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Bank of America (BAC) : résultats T2 2026, mon verdict

2026-07-17 ·

BAC : voir l'analyse complète sur Lubin Investment

Bank of America vient de publier un bénéfice net en hausse de 27 % sur un an et a relevé ses prévisions de revenu net d'intérêts pour 2026. C'est ma première analyse complète de cette banque : une croissance large plutôt qu'un coup de chance isolé, mais un ratio de prix qu'il faut savoir lire avec prudence pour un établissement financier.

Une banque que je n'avais pas encore passée au crible, au bon moment pour commencer

Bank of America est la deuxième banque des États-Unis par la taille du bilan, juste derrière JPMorgan Chase. Le groupe est organisé autour de quatre métiers : la banque de détail pour les particuliers, la gestion de patrimoine via Merrill et la banque privée, la banque d'affaires, et les marchés de capitaux. Avec une capitalisation boursière proche de 437,5 milliards de dollars et des dépôts moyens de 950,8 milliards de dollars au premier trimestre 2026, la banque pèse un poids considérable dans le système financier américain.

Je n'avais encore jamais passé Bank of America au crible de mon filtre qualité. Le trimestre qu'elle vient de publier, le 14 juillet 2026, est une bonne occasion de le faire : un bénéfice net de 9,1 milliards de dollars, en hausse de 27 % sur un an, un bénéfice par action de 1,21 dollar (+34 %), au dessus des 1,12 dollar attendus par les analystes, et un chiffre d'affaires de 31,6 milliards de dollars, en hausse de 15 % et au dessus des 30,67 milliards attendus. L'action a grimpé de 1,76 % en avant bourse, s'approchant de son plus haut sur 52 semaines.

Le moat de Bank of America : l'échelle et le coût de ses dépôts

Ce qui protège durablement une banque comme Bank of America, ce n'est pas un brevet ni une technologie propriétaire, c'est l'échelle de sa collecte de dépôts. La banque compte 3 540 centres financiers physiques et 49,3 millions d'utilisateurs numériques actifs fin 2025, avec environ 30 milliards d'interactions clients (connexions et alertes automatiques confondues) sur les douze derniers mois, en hausse de 14 % sur un an. Cette échelle lui permet de collecter des dépôts à un coût très inférieur à celui des banques régionales plus petites, qui doivent souvent proposer des taux plus élevés pour attirer les mêmes sommes. Un dépôt bon marché, c'est la matière première la moins chère qu'une banque puisse transformer en prêts rentables.

Le deuxième pilier du moat, c'est Merrill, la division de gestion de patrimoine et de banque privée : une activité rémunérée par des commissions récurrentes plutôt que par des prêts, donc moins gourmande en capital réglementaire et moins sensible au cycle du crédit. Côté management, Brian Moynihan dirige la banque depuis 2010, une longévité rare parmi les grandes banques américaines, autour d'une doctrine qu'il répète depuis des années, la croissance responsable : viser une croissance des revenus supérieure à celle des charges, ce que les investisseurs appellent l'effet de ciseau positif, ou levier opérationnel. C'est exactement ce que confirme ce trimestre.

Le trimestre en détail : une croissance large, pas un coup de chance isolé

Ce qui distingue ce trimestre, c'est sa largeur : la croissance vient de plusieurs métiers à la fois plutôt que d'un seul segment exceptionnel. Bank of America a même relevé sa prévision de croissance du revenu net d'intérêts pour 2026 vers le haut de sa fourchette de 6 à 8 %, portée par la croissance des prêts et des dépôts, le renouvellement d'actifs à taux fixe à de meilleures conditions, et l'optimisation du bilan. La banque a aussi relevé son objectif de levier opérationnel à 300-400 points de base, c'est à dire l'écart visé entre la croissance des revenus et celle des charges.

Un titre de presse résume bien la vraie question posée par ce trimestre : les résultats étaient excellents, mais la vraie histoire est la nouvelle prévision. Autrement dit, est-ce que cette machine à profits est durable, ou est-ce qu'elle dépend d'un trimestre de marché particulièrement favorable ? Le fait que la direction relève sa prévision de revenu net d'intérêts, un flux beaucoup plus récurrent que le revenu de trading, va plutôt dans le sens de la durabilité.

Pourquoi je me méfie, ici aussi, du P/FCF pour juger une banque

Comme pour toutes les banques, le free cash flow (le cash qui reste une fois toutes les factures payées) de Bank of America se comporte de façon erratique d'une année sur l'autre : plus 38,0 milliards de dollars en 2020, moins 7,2 milliards en 2021, moins 6,3 milliards en 2022, plus 45,0 milliards en 2023, moins 8,8 milliards en 2024, plus 12,6 milliards en 2025. La cause est la même que pour n'importe quelle banque : quand les dépôts de ses clients gonflent d'une année sur l'autre, ce qui s'est produit à plusieurs reprises pendant et après la pandémie, cette hausse compte comme une rentrée de cash énorme dans le calcul du free cash flow, sans rapport avec le vrai profit économique de l'année. L'inverse se produit quand les clients retirent leur épargne ou la placent ailleurs.

