JPMorgan (JPM) : résultats T2 2026, mon verdict
2026-07-17 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
JPM : voir l'analyse complète sur Lubin Investment
JPMorgan Chase vient de publier son meilleur trimestre de l'histoire, porté en partie par un gain exceptionnel sur sa participation dans Visa. Une fois ce coup de pouce isolé, la performance reste solide mais moins spectaculaire. Voici pourquoi je me méfie aussi du calcul de prix habituel pour juger une banque comme celle-ci.
Le meilleur trimestre de l'histoire de la banque, presque
JPMorgan Chase a publié le 14 juillet 2026 les résultats de son deuxième trimestre 2026, et le chiffre qui a fait la une partout est simple à retenir : 21,2 milliards de dollars de bénéfice net, le trimestre le plus rentable jamais enregistré par la banque, soit 7,70 dollars par action. Le revenu géré au total ressort à 58,0 milliards de dollars, en hausse de 27 % sur un an, avec un record dans chacune de ses lignes d'activité, de la banque de détail à la banque d'investissement en passant par la gestion d'actifs.
Mais un bon lecteur de résultats regarde toujours ce qui se cache derrière un record. Une partie de ce chiffre vient d'un événement qui ne se reproduira pas chaque trimestre : un gain de 4,6 milliards de dollars sur la participation historique de la banque dans Visa, complété par 1,0 milliard de dollars de gains sur d'autres investissements en actions. En excluant ces éléments exceptionnels, le bénéfice net normalisé ressort à 16,9 milliards de dollars, soit 6,14 dollars par action. C'est nettement moins spectaculaire que 21,2 milliards, mais ça reste un dépassement net des attentes des analystes, qui tablaient sur 5,59 dollars : près de 10 % au dessus du consensus. Le rendement des capitaux propres tangibles hors éléments exceptionnels (le ROTCE, une mesure du profit que la banque tire de chaque dollar de capital des actionnaires qu'elle utilise vraiment, en excluant le goodwill comptable issu d'acquisitions passées) ressort à 23 %, un niveau que très peu de banques mondiales atteignent.
D'où vient la vraie surprise : les salles de marché, pas les prêts
Le vrai moteur de ce trimestre ne se trouve pas dans l'activité la plus connue de JPMorgan, les prêts aux particuliers et aux entreprises, mais dans ses salles de marché. Le revenu tiré des actions a bondi de 86 % sur un an à 6,0 milliards de dollars, le revenu obligataire a progressé de 6 %, portant le total de l'activité de marché à 12,1 milliards de dollars sur le seul trimestre. Ce revenu vient de la tenue de marché : la banque se rémunère en achetant et en revendant des actions, des obligations et des produits dérivés pour le compte de ses clients, en captant l'écart entre prix d'achat et de vente ainsi que des commissions sur les volumes traités.
Ce métier a une caractéristique importante à comprendre : il dépend de la volatilité et des volumes échangés sur les marchés, pas d'un changement structurel dans l'activité de la banque. Un trimestre agité, chahuté par les incertitudes commerciales et les mouvements de taux, se traduit mécaniquement par plus de transactions de couverture et de spéculation pour les clients de JPMorgan, donc plus de commissions. Un trimestre calme rapporterait beaucoup moins. Le revenu net d'intérêts, la partie la plus stable et la plus prévisible du métier bancaire (les intérêts perçus sur les prêts moins ceux versés sur les dépôts), a lui progressé de façon bien plus modeste sur la période. Ce record est donc en partie un record de conditions de marché favorables, pas uniquement la preuve d'une activité bancaire transformée du jour au lendemain.
Pourquoi je me méfie du P/FCF pour juger une banque
Sur la page d'analyse de JPMorgan, un chiffre saute aux yeux : un P/FCF (le prix de l'action divisé par le free cash flow, l'argent qui reste réellement disponible une fois toutes les factures payées) de seulement 6,2 fois. Pour une entreprise notée aussi solidement que JPMorgan, un tel niveau semblerait signaler une action extraordinairement bon marché. Sauf qu'il faut regarder l'historique de ce chiffre avant d'y croire : sur les six derniers exercices, le free cash flow annuel de JPMorgan est passé de moins 79,9 milliards de dollars en 2020 à plus 78,1 milliards en 2021, plus 107,1 milliards en 2022, plus 13,0 milliards en 2023, moins 42,0 milliards en 2024, puis moins 147,8 milliards en 2025. Ces montants n'ont aucun sens économique intuitif pour une entreprise censée être rentable chaque année.
