Lubin Investment · Blog

Faut-il acheter l'action Apple (AAPL) en 2026 ?

2026-07-19 ·

AAPL : voir l'analyse complète sur Lubin Investment

Apple est l'une des entreprises les mieux notées de tout mon univers suivi, portée par un écosystème fermé qui verrouille ses clients et un trimestre record. Mais l'action se négocie aujourd'hui au point le plus cher de ses cinq dernières années, plus de quatre fois au-dessus de mon prix d'achat raisonnable, au moment même où l'entreprise change de directeur général pour la première fois en quinze ans. Qualité quasi parfaite, prix qui ne l'est pas : voici comment je sépare les deux.

Un trimestre record, au moment même où Apple change de capitaine

Apple traverse en 2026 l'un des tournants les plus symboliques de son histoire récente. Tim Cook, à la tête de l'entreprise depuis la mort de Steve Jobs en 2011, quinze ans de direction, a annoncé qu'il quittera son poste de directeur général le 1er septembre 2026, remplacé par John Ternus, jusque là vice-président senior en charge de l'ingénierie matérielle. Cook restera président exécutif du conseil d'administration, mais c'est bien la première transition de direction générale d'Apple depuis l'ère Jobs.

Cette transition arrive alors que les chiffres, eux, sont excellents : au trimestre clos en mars 2026, les ventes d'iPhone bondissent de 22 % à 57,99 milliards de dollars, un record pour un trimestre de printemps, portées par une demande extraordinaire pour la gamme iPhone 17. Les Services (App Store, iCloud, Apple Music, AppleCare, publicité) battent aussi leur record, à 31 milliards de dollars, en hausse de 16 % sur un an. C'est exactement le genre de moment où il faut résister à l'instinct de confondre une bonne nouvelle (les résultats) avec une autre question, complètement différente : le prix payé aujourd'hui pour cette qualité.

23 critères sur 25 : pourquoi Apple obtient un des meilleurs scores que je mesure

Pour les très grandes capitalisations comme Apple, mon filtre utilise une version étendue à 25 critères (contre 10 pour la plupart des entreprises), qui ajoute des questions structurelles : l'entreprise dépend-elle des matières premières ? Des taux d'intérêt ? De contrats publics ? Son marché final croît-il ? Est-elle asset light (peu d'usines, peu de capital immobilisé) ? A-t-elle un moat identifiable ? Apple valide toutes ces questions structurelles : elle n'est dépendante ni des matières premières, ni des taux, ni de l'État, elle opère sur un marché final en croissance, elle reste asset light malgré sa taille, et son moat combine coûts de changement élevés (basculer d'un iPhone vers un autre écosystème signifie perdre ses habitudes, ses photos, ses achats, son cercle iMessage) et économies d'échelle.

Sur le plan strictement financier, la marge nette atteint 27,2 %, la marge de free cash flow 25,6 %, et le rendement du capital investi (cash ROCE) culmine à 65,4 %, un niveau quasiment sans équivalent pour une entreprise de cette taille. Le cycle de conversion du cash est négatif (moins 54 jours) : Apple encaisse ses clients avant de payer ses fournisseurs, un modèle en 'float' comparable à celui d'Amazon ou de Costco, qui lui permet de financer une partie de son activité avec l'argent de ses propres fournisseurs plutôt qu'avec son capital.

Les deux critères qui échouent : une croissance qui a ralenti pendant cinq ans

Les deux seuls critères en échec dans mon filtre concernent la croissance sur cinq ans : les ventes progressent de seulement 3,0 % par an en moyenne, et le free cash flow par action de 3,1 % par an, très en-dessous de mon seuil de 10 %. Regardée en une seule photo, cette faiblesse pourrait surprendre pour l'entreprise la plus valorisée au monde. Regardée en mouvement, l'histoire est plus intéressante : le chiffre d'affaires est passé de 274,5 milliards de dollars en 2020 à 394,3 milliards en 2022 (le super-cycle iPhone post-Covid), avant de reculer légèrement à 383,3 milliards en 2023, puis de remonter progressivement à 391,0 milliards en 2024 et 416,2 milliards sur les douze derniers mois, un nouveau record, porté par la reprise de 2026.

Le free cash flow suit une trajectoire similaire mais plus heurtée : 73,4 milliards de dollars en 2020, un pic à 111,4 milliards en 2022, puis un recul à 99,6 milliards en 2023, une reprise à 108,8 milliards en 2024, et 98,8 milliards sur les douze derniers mois, un niveau qui reste en-dessous du pic de 2022 malgré un chiffre d'affaires plus élevé aujourd'hui. Autrement dit, Apple vend plus qu'en 2022 mais convertit un peu moins efficacement ces ventes en cash disponible, un signal à surveiller (pression sur les coûts de composants, notamment mémoire, et investissements liés à l'IA) plutôt qu'une inquiétude immédiate, vu que le cash ROCE reste exceptionnel.

Le vrai pari : l'IA, et un choix de dépendance qui détonne

2026 est présentée par plusieurs observateurs du secteur comme l'année où Apple 'entre enfin dans la course à l'IA', après avoir longtemps semblé en retard face à ses rivaux. Lors de sa conférence développeurs de juin 2026, Apple a dévoilé une nouvelle version de Siri, son assistant vocal, en s'appuyant sur un partenariat avec Google pour les modèles d'intelligence artificielle qui la font fonctionner. C'est un choix qui détonne pour une entreprise habituée à tout contrôler en interne (puces, système d'exploitation, écosystème) : plutôt que de développer seule un modèle IA compétitif, Apple choisit de s'appuyer sur la technologie d'un concurrent pour rattraper son retard plus vite.