Le bénéfice net raconte une histoire bien plus lisible : 16,5 milliards de dollars en 2020, 30,6 milliards en 2021, 26,0 milliards en 2022, 24,9 milliards en 2023, 25,5 milliards en 2024, 29,1 milliards en 2025. Une tendance globalement haussière depuis 2020, malgré quelques années de creux. Le modèle de prix d'achat de mon site, construit sur une projection du free cash flow par action, place la barre à 9,23 dollars contre un cours de 61,27 dollars, une surcote de 84,9 % selon ce calcul. Exactement comme pour JPMorgan, que je viens d'analyser sur le même trimestre, ce modèle hérite du défaut du free cash flow bancaire et je ne le prends pas au pied de la lettre ici : je préfère juger le prix via le PER et la trajectoire du rendement du capital.

Qualité et gestion du capital : ce que je retiens

Mon filtre qualité valide 7 critères sur 10 pour Bank of America : marge nette de 30,2 %, nombre d'actions en baisse de 2,31 % par an grâce aux rachats, marges en expansion, et une bonne conversion du bénéfice en cash. Le rendement des capitaux propres tangibles ressort à 9,4 %, en dessous de mon seuil de confort, et le ratio dette nette sur free cash flow échoue mon test, mais ce dernier chiffre hérite lui aussi du bruit du free cash flow bancaire déjà expliqué : je le lis avec la même prudence.

Côté rémunération des actionnaires, Bank of America verse un dividende dont le rendement ressort à 1,8 %, pour un taux de distribution de seulement 25,9 % du bénéfice : une marge de manœuvre confortable pour continuer à l'augmenter, ce que la banque a fait à un rythme de 9,2 % par an sur cinq ans. Combiné aux rachats d'actions réguliers, c'est le profil d'une banque qui redistribue une part raisonnable de ses profits sans se priver de capital pour continuer à croître.

Ce que je surveille

Trois points à suivre : le cycle du crédit à la consommation, qui pourrait faire remonter les provisions pour pertes si l'économie ralentit ; la sensibilité du revenu net d'intérêts à la politique de la Réserve fédérale, la prévision actuelle intégrant une seule baisse de taux de 25 points de base en septembre ; et la capacité de la banque à transformer ce trimestre large en une tendance plutôt qu'en un pic isolé.

Comment je le lis

Pour une première couverture de Bank of America, ce trimestre me donne une image plutôt engageante : une croissance large qui touche plusieurs métiers à la fois, contrairement au trimestre record mais partiellement gonflé de JPMorgan, que je viens d'analyser sur la même période. La qualité est solide sans être exceptionnelle (7 critères sur 10), portée par l'échelle de la collecte de dépôts et la discipline de coûts de la direction. Sur le prix, je m'appuie sur le PER et le rendement du capital plutôt que sur le P/FCF, un ratio que le bilan bancaire rend peu fiable. Tu peux retrouver le détail chiffré sur la page d'analyse de Bank of America et ma méthodologie.

FAQ

Pourquoi Bank of America peut-elle collecter des dépôts moins chers que les petites banques ?

Grâce à son échelle : 3 540 centres financiers et 49,3 millions d'utilisateurs numériques actifs lui donnent accès à une base de dépôts très large, ce qui lui permet de proposer des taux plus bas que des banques régionales devant se battre pour attirer les mêmes sommes.

Qu'est-ce que le levier opérationnel (effet de ciseau) dans une banque ?

C'est l'écart entre la croissance des revenus et celle des charges. Un levier opérationnel positif signifie que les revenus progressent plus vite que les coûts, ce qui fait mécaniquement grimper les marges. Bank of America vise désormais 300 à 400 points de base d'écart pour 2026.

Pourquoi le P/FCF est-il peu fiable pour Bank of America ?

Comme pour toute banque, le calcul inclut les variations de dépôts et de prêts au bilan, qui gonflent ou dégonflent le free cash flow sans rapport avec le vrai profit économique de l'année. Le free cash flow de Bank of America est ainsi passé de plus 45 à moins 8,8 milliards de dollars en une seule année.

Bank of America verse-t-elle un dividende sûr ?

Le taux de distribution ressort à seulement 25,9 % du bénéfice, ce qui laisse une marge de sécurité confortable. Le dividende a progressé de 9,2 % par an en moyenne sur cinq ans, un rythme soutenu pour une grande banque.

Faut-il acheter l'action Bank of America après ces résultats ?

La croissance de ce trimestre est large et la prévision relevée est un signal encourageant, mais mon modèle de prix basé sur le free cash flow est peu fiable pour une banque : je préfère juger le prix via le PER et le rendement du capital. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.

BAC : voir l'analyse complète sur Lubin Investment

À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).