Lubin Investment · Blog

Faut-il acheter l'action Copart (CPRT) en 2026 ?

2026-07-28 ·

CPRT : voir l'analyse complète sur Lubin Investment

Copart valide 8 critères sur 10 dans mon filtre qualité et affiche un signal rare : mon modèle de prix d'achat raisonnable pointe vers une décote de plus de 100 % par rapport au cours actuel. L'entreprise domine les enchères en ligne de véhicules accidentés, mais fait face à un paradoxe : la fréquence de perte totale grimpe, tandis que le nombre de véhicules qui lui arrivent via les assureurs américains recule. Voici comment je tranche.

Ce que fait Copart, et pourquoi c'est un métier étrange à première vue

Quand une voiture est accidentée au point que la réparer coûterait plus cher que sa valeur, l'assureur la déclare en perte totale et doit s'en débarrasser. C'est là qu'intervient Copart : l'entreprise gère des centaines de sites d'enchères à travers le monde où ces véhicules (accidentés, volés puis retrouvés, ou simplement en fin de vie) sont mis aux enchères en ligne, principalement auprès de démolisseurs, de réparateurs et d'exportateurs. Copart ne possède presque jamais les véhicules qu'elle vend : elle agit comme un intermédiaire pour le compte des assureurs, et se rémunère par des frais facturés au vendeur et à l'acheteur sur chaque transaction, pas sur la valeur du véhicule lui-même.

Ce modèle de commission explique un chiffre qui semble d'abord contradictoire dans mes données : le délai d'encaissement net de l'entreprise ressort à 65 jours, stable depuis cinq ans. Ce n'est pas un stock de véhicules que Copart finance sur son propre bilan (elle ne les possède pas), mais le temps moyen entre l'arrivée d'un véhicule sur un site et l'encaissement complet des frais liés à sa vente aux enchères. Un cycle long mais prévisible, qui ne pèse pas sur la trésorerie de la même façon qu'un vrai stock physique financé à crédit.

Pourquoi mon filtre qualité valide 8 critères sur 10

Les chiffres sont solides sur plusieurs fronts : une marge nette de 33,5 % (sur 100 dollars de chiffre d'affaires facturé, plus d'un tiers finit en bénéfice net), une croissance des ventes de 10,4 %/an sur cinq ans, et surtout une croissance du free cash flow par action de 18,5 %/an, un rythme rare pour une entreprise déjà installée sur son marché. Le Cash ROCE (le rendement du capital réellement réinvesti dans l'activité) ressort à 25,1 %, et l'entreprise n'a aucune dette nette : sa trésorerie dépasse ses dettes, un bilan totalement libre de contrainte financière.

Le vrai moat de Copart, ce qui rend sa position difficile à copier, c'est le foncier : l'entreprise possède ou loue à très long terme des milliers d'hectares de terrains d'enchères stratégiquement situés près des grandes zones urbaines et des axes routiers, accumulés depuis des décennies. Un concurrent qui voudrait reproduire ce réseau devrait racheter ou louer des terrains comparables aujourd'hui, à des prix bien plus élevés qu'à l'époque où Copart les a acquis, et négocier avec des centaines d'assureurs déjà fidélisés au réseau existant. C'est un avantage qui se renforce avec le temps plutôt qu'il ne s'érode.

Deux critères échouent néanmoins. La marge opérationnelle se comprime légèrement sur cinq ans (les coûts, notamment fonciers et logistiques, progressent un peu plus vite que les revenus), et la conversion du bénéfice en cash n'atteint que 84 %, signe qu'une partie du bénéfice comptable reste temporairement immobilisée avant de se transformer en cash réel.

Le paradoxe du moment : plus d'épaves, mais moins de véhicules venant des assureurs

Le contexte sectoriel de 2026 est à double tranchant. D'un côté, la fréquence de perte totale (la part des sinistres automobiles déclarés irréparables plutôt que réparés) a atteint 23,6 % au premier trimestre 2026, en hausse de près de 5 points de pourcentage en quatre ans : l'inflation du coût des pièces et de la réparation, combinée à des accidents plus coûteux à traiter électroniquement sur les véhicules modernes (capteurs, caméras, batteries), pousse mécaniquement plus de sinistres vers la case « perte totale » plutôt que réparation, ce qui alimente structurellement le volume disponible pour les enchères de Copart.