La raison est propre au métier bancaire : le calcul standard du free cash flow part du flux de trésorerie opérationnel, qui inclut, pour une banque, les variations de ses prêts et de ses dépôts. Quand JPMorgan prête davantage à ses clients, cette hausse des prêts compte comme une sortie de cash dans le calcul, exactement comme si la banque achetait un stock de marchandises, alors que c'est précisément son métier et une activité rentable. Quand les dépôts de ses clients augmentent, l'inverse se produit. Ces mouvements de bilan, dictés par le cycle du crédit et la confiance des déposants, dominent totalement le calcul et n'ont presque rien à voir avec le vrai profit économique de la banque sur la période. Un P/FCF de 6,2 fois pour JPMorgan ne veut donc quasiment rien dire : ce n'est ni une preuve de bon marché, ni une anomalie de marché, c'est un artefact de méthode de calcul.
Ce que je préfère regarder pour une banque, c'est le bénéfice net, une mesure bien plus stable dans le temps : 27,4 milliards de dollars en 2020, 46,5 milliards en 2021, 35,9 milliards en 2022, 47,8 milliards en 2023, 56,9 milliards en 2024, 55,7 milliards en 2025. La trajectoire n'est pas parfaitement linéaire, mais elle raconte une histoire cohérente de croissance, à l'inverse des montagnes russes du free cash flow. C'est cette mesure, couplée au rendement des capitaux propres tangibles, qui reflète le mieux le vrai pouvoir bénéficiaire de JPMorgan d'une année sur l'autre.
Qualité et prix : ce que mon filtre en dit
Mon filtre qualité valide 7 critères sur 10 pour JPMorgan. Les points forts sont nets : une marge nette de 33,3 %, un nombre d'actions en baisse de 2,01 % par an grâce aux rachats, des marges en expansion, et un taux de conversion du bénéfice en cash supérieur à 2. Les points faibles sont tout aussi instructifs : la croissance des ventes sur 5 ans (7,7 % par an) reste sous mon seuil de 10 %, la croissance du free cash flow par action ressort négative (moins 48,8 % par an), mais je viens d'expliquer pourquoi ce dernier chiffre reflète surtout le bruit du bilan bancaire plutôt qu'une vraie dégradation. Le rendement du capital investi et le ratio dette nette sur free cash flow ne sont même pas calculables pour JPMorgan : les formules classiques de rendement du capital employé, conçues pour des entreprises industrielles avec des usines et des stocks, ne s'appliquent tout simplement pas à un bilan composé presque uniquement de prêts, de dépôts et de titres financiers.
Le modèle de prix d'achat de mon site, qui projette le free cash flow par action sur cinq ans pour en déduire une valeur de sortie actualisée, place le prix d'achat raisonnable de JPMorgan à 71,96 dollars, contre un cours de 341,10 dollars : une surcote de 78,9 % selon ce calcul. Je viens pourtant d'expliquer pourquoi le free cash flow par action de JPMorgan est un signal peu fiable d'une année sur l'autre : ce modèle de valorisation hérite mécaniquement du même défaut pour une banque, et je ne le prends pas au pied de la lettre ici. Ce que je regarde à la place pour juger si le prix de JPMorgan est raisonnable : le prix de l'action rapporté au bénéfice net (le PER, l'équivalent du P/FCF mais appliqué au profit comptable plutôt qu'au cash), comparé à celui des autres grandes banques mondiales, et la trajectoire du rendement des capitaux propres tangibles dans le temps.
Ce que je surveille pour la suite
Trois points méritent d'être suivis dans les prochains trimestres. D'abord, la capacité de la banque à maintenir un revenu de marché élevé : un trimestre de trading exceptionnel ne se répète pas mécaniquement, et une bonne partie du record du T2 2026 vient de là. Ensuite, la trajectoire du revenu net d'intérêts face à la politique de la Réserve fédérale : une baisse des taux réduirait ce que la banque gagne sur l'écart entre ses prêts et ses dépôts. Enfin, le rythme des provisions pour pertes sur crédits, qui remonte généralement en fin de cycle économique et qui n'a pas encore véritablement pesé sur ce trimestre.
