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Faut-il acheter l'action Chubb (CB) en 2026 ?

2026-07-28 ·

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Chubb valide 9 critères sur 10 dans mon filtre qualité, avec un ratio combiné de 83,8 % (l'assureur encaisse plus de primes qu'il ne paie de sinistres et de frais) et un P/FCF de seulement 9,4 fois qui semble bon marché en absolu. Mais mon modèle, qui tient compte de la trajectoire réelle de cash, la juge surcotée d'environ 39 %. Voici pourquoi un multiple aussi bas peut quand même signaler un prix trop élevé.

Ce qui vient de tomber : un trimestre technique solide

Chubb, le plus grand assureur dommages coté au monde, a publié un deuxième trimestre 2026 marqué par un bénéfice opérationnel de base de 2,8 milliards de dollars, soit 7,26 dollars par action, en hausse de 18,2 % sur un an. Le moteur : le résultat technique d'assurance dommages (P&C, property & casualty) a bondi de 18,8 % à 1,94 milliard de dollars, porté par une discipline de souscription stricte et une expérience de sinistres favorable à travers ses activités mondiales. Le ratio combiné (la mesure de référence en assurance : sinistres payés plus frais de gestion, rapportés aux primes encaissées) ressort à 83,8 %, ce qui signifie que pour 100 dollars de primes encaissées, Chubb n'en dépense que 83,8 en sinistres et en frais : l'assureur dégage un vrai profit sur son activité de souscription elle-même, avant même de compter les revenus de placement de ses réserves. Les pertes liées aux catastrophes naturelles se sont élevées à 475 millions de dollars, en repli face aux 630 millions un an plus tôt.

Le PDG Evan Greenberg a néanmoins tempéré le satisfecit : il alerte sur le fait que la tarification dans plusieurs segments de l'assurance de responsabilité civile (casualty) ne suit plus le rythme de la hausse des coûts de sinistres, qu'il chiffre à 6-7 % par an pour la responsabilité civile primaire et 9,5 à 12 % pour la couche excédentaire. Il décrit aussi des conditions de souscription « trop souples » dans certains segments de l'assurance de biens à l'échelle mondiale, notamment sur les grands comptes et le marché spécialisé (E&S, excess and surplus). C'est un signal de discipline sectorielle à surveiller, pas propre à Chubb, mais qui pourrait peser sur la rentabilité future si la tendance persiste.

Le mécanisme à comprendre : pourquoi une dette « nulle » ne veut pas dire ce qu'on croit chez un assureur

Mon filtre indique que Chubb n'a aucune dette nette : sa trésorerie dépasse ses dettes financières. Mais le bilan d'un assureur cache un passif bien plus gros que n'importe quelle dette bancaire : les réserves de sinistres, c'est-à-dire l'argent mis de côté pour payer des sinistres déjà survenus mais pas encore réglés, parfois des années plus tard pour les dossiers complexes (responsabilité civile, catastrophes). Ce n'est PAS une dette au sens où l'entend un industriel : Chubb encaisse la prime aujourd'hui et ne paie le sinistre que plus tard, parfois bien plus tard. Cet argent, appelé le float, dort sur le bilan de l'assureur entre les deux dates et peut être investi (obligations, actions) pour générer un revenu de placement supplémentaire, gratuitement en quelque sorte, puisque ce n'est pas Chubb qui a apporté ce capital, mais ses assurés.

C'est aussi ce qui explique pourquoi mon indicateur de délai d'encaissement (le nombre de jours entre facturation et encaissement, calculé pour une entreprise industrielle classique) échoue chez Chubb, à 43 jours et en allongement de 16,8 jours par an : ce chiffre est en réalité un indicateur mal calibré pour un modèle d'assurance, où le concept pertinent est la maturité des réserves de sinistres (combien de temps l'argent reste immobilisé avant d'être payé), pas un cycle de stock ou de créance commerciale classique. Je le laisse volontairement en échec dans mon filtre plutôt que de forcer une interprétation industrielle sur un modèle financier qui ne fonctionne pas de la même façon.