C'est un pari à double tranchant. D'un côté, ça permet à Apple de proposer une IA crédible sans les années de recherche que ça demanderait en interne. De l'autre, ça expose l'entreprise à une forme de dépendance technologique qu'elle n'a jamais acceptée sur son cœur de métier (le processeur, le système d'exploitation). Certains observateurs qualifient 2026 de véritable test de résistance pour la stratégie d'Apple : ses rivaux avancent plus vite sur l'IA, ses coûts de composants s'envolent pour des raisons hors de son contrôle, et sa direction change en même temps. Ce n'est pas un signal d'alarme immédiat (le trimestre reste excellent), mais c'est le genre de contexte qui mérite d'être suivi de près dans les prochains trimestres.

Le prix : au point le plus cher de son histoire récente

Le P/FCF (price-to-free-cash-flow, le prix de l'action rapporté au cash qu'elle génère chaque année) d'Apple ressort à 42,6 fois. Sur ses cinq dernières années, ce multiple s'est presque toujours situé plus bas : le niveau actuel se classe au 98ᵉ percentile de son propre historique, autrement dit plus cher que 98 % des jours de bourse des cinq dernières années. Apple n'a, ou presque, jamais été aussi chère par rapport à son propre cash généré.

Mon modèle calcule un prix d'achat raisonnable de 81,28 dollars pour Apple, à partir du free cash flow par action actuel et d'un multiple de sortie prudent cohérent avec sa qualité. Le cours actuel, 333,74 dollars, se situe 75,6 % au-dessus de cette cible, soit plus de quatre fois le niveau que je jugerais raisonnable d'après ce modèle. Comparée à son secteur (électronique grand public), Apple se classe au 88ᵉ percentile de cherté, très au-dessus de la médiane du secteur (12,9 fois), même si cette comparaison a ses limites : la plupart des fabricants d'électronique grand public vendent du matériel pur, sans le moteur de Services à marge élevée qu'Apple a construit autour de son écosystème, ce qui justifie une partie de l'écart, mais probablement pas son ampleur totale.

C'est le miroir inversé du cas Adobe (une entreprise d'élite payée moins cher qu'à l'accoutumée, parce que le marché a peur d'un risque qui ne s'est pas matérialisé) : ici, une entreprise d'élite est payée bien plus cher qu'à l'accoutumée, alors même que sa croissance sur cinq ans reste modeste. Les deux cas rappellent la même leçon, dans des directions opposées : la qualité et le prix sont deux questions séparées, et une excellente entreprise reste un mauvais investissement si le prix payé ne laisse aucune marge de sécurité.

Comment je tranche, sans émotion

La qualité d'Apple ne fait aucun débat : 23 critères sur 25, un moat parmi les plus solides que je mesure, un trimestre record, une marge de Services qui monte en puissance. Mais la question n'est jamais 'est-ce une bonne entreprise ?', c'est toujours 'est-ce le bon prix aujourd'hui ?'. À 42,6 fois le free cash flow, au 98ᵉ percentile de son propre historique de cherté, et plus de quatre fois au-dessus de mon prix d'achat raisonnable, Apple ne laisse strictement aucune marge de sécurité.

Si tu crois que le pari IA (même appuyé sur la technologie de Google), la dynamique des Services et la transition Tim Cook vers John Ternus vont se dérouler sans accroc, tu peux justifier de payer une prime pour une entreprise de cette qualité. Mais à ce niveau de prix, la moindre déception, un trimestre qui déçoit, un couac dans la transition de direction, un retard supplémentaire sur l'IA, laisse très peu de coussin. Je ne fonce jamais sur une qualité exceptionnelle sans regarder le prix : je fixe une cible, et j'attends qu'elle vienne à moi, jamais l'inverse.

FAQ

Pourquoi Apple obtient-elle 23 critères sur 25 dans le filtre qualité ?

Parce qu'elle valide la quasi-totalité des critères financiers et structurels que je mesure : rentabilité, marge de free cash flow, rendement du capital de 65,4 %, moat de coûts de changement et d'économies d'échelle, marché final en croissance, absence de dépendance aux matières premières ou aux taux. Les deux seuls critères en échec concernent la croissance sur 5 ans, plus lente que mon seuil de 10 %/an.

Le changement de directeur général d'Apple est-il un risque pour l'action ?

Tim Cook quitte la direction générale le 1er septembre 2026 après quinze ans, remplacé par John Ternus, jusque là responsable de l'ingénierie matérielle. C'est la première transition de ce type depuis l'ère Steve Jobs, et un facteur d'incertitude à surveiller, même si Ternus vient de l'intérieur de l'entreprise, ce qui limite en général le risque de rupture stratégique.

Pourquoi Apple s'appuie-t-elle sur Google pour son intelligence artificielle plutôt que sur sa propre technologie ?

Apple a dévoilé en juin 2026 une nouvelle version de Siri utilisant des modèles développés avec Google, un partenariat qui lui permet de rattraper son retard sur l'IA plus vite qu'en développant seule un modèle compétitif. C'est un choix inhabituel pour une entreprise habituée à tout maîtriser en interne, qui expose Apple à une forme de dépendance technologique sur un sujet stratégique.

Faut-il acheter Apple à son prix actuel ?

Selon mon modèle, non : le cours (333,74 $) se situe 75,6 % au-dessus de mon prix d'achat raisonnable (81,28 $), et le P/FCF de 42,6 fois se classe au 98ᵉ percentile de l'historique propre de l'action, son niveau le plus cher en 5 ans. La qualité est exceptionnelle, mais le prix ne laisse aucune marge de sécurité. Ceci n'est pas un conseil en investissement, fais tes propres recherches.

AAPL : voir l'analyse complète sur Lubin Investment

À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).