Comment je le lis
Je ne recommande jamais un titre en particulier, mais ce trimestre est un bon exercice pour distinguer un vrai signal d'un artefact comptable. Le record de 21,2 milliards de dollars fait la une, mais une bonne partie vient d'un gain exceptionnel sur la participation Visa qui ne se reproduira pas. Une fois ce coup de pouce isolé, la performance reste solide : un bénéfice normalisé de 16,9 milliards de dollars qui bat largement le consensus, porté par des salles de marché exceptionnellement actives ce trimestre. Sur la qualité, JPMorgan reste l'une des banques les mieux notées de mon filtre. Sur le prix, je me fie davantage au PER et au rendement des capitaux propres tangibles qu'au P/FCF, un ratio que le bilan d'une banque rend proprement inutilisable. C'est exactement ce genre de nuance sectorielle que je voulais pouvoir appliquer à n'importe quelle action, ce qui m'a poussé à construire mon outil d'analyse. Tu peux retrouver le détail chiffré sur la page d'analyse de JPMorgan, ma thèse complète sur la banque dans mon analyse de fond sur JPMorgan, et ma méthodologie.
- Bénéfice net record de 21,2 milliards de dollars au T2 2026 (7,70 $/action), gonflé par un gain exceptionnel de 4,6 milliards de dollars sur la participation Visa ; hors éléments exceptionnels, bénéfice de 16,9 milliards de dollars (6,14 $/action), qui bat quand même le consensus de près de 10 %.
- Le vrai moteur du trimestre est le revenu des salles de marché (+86 % sur les actions, 12,1 milliards de dollars au total), un métier volatil lié aux volumes échangés, pas une transformation durable de l'activité de prêt.
- Le free cash flow de JPMorgan est erratique d'une année sur l'autre (de moins 147,8 à plus 107,1 milliards de dollars depuis 2020) à cause des variations de prêts et de dépôts au bilan : le P/FCF de 6,2 fois ne doit pas être pris au pied de la lettre pour une banque.
- Mon filtre valide 7 critères sur 10 : marge nette de 33,3 %, rachats d'actions réguliers, mais croissance des ventes sous mon seuil de 10 % par an.
- Je préfère le bénéfice net et le rendement des capitaux propres tangibles (23 % hors éléments exceptionnels) au P/FCF pour juger le prix d'une banque comme JPMorgan.
FAQ
Qu'est-ce que le gain sur la participation Visa et pourquoi pèse-t-il autant sur le trimestre ?
JPMorgan détient depuis longtemps une participation historique dans Visa, héritée de l'époque où les grandes banques étaient propriétaires du réseau de cartes. La banque a comptabilisé un gain de 4,6 milliards de dollars sur cette participation ce trimestre, un événement ponctuel qui gonfle le bénéfice net publié mais qui n'a rien à voir avec l'activité bancaire récurrente.
Qu'est-ce que le revenu des marchés (trading) d'une banque ?
C'est le revenu que la banque tire de l'achat et de la revente d'actions, d'obligations et de produits dérivés pour le compte de ses clients, via l'écart entre prix d'achat et de vente et des commissions. Il dépend fortement de la volatilité et des volumes échangés sur les marchés, contrairement au revenu net d'intérêts, plus stable, qui vient des prêts et des dépôts.
Pourquoi le P/FCF est-il peu fiable pour juger une banque ?
Le calcul standard du free cash flow inclut les variations de prêts et de dépôts au bilan d'une banque, qui font partie de son métier normal mais faussent complètement le chiffre d'une année sur l'autre. Pour JPMorgan, le free cash flow annuel est passé de plus 107 milliards à moins 147 milliards de dollars en quelques années sans que rien d'alarmant ne se produise réellement dans l'activité.
Qu'est-ce que le ROTCE ?
Le ROTCE (return on tangible common equity, rendement des capitaux propres tangibles) mesure le profit qu'une banque tire de chaque dollar de capital des actionnaires qu'elle utilise vraiment, en excluant le goodwill comptable issu d'acquisitions passées. Un ROTCE de 23 % pour JPMorgan ce trimestre, hors éléments exceptionnels, est un niveau élevé pour une banque de cette taille.
Faut-il acheter l'action JPMorgan après ces résultats ?
Les résultats confirment une banque de grande qualité, mais mon modèle de prix basé sur le free cash flow est peu fiable pour un bilan bancaire : je préfère juger le prix via le PER et le rendement des capitaux propres tangibles. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.
JPM : voir l'analyse complète sur Lubin Investment
À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).