Amazon (AMZN) : résultats T2 2026, mon verdict
2026-07-30 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
AMZN : voir l'analyse complète sur Lubin Investment
Amazon a publié le 30 juillet 2026 des ventes nettes de 200,6 milliards de dollars (+20 %), un record pour un trimestre, avec AWS en hausse de 37 %, son meilleur rythme en 18 trimestres. Mais le bénéfice net de 62,6 milliards inclut un gain ponctuel de 53,4 milliards lié à sa participation dans Anthropic. Mon filtre qualité reste prudent (6 critères sur 10) : voici comment je sépare la vraie performance du gain comptable exceptionnel.
Ce qui vient de tomber : 200 milliards de dollars sur un seul trimestre, une première
Amazon a publié le 30 juillet 2026 ses résultats du 2e trimestre 2026 : des ventes nettes de 200,6 milliards de dollars, en hausse de 20 % sur un an contre 167,7 milliards un an plus tôt, franchissant pour la première fois de son histoire la barre des 200 milliards de dollars sur un seul trimestre. AWS, la division cloud, accélère à 42,2 milliards de dollars, en hausse de 37 % sur un an, son meilleur rythme de croissance en 18 trimestres. La marge opérationnelle d'AWS atteint 39,4 %, avec un bénéfice opérationnel de 16,6 milliards de dollars contre 10,2 milliards un an plus tôt. Le bénéfice opérationnel du groupe entier progresse de 43 % à 27,5 milliards de dollars, la mesure la plus fiable de la vraie rentabilité de l'activité ce trimestre.
Un point d'honnêteté indispensable : le bénéfice net publié, 62,6 milliards de dollars (5,75 dollars par action), inclut un gain avant impôts de 53,4 milliards de dollars lié principalement à la participation d'Amazon dans Anthropic (l'entreprise d'intelligence artificielle). Ce type de gain, imposé par les règles comptables américaines qui obligent à valoriser à la valeur de marché les participations dans d'autres entreprises, ne correspond à AUCUN cash encaissé : c'est une réévaluation comptable de la valeur de la participation, pas un chèque reçu. Le bénéfice opérationnel de 27,5 milliards de dollars est donc la mesure à retenir pour juger la vraie performance du trimestre, pas le bénéfice net gonflé par ce gain exceptionnel.
Pourquoi mon filtre reste prudent, à 6 critères sur 10
Le point positif est réel : la croissance des ventes totales atteint 11,2 % par an en moyenne sur cinq ans, un rythme solide pour une entreprise de cette taille, avec des marges qui s'élargissent d'année en année et un délai net d'encaissement négatif de 12 jours (Amazon encaisse ses clients avant de payer ses fournisseurs, un signe de pouvoir de négociation qui finance une partie de son besoin en fonds de roulement gratuitement). La marge nette ressort à 12,2 %, un chiffre à interpréter avec prudence ce trimestre précisément à cause du gain Anthropic évoqué plus haut.
Le vrai point faible, et la raison pour laquelle mon filtre reste prudent, c'est la profitabilité cash : la marge de free cash flow (l'argent qui reste vraiment après les factures ET les investissements) tombe à seulement 2,1 %, et le taux de conversion du bénéfice en cash n'est que de 17 %. Le mécanisme est clair : Amazon investit des sommes considérables dans les centres de données et les puces nécessaires pour répondre à la demande d'intelligence artificielle sur AWS, un capex qui absorbe la quasi-totalité du cash généré par ailleurs. Le nombre d'actions, lui, progresse légèrement (+1,76 % par an), signe d'une dilution modeste liée aux rémunérations en actions, plutôt que de rachats.
Le prix : le P/FCF le plus élevé que je mesure, mais une photo trompeuse
Amazon se valorise 161 fois son free cash flow annuel (P/FCF), un multiple qui se situe au 98,3e percentile de ses cinq dernières années : quasiment le plus cher jamais payé pour cette action. Mon modèle de prix d'achat raisonnable indique une surcote de 96 % au cours actuel. Pris au pied de la lettre, ce chiffre semble effrayant.