De l'autre côté, le nombre de véhicules obtenus par Copart directement via les compagnies d'assurance américaines a reculé d'environ 9,5 % sur un trimestre récent. La cause n'est pas un problème propre à Copart : c'est un changement de comportement des automobilistes, qui réduisent leur couverture (moins de garantie tous risques, plus de franchises élevées) face à la hausse des primes d'assurance auto, ce qui réduit mécaniquement le nombre de sinistres déclarés et transmis aux enchères. Certains investisseurs, comme le gestionnaire Renaissance Investment Management qui a soldé sa position en évoquant une dégradation des fondamentaux, voient là un vrai risque structurel plutôt qu'un simple accident de parcours trimestriel.

Le prix : un signal rare dans mon modèle

Copart se valorise 22,8 fois son free cash flow des douze derniers mois, un multiple qui se situe au 12,4e percentile de son propre historique sur cinq ans : autrement dit, l'action n'a été aussi bon marché, relativement à elle-même, que 12,4 % du temps sur cette période. C'est un signal rare, presque à l'opposé de ce qu'on observe généralement sur une action qui, par ailleurs, se traite proche de ses plus hauts historiques en prix absolu : la valorisation se comprime alors même que le cours ne s'effondre pas, parce que le free cash flow par action a progressé plus vite que le cours lui-même.

Mon modèle de prix d'achat raisonnable, basé sur la trajectoire réelle de cash des cinq dernières années, ressort à 61,50 dollars, contre un cours actuel de 30,69 dollars : une décote de plus de 100 %. C'est le genre de signal que mon filtre déclenche rarement, et qui mérite d'être pris au sérieux sans être pris pour argent comptant : il suppose que la croissance du free cash flow par action des cinq dernières années (18,5 %/an) se maintienne, ce qui est précisément la question posée par le repli récent du flux de véhicules assureurs. Si ce repli n'est qu'un ajustement temporaire compensé par la hausse structurelle de la fréquence de perte totale, la décote est une vraie opportunité. S'il s'agit d'un changement durable de comportement des assurés, la trajectoire de croissance passée est moins fiable comme guide du futur.

FAQ

Copart possède-t-elle les véhicules qu'elle vend aux enchères ?

Non, presque jamais. Copart agit comme intermédiaire pour le compte des assureurs et se rémunère par des frais facturés au vendeur et à l'acheteur sur chaque transaction, pas sur la valeur du véhicule. C'est ce qui rend son bilan si léger.

Pourquoi la fréquence de perte totale augmente-t-elle ?

Parce que le coût des pièces et de la réparation grimpe, et que les véhicules modernes (capteurs, caméras, batteries) coûtent plus cher à réparer après un accident. Un sinistre qui aurait été réparé il y a dix ans est aujourd'hui plus souvent déclaré perte totale, ce qui alimente le volume disponible pour les enchères de Copart.

Pourquoi le nombre de véhicules venant des assureurs recule-t-il alors ?

Parce que les automobilistes réduisent leur couverture (moins de garantie tous risques, franchises plus élevées) face à la hausse des primes d'assurance, ce qui diminue mécaniquement le nombre de sinistres déclarés et donc de véhicules transmis aux enchères.

Pourquoi le P/FCF de Copart est-il si bas alors que l'action est proche de ses plus hauts ?

Parce que le free cash flow par action a progressé plus vite que le cours de l'action ces dernières années (+18,5 %/an), ce qui comprime le multiple même sans repli du cours.

Faut-il acheter l'action Copart en 2026 ?

Mon modèle affiche un signal de décote rare, mais il suppose que la croissance passée du free cash flow se maintienne malgré le repli récent du flux de véhicules assureurs. C'est une vraie tension à trancher, pas une évidence. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.

À lire aussi

CPRT : voir l'analyse complète sur Lubin Investment

À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).