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Faut-il acheter l'action Novartis (NVS) en 2026 ?

2026-08-01 ·

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Novartis valide 9 de mes 10 critères de qualité, avec un rendement du capital investi de 32 % et un cash par action qui a progressé de 43 % en trois ans. Mais l'action se valorise 20 fois son free cash flow, proche de son plus cher en cinq ans, et mon modèle indique une surcote de 26,7 %. Voici mon verdict, chiffres à l'appui.

Le plus grand plongeon de brevets de l'histoire du groupe

2026 marque, selon les propres mots de sa direction, le plus grand plongeon de brevets (patent cliff) de toute l'histoire de Novartis. L'Entresto, son traitement vedette de l'insuffisance cardiaque, a vu ses ventes chuter de moitié aux États-Unis dès l'expiration de son brevet, et l'impact cumulé de plusieurs pertes de brevets sur l'année est estimé à environ 4 milliards de dollars de chiffre d'affaires évaporé.

Un plongeon de brevets, c'est le mécanisme central qui régit toute l'industrie pharmaceutique : tant qu'un médicament est protégé par un brevet, son fabricant en a l'exclusivité et peut le vendre à un prix élevé. Dès que ce brevet expire, des fabricants de génériques peuvent légalement produire une copie quasi identique à une fraction du prix, et les assureurs comme les pharmacies basculent en quelques mois vers l'option la moins chère. Les ventes du médicament d'origine s'effondrent alors très vite, parfois de 70 à 90 % en un an. Une entreprise pharmaceutique ne peut donc jamais se reposer sur un succès : elle doit en permanence renouveler son portefeuille de médicaments encore sous brevet pour compenser ceux qui tombent dans le domaine public.

Est-ce une bonne entreprise ? (la qualité)

Mon filtre valide 9 des 10 critères de qualité pour Novartis, avec un seul point faible : la croissance des ventes plafonne à 9,3 % par an sur cinq ans, tout juste sous mon seuil de 10 %. Le reste de la copie est solide : marge nette de 24,7 %, marge de free cash flow de 26,9 % (sur 100 dollars de ventes, presque 27 finissent en cash réellement disponible après toutes les dépenses), et surtout un rendement du capital investi en cash de 31,9 %, très au-dessus de mon seuil de 15 %. Ce dernier chiffre veut dire que chaque dollar que Novartis réinvestit dans sa recherche et ses usines lui rapporte, en moyenne, près d'un tiers de dollar de cash supplémentaire chaque année.

Le nombre d'actions en circulation baisse aussi de 3,8 % par an depuis cinq ans, un rythme de rachat soutenu qui concentre mécaniquement la valeur créée sur un nombre d'actions plus restreint. Résultat cumulé de tous ces éléments : le cash disponible par action est passé d'environ 5,46 dollars en 2022 à 7,80 dollars en 2025, une progression de près de 43 % en trois ans, portée à la fois par la croissance du cash total généré (de 12,0 à 15,2 milliards de dollars) et par cette réduction constante du nombre d'actions. C'est une trajectoire qui accélère, pas une photo figée : la croissance du cash par action grimpe même à 18,1 % sur les deux dernières années seules, au-dessus de sa moyenne cinq ans.

Le pari : les nouveaux médicaments peuvent-ils compenser les anciens ?

Les résultats du deuxième trimestre 2026, publiés fin juillet, donnent une première réponse chiffrée à cette question. Trois médicaments plus récents affichent une croissance spectaculaire : le Kisqali (traitement du cancer du sein) a bondi de 43 % à devises constantes et dépasse pour la première fois le milliard de dollars sur un seul trimestre, avec un objectif de pic de ventes annuelles autour de 10 milliards de dollars annoncé par la direction. Le Scemblix (leucémie myéloïde chronique) a quasiment doublé, en hausse de 89 %, porté par une croissance de 93 % aux États-Unis seuls. Le Leqvio, premier traitement du cholestérol basé sur la technologie d'interférence ARN (une molécule qui bloque directement la fabrication d'une protéine indésirable dans le foie, plutôt que de neutraliser cette protéine une fois produite comme le font les statines classiques), a progressé de 59 %.

Novartis a réaffirmé sa prévision annuelle 2026 : un chiffre d'affaires en légère croissance sur l'ensemble de l'année malgré un premier semestre pénalisé par le plongeon de brevets, porté par une accélération attendue au second semestre. C'est un pari en cours d'exécution, pas encore un pari gagné : les nouveaux médicaments grossissent vite, mais ils partent encore d'une base plus petite que les 4 milliards de dollars perdus sur les anciens brevets.

Le prix : pourquoi l'action se paie-t-elle presque au plus cher de son histoire récente ?

