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Alphabet (GOOGL) Q1 2026 : résultats +90%, notre analyse

2026-06-16 ·

Alphabet a publié des résultats spectaculaires au T1 2026 : revenus à 109,9 milliards de dollars (+22%), bénéfice par action à 5,11$ (+82%). Google Cloud accélère à +63%. Pourtant ma grille d'analyse donne un score de 6/10, et la valorisation est parmi les plus tendues que j'analyse. Voici pourquoi un grand chiffre ne suffit pas.

Des résultats qui impressionnent

Alphabet a publié ses résultats du premier trimestre 2026 le 29 avril. Les chiffres sont difficiles à ignorer : 109,9 milliards de dollars de revenus consolidés, soit une progression de 22% sur un an. Le bénéfice par action (BPA), c'est-à-dire ce que l'entreprise gagne en net par action émise, atteint 5,11 dollars, en hausse de 82% par rapport au T1 2025.

Google Cloud est devenu en un trimestre le moteur de croissance dominant d'Alphabet. À 20 milliards de revenus avec une hausse de 63%, il dépasse la croissance de Search pour la première fois. Son carnet de commandes a quasi doublé par rapport au trimestre précédent, pour atteindre 460 milliards. C'est le signe qu'Alphabet a signé des contrats pluriannuels massifs avec des entreprises qui ont besoin de sa puissance cloud pour leurs projets IA.

Ma méthode : pourquoi je ne regarde pas que les gros chiffres

Quand je reçois des résultats comme ça, mon premier réflexe n'est pas 'd'accord, j'achète'. Ma méthode me force d'abord à poser deux questions séparées : est-ce une bonne entreprise ? Et est-ce que le prix de l'action reflète déjà tout ça, ou pas ?

Pour la qualité du business, je passe Alphabet sur ma grille de critères. Résultat : 6/10. Ce n'est pas une mauvaise note, mais c'est moins élevé que ce que beaucoup imaginent pour la maison-mère de Google. Voilà ce qui explique cette note.

Ce que révèle la note 6/10

Points forts : la marge nette est exceptionnelle à 37,9%. La croissance des revenus (+12,6% par an sur 5 ans) est solide. Alphabet rachète ses propres actions à raison de -2% par an, ce qui augmente mécaniquement la valeur pour chaque actionnaire restant. L'endettement est quasi nul.

Points de vigilance : la marge de free cash flow ne dépasse pas 9,1%, en dessous de mon seuil de 10%. Plus frappant : le free cash flow par action a baissé de 3% par an sur 5 ans. Comment est-ce possible avec des bénéfices nets en hausse ? La réponse : les dépenses d'investissement exploser. Alphabet prévoit jusqu'à 190 milliards de capex pour 2026. Des data centers, des câbles sous-marins, des puces IA. C'est nécessaire pour rester dans la course, mais ça consomme le cash disponible.

Le Cash ROCE (rendement du capital employé en cash, soit combien de cash réel l'entreprise génère pour chaque dollar investi) n'est que de 9,2%, contre mon seuil minimal de 15%. Ça signifie qu'Alphabet investit énormément mais que le retour en cash réel reste modeste pour l'instant.

Le moat d'Alphabet : réel mais attaqué

Le moat d'Alphabet, son fossé concurrentiel, repose sur trois piliers. D'abord, la distribution : Android sur 3 milliards d'appareils, Chrome comme navigateur dominant, Google en moteur de recherche par défaut sur la quasi-totalité des appareils. Ensuite, les données : 25 ans de comportements de recherche, la masse de données d'entraînement la plus riche du monde. Enfin, la taille : des revenus publicitaires qui lui permettent de financer une R&D que personne d'autre ne peut se payer.

Mais ce moat est attaqué comme jamais. OpenAI et Perplexity captent une partie des requêtes de recherche. Apple négocie dur ses conditions de partenariat. Et surtout, le modèle publicitaire de Search pourrait être transformé si les utilisateurs passent à des réponses directes générées par IA plutôt qu'à des résultats de recherche classiques. Alphabet investit massivement pour y répondre, ce qui explique le capex record.

La valorisation : 118x le free cash flow

Le P/FCF (price-to-free-cash-flow), c'est ce que tu paies en années de cash réel généré par l'entreprise. Un P/FCF de 20, c'est 20 ans. Alphabet affiche aujourd'hui 118x. Pour situer : la médiane de son secteur est à 17,7x. Alphabet se valorise donc à plus de 6 fois la médiane de ses pairs.