Pourquoi mon filtre qualité valide 9 critères sur 10

Au-delà du ratio combiné et de la dette, les fondamentaux sont robustes : une marge nette de 18,1 %, une croissance des ventes de 10,9 %/an sur cinq ans, un Cash ROCE de 21,4 % (calculé avec une formule adaptée au secteur financier, où le capital employé se définit différemment que pour un industriel), et surtout une conversion du bénéfice en cash de 136 %, un signe de très grande qualité comptable : chaque dollar de bénéfice net publié se traduit en plus d'un dollar de cash réel. Le nombre d'actions recule de 1,86 %/an grâce à des rachats réguliers. Seul bémol sur la trajectoire : la croissance du free cash flow par action ressort à 9,9 %/an sur cinq ans, tout juste sous le seuil de 10 % que je considère comme le signe d'une création de valeur clairement solide, un rythme correct mais pas exceptionnel pour une entreprise de cette qualité.

Le prix : un multiple bas qui cache une surcote selon mon modèle

Chubb se valorise 9,4 fois son free cash flow des douze derniers mois, un chiffre qui semble bon marché comparé aux multiples à deux ou trois chiffres vus ailleurs dans ce dossier. Mais mon modèle de prix d'achat raisonnable, qui projette la trajectoire réelle de cash par action des cinq dernières années pour estimer une valeur d'aujourd'hui, ressort à 222,34 dollars, contre un cours actuel de 363,50 dollars : une surcote d'environ 38,8 %. La leçon ici est directement liée au point précédent : une croissance du FCF par action de 9,9 %/an, plutôt correcte mais pas exceptionnelle, ne justifie pas n'importe quel prix, même avec un multiple affiché qui semble bas en absolu. Un P/FCF bas n'est une bonne affaire que si la trajectoire de cash sous-jacente le justifie ; ici, la trajectoire est solide mais légèrement plus lente que ce que le prix actuel semble supposer.

Ce qui pourrait faire pencher la balance

Le vrai débat porte sur le cycle de souscription. Evan Greenberg alerte lui-même sur un marché de la responsabilité civile où la tarification ne suit plus les coûts de sinistres : si cette tendance s'aggrave à l'échelle du secteur, la rentabilité technique de Chubb (aujourd'hui excellente à 83,8 % de ratio combiné) pourrait s'éroder dans les trimestres à venir, ce qui rendrait la trajectoire de cash future plus faible que celle des cinq dernières années, pas plus forte. À l'inverse, un durcissement des prix (un « hard market » en assurance, où les assureurs regagnent du pouvoir de tarification après une période de conditions trop souples) accélérerait la création de valeur et rapprocherait le cours du prix d'achat que mon modèle calcule aujourd'hui.

FAQ

C'est quoi, le ratio combiné en assurance ?

C'est la somme des sinistres payés et des frais de gestion, rapportée aux primes encaissées. En dessous de 100 %, l'assureur gagne de l'argent sur son activité de souscription elle-même, avant même les revenus de placement. Chez Chubb, il ressort à 83,8 % au T2 2026, un niveau excellent.

Pourquoi Chubb n'a-t-elle aucune dette nette malgré de grosses réserves au bilan ?

Parce que les réserves de sinistres ne sont pas une dette au sens classique : c'est l'argent des primes encaissées à l'avance pour payer des sinistres déjà survenus mais pas encore réglés (le float), pas un emprunt. Cet argent peut même être investi en attendant d'être versé.

Comment un P/FCF de 9,4 fois peut-il être jugé cher ?

Parce qu'un multiple bas n'est une bonne affaire que si la trajectoire de cash sous-jacente le justifie. La croissance du free cash flow par action de Chubb (9,9 %/an) est correcte mais pas exceptionnelle, ce qui rend le cours actuel environ 39 % supérieur au prix que justifierait cette trajectoire selon mon modèle.

Faut-il acheter l'action Chubb en 2026 ?

La qualité de la souscription est réelle (ratio combiné 83,8 %), mais mon modèle juge le prix actuel environ 39 % au-dessus d'un prix d'achat raisonnable basé sur la trajectoire de cash des 5 dernières années. Le cycle de tarification du secteur (en train de s'assouplir selon le CEO) sera décisif. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).