Voici où l'histoire devient contre-intuitive. On pourrait s'attendre à ce qu'une année de plongeon de brevets fasse fuir les acheteurs et fasse baisser le prix de l'action. C'est l'inverse qui s'est produit : Novartis se valorise aujourd'hui 20,0 fois son free cash flow (P/FCF), un niveau qui se situe au 92ᵉ percentile de son propre historique sur cinq ans, autrement dit quasiment le prix le plus élevé qu'elle ait jamais atteint sur cette période. Le P/FCF, pour rappel, c'est simplement le prix de l'action divisé par le cash que l'entreprise génère chaque année : plus le chiffre est haut, plus le marché paie cher chaque dollar de cash généré.

Ce n'est pas parce que le cash généré aurait reculé : je viens de montrer qu'il a au contraire bien progressé. C'est le prix de l'action qui a grimpé plus vite encore que ce cash. Le marché ne parie donc pas sur un déclin, il parie l'inverse : que Kisqali, Scemblix et Leqvio vont pleinement compenser puis dépasser ce qui se perd sur l'Entresto et les autres brevets tombés dans le domaine public, et il accepte déjà de payer cette confiance au prix fort, avant même que le second semestre 2026 ne confirme ou non cette trajectoire.

Mon modèle, qui projette la trajectoire de cash par action sur cinq ans avec des hypothèses prudentes plutôt que d'extrapoler indéfiniment la croissance récente, fixe un prix d'achat raisonnable à 114,45 dollars. Le cours actuel de 156,15 dollars représente donc une surcote de 26,7 % par rapport à ce prix. Ce n'est pas un verdict de méfiance sur l'entreprise : la qualité du dossier ne fait aucun doute. C'est un désaccord sur le rythme auquel la confiance actuelle du marché doit être payée aujourd'hui, avant que les preuves des deux ou trois prochains trimestres ne soient toutes réunies.

Un dividende qui complète le tableau

Novartis verse un dividende avec un rendement de 3 % au cours actuel, pour un taux de distribution de 71,6 % du bénéfice, en hausse de 7,2 % par an en moyenne sur cinq ans. C'est un rythme de versement raisonnable pour une pharmaceutique mature : ni un signal d'alarme (un taux de distribution proche de 100 % ou au delà indiquerait une entreprise qui distribue plus qu'elle ne gagne), ni un dividende symbolique qui ne récompenserait pas vraiment l'actionnaire. Ce dividende s'ajoute aux rachats d'actions déjà évoqués comme deuxième canal de retour à l'actionnaire, tous deux financés par un cash disponible qui continue de croître malgré l'année de transition.

Ma méthode, en résumé

Je sépare toujours deux questions que la plupart des investisseurs mélangent : cette entreprise est-elle bonne, et est-ce le bon prix aujourd'hui ? Pour Novartis, la première réponse est claire : 9 critères sur 10, un rendement du capital excellent, un cash par action en accélération. La seconde réponse est plus nuancée : le prix intègre déjà une bonne partie du scénario optimiste sur les nouveaux médicaments, avant que ce scénario ne soit pleinement vérifié dans les comptes. Je préfère attendre que le second semestre confirme la trajectoire, ou qu'une consolidation du cours ramène le prix plus près de mon estimation, plutôt que de payer aujourd'hui la confiance du marché au prix fort. Tu peux suivre l'évolution de ces chiffres en temps réel sur la fiche de Novartis, et comprendre en détail comment je calcule ce prix d'achat raisonnable dans mon guide de méthodologie.

FAQ

Qu'est-ce qu'un plongeon de brevets (patent cliff) en pharmacie ?

C'est le moment où le brevet protégeant un médicament expire, permettant à des fabricants de génériques de vendre une copie à prix cassé. Les ventes du médicament d'origine s'effondrent alors très vite, souvent de 70 à 90 % en un an, car assureurs et pharmacies basculent vers l'option la moins chère.

Pourquoi l'action Novartis est-elle chère alors que 2026 est une année difficile pour ses brevets ?

Parce que le marché ne regarde pas le passé mais l'avenir : il parie que les nouveaux médicaments (Kisqali, Scemblix, Leqvio), en forte croissance, vont compenser puis dépasser les pertes de brevets, et il accepte déjà de payer cette confiance au prix fort avant que les preuves ne soient toutes réunies.

Novartis est-elle sous-évaluée ou surévaluée en 2026 ?

Selon mon modèle, elle est surévaluée d'environ 26,7 % : mon prix d'achat raisonnable se situe à 114,45 dollars contre un cours de 156,15 dollars. La qualité de l'entreprise n'est pas en cause, c'est le prix demandé aujourd'hui pour la confiance dans les nouveaux médicaments qui me semble élevé.

Le dividende de Novartis est-il solide ?

Oui : rendement de 3 % avec un taux de distribution de 71,6 % du bénéfice, en croissance de 7,2 % par an en moyenne sur cinq ans. C'est un niveau raisonnable qui laisse de la marge, ni un signal d'alarme ni un dividende purement symbolique.

Faut-il acheter l'action Novartis en 2026 ?

L'entreprise est de très bonne qualité (9 critères sur 10), mais mon modèle indique que le prix actuel intègre déjà une bonne partie du scénario optimiste sur les nouveaux médicaments avant qu'il ne soit pleinement vérifié dans les comptes. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).