Mais c'est exactement le genre de situation où il faut regarder la trajectoire, pas la photo : le free cash flow actuel est artificiellement comprimé par un pic d'investissement massif dans l'infrastructure d'intelligence artificielle, pas par une dégradation de l'activité sous-jacente (les ventes progressent de 20 %, AWS de 37 %, les marges opérationnelles s'élargissent). Si ce capex se normalise dans les prochaines années une fois l'infrastructure construite, le free cash flow réel pourrait rebondir bien plus vite que ne le suggère le P/FCF actuel, rendant le prix d'aujourd'hui rétrospectivement moins cher qu'il n'y paraît. C'est le pari implicite de quiconque achète Amazon à ce niveau : que le capex d'aujourd'hui est un investissement temporaire, pas un nouveau régime permanent.
Le vrai débat
Toute la thèse Amazon se résume à une question de timing et de discipline : le capex massif dans l'IA va-t-il se traduire par une accélération durable des revenus AWS qui justifie la dépense, avant que le marché ne perde patience sur l'absence de cash généré aujourd'hui ? Si la demande cloud/IA continue d'accélérer comme ce trimestre le suggère, la thèse se renforce. Si le capex continue de grimper sans que la croissance des revenus suive au même rythme, le P/FCF actuel de 161x devient beaucoup plus difficile à justifier.
Comment je tranche
Je reste prudent sur Amazon à ce prix : la croissance opérationnelle est réelle et impressionnante, mais je préfère attendre de voir si le capex se normalise et si le free cash flow rebondit avant de considérer un point d'entrée, plutôt que de parier sur une trajectoire encore incertaine à un prix qui ne laisse aucune marge d'erreur. Séparer un excellent trimestre opérationnel d'un bon prix d'achat, c'est exactement ce que mon site d'analyse d'actions est fait pour objectiver.
- Amazon franchit pour la première fois 200 Md$ de ventes sur un trimestre (+20 %), AWS accélère de 37 %, son meilleur rythme en 18 trimestres.
- Le bénéfice net de 62,6 Md$ inclut un gain comptable ponctuel de 53,4 Md$ lié à Anthropic, sans lien avec du cash encaissé : le bénéfice opérationnel (+43 % à 27,5 Md$) est la mesure à retenir.
- Marge de free cash flow à seulement 2,1 %, plombée par un capex massif dans l'infrastructure IA, pas par une dégradation de l'activité.
- P/FCF de 161x, au 98,3e percentile de son propre historique : le plus cher mesuré, mais une photo trompeuse si le capex se normalise dans les prochaines années.
- Verdict : croissance opérationnelle réelle et impressionnante, mais je reste prudent tant que le capex IA ne se traduit pas en free cash flow reconstitué.
FAQ
Pourquoi le bénéfice net d'Amazon (62,6 Md$) est-il trompeur ce trimestre ?
Il inclut un gain comptable ponctuel de 53,4 milliards de dollars lié à la réévaluation de la participation d'Amazon dans Anthropic, imposée par les règles comptables mais sans aucun cash réellement encaissé. Le bénéfice opérationnel (27,5 Md$, +43 %) reflète mieux la vraie performance du trimestre.
Pourquoi la marge de free cash flow d'Amazon est-elle si faible (2,1 %) ?
Parce qu'Amazon investit massivement dans les centres de données et les puces nécessaires pour répondre à la demande d'intelligence artificielle sur AWS. Ce capex absorbe la quasi-totalité du cash généré par ailleurs, sans que ce soit un signe de dégradation de l'activité sous-jacente.
Faut-il acheter l'action Amazon après ces résultats ?
Mon filtre qualité reste prudent (6/10) et mon modèle indique une surcote de 96 % au P/FCF actuel, le plus élevé de mon univers suivi. Je préfère attendre que le capex se normalise avant de reconsidérer. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.
AWS accélère-t-elle vraiment ?
Oui : 37 % de croissance ce trimestre, son meilleur rythme en 18 trimestres, avec une marge opérationnelle de 39,4 %. C'est le signal le plus positif du trimestre, largement porté par la demande pour l'infrastructure d'intelligence artificielle.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).