Mon estimation de prix d'achat raisonnable pour Alphabet se situe autour de 54$. Le cours actuel dépasse 369$. C'est une surcote d'environ 85% par rapport à mon seuil. Le marché parie sur une décennie de croissance forte et sur la monétisation rapide de l'IA générative. C'est possible. Mais au moindre doute, c'est aussi une longue chute.

Google Cloud, YouTube, Search : les trois moteurs

Au T1 2026, Google Search a progressé de 19% à 50,7 milliards. C'est la confirmation que les craintes sur l'IA qui 'tuerait' la recherche sont prématurées. YouTube a généré 8,9 milliards de revenus publicitaires (+11%). Ces deux segments représentent le coeur de la profitabilité actuelle.

Google Cloud à +63% est le pivot stratégique. À 20 milliards de revenus trimestriels, il approche Microsoft Azure et commence à menacer AWS sur certains segments IA. Le carnet de commandes à 460 milliards donne de la visibilité sur 3 à 4 ans. Mais la profitabilité de ce segment reste à démontrer à long terme : les investissements nécessaires sont colossaux.

Ce que ça implique pour ma lecture qualité/prix

Alphabet est une entreprise que j'admire, avec un moat réel et une capacité d'exécution prouvée. Mais ma méthode me demande de séparer l'admiration du prix que je paie. À 118x le free cash flow, je paie une prime très élevée sur l'avenir. Et l'avenir d'Alphabet comporte des risques sérieux : disruption de Search par l'IA conversationnelle, régulation antitrust (des procédures sont en cours aux États-Unis et en Europe), et un capex record qui pèse sur le cash disponible.

Mon prix d'achat raisonnable implique une baisse de 85% du cours actuel, ce qui est peu probable sauf crise majeure. Je surveille donc Alphabet comme un benchmark de qualité, sans position aujourd'hui. C'est exactement le genre d'analyse que je fais pour toutes mes actions, et que j'ai voulu rendre accessible sur mon site d'investissement.

FAQ

Pourquoi Alphabet a un score de 6/10 malgré des résultats impressionnants ?

Ma grille note la qualité intrinsèque du business sur des critères financiers objectifs. Alphabet a une marge FCF en dessous de 10%, un free cash flow par action qui baisse depuis 5 ans malgré la hausse des bénéfices nets (à cause du capex record), et un rendement du capital en cash (Cash ROCE) de seulement 9,2%. Ce sont des signaux de vigilance.

Qu'est-ce que le free cash flow et pourquoi le free cash flow d'Alphabet baisse-t-il ?

Le free cash flow, c'est l'argent qui reste vraiment à l'entreprise après toutes ses dépenses, y compris les investissements. Alphabet investit jusqu'à 190 milliards de dollars en 2026 dans des data centers et des puces IA. Ces dépenses sont nécessaires mais consomment le cash : le free cash flow par action a baissé de 3% par an en moyenne sur 5 ans.

Google Search est-il menacé par l'IA ?

Les résultats T1 2026 montrent +19% de croissance pour Search, ce qui suggère que la menace est pour l'instant limitée. Mais structurellement, si les utilisateurs adoptent massivement les réponses IA directes (ChatGPT, Perplexity), la publicité sur les résultats de recherche classiques pourrait être impactée à terme. C'est l'un des risques à surveiller.

Vaut-il mieux acheter Alphabet ou Oracle aujourd'hui ?

Les deux sont valorisées bien au-dessus de mes prix d'achat raisonnables. Oracle affiche un P/FCF de 64x (surcote 63%) avec un score qualité de 8/10. Alphabet affiche un P/FCF de 118x (surcote 85%) avec un score de 6/10. Ni l'une ni l'autre n'est dans ma zone d'achat aujourd'hui. Ce n'est pas un conseil d'investissement.

Qu'est-ce que le capex et pourquoi est-ce important pour Alphabet ?

Le capex (capital expenditure) représente les dépenses d'investissement : data centers, câbles, serveurs, puces. Alphabet prévoit jusqu'à 190 milliards en 2026. C'est nécessaire pour rester compétitif dans l'IA, mais ça réduit le cash disponible pour les actionnaires et pèse sur le free cash flow.

Voir l'analyse GOOGL sur Lubin Investment

À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, j'analyse les actions par les fondamentaux depuis plusieurs années et j'investis mon propre argent avec cette méthode. Je l'ai codifiée dans un outil qui juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).