour avoir une image fidèle de la valorisation réelle.

Pourquoi la Corée du Sud est-elle souvent déconsidérée malgré ses entreprises de qualité ?

Historiquement, la Corée souffrait d'une décote de gouvernance : les chaebols (conglomérats familiaux comme Samsung ou LG) favorisaient la famille fondatrice au détriment des minoritaires. Les réformes lancées depuis 2023 changent la donne, avec des exigences accrues en matière de dividendes et de rachats d'actions. Le KOSPI a d'ailleurs bondi de 118% en douze mois, en partie pour cette raison.

Comment fonctionne la retenue à la source sur les dividendes japonais ?

Le Japon retient 15,315% à la source sur les dividendes versés aux non-résidents (en vertu de la convention fiscale franco-japonaise). Cette retenue est en principe récupérable via un crédit d'impôt dans ta déclaration française. La mécanique exacte dépend de ton courtier et de ta situation fiscale.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, j'analyse les actions par les fondamentaux depuis plusieurs années et j'investis mon propre argent avec cette méthode. Je l'ai codifiée dans un outil qui juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).