AstraZeneca (AZN) : résultats S1 2026, mon verdict
2026-07-27 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
AZN : voir l'analyse complète sur Lubin Investment
AstraZeneca a publié le 27 juillet 2026 un chiffre d'affaires semestriel de 30,7 milliards de dollars (+9 %), porté par une oncologie en hausse de 18 %, avec un bénéfice ajusté par action en hausse de 11 %. Mon filtre qualité valide 8 critères sur 10, mais mon modèle de prix juge l'action en surcote de plus de 50 % après sa forte hausse récente.
Un premier semestre porté par l'oncologie, malgré la perte d'un brevet clé
AstraZeneca a publié le 27 juillet 2026 ses résultats du premier semestre et du deuxième trimestre : un chiffre d'affaires total de 30,672 milliards de dollars, en hausse de 9 % en devises courantes (6 % à taux de change constants), et un bénéfice ajusté par action (le « core EPS », une mesure maison qui retire certains éléments exceptionnels comptables pour donner une image plus lisse de la rentabilité récurrente) en hausse de 11 % à 5,21 dollars. Le trimestre a battu le consensus des analystes sur le bénéfice par action publié (2,63 dollars contre 2,55 dollars attendus, une surprise de +3,1 %), et l'action a réagi positivement le jour même, dans un marché américain globalement en hausse.
Le vrai moteur du semestre, c'est l'oncologie : elle représente désormais 46 % du chiffre d'affaires du groupe, à 14,124 milliards de dollars, en hausse de 18 % sur un an. Deux traitements portent l'essentiel de cette croissance. Enhertu, un traitement contre plusieurs formes de cancer du sein développé avec le japonais Daiichi Sankyo, progresse de 31 % sur la part comptabilisée par AstraZeneca, porté par une adoption grandissante sur de nouvelles indications. Tagrisso, traitement de référence pour une forme de cancer du poumon liée à une mutation génétique précise (EGFR), continue lui aussi sa progression. La division Maladies rares n'est pas en reste, à 4,911 milliards de dollars, en hausse de 13 %.
Le nuage dans ce tableau : Farxiga, un traitement du diabète et de l'insuffisance cardiaque qui a longtemps compté parmi les meilleures ventes du groupe, a perdu son brevet aux Etats-Unis. Concrètement, des concurrents peuvent désormais vendre des copies génériques bien moins chères, et une partie des prescripteurs et assureurs américains bascule mécaniquement vers ces génériques. A cela s'ajoute un frein en Chine, où un système d'achat groupé par l'Etat (le « volume-based procurement », qui consiste à négocier des prix très bas en échange de gros volumes garantis) pèse sur les prix de plusieurs médicaments du portefeuille. Ces deux vents contraires expliquent pourquoi la croissance globale ressort à 9 % en devises courantes et non à un rythme à deux chiffres comme l'oncologie seule le suggérerait.
Pourquoi mon filtre qualité valide 8 critères sur 10
Mon modèle standard confirme une entreprise rentable et solide sur le plan opérationnel : une marge nette de 17,4 %, une marge de free cash flow de 14,8 % (près de 15 cents de cash disponible pour chaque dollar de chiffre d'affaires, une fois les charges ET les investissements payés), et des marges en expansion sur la durée (les revenus croissent plus vite que les coûts). Le retour sur le capital investi (cash ROCE, une mesure de l'efficacité avec laquelle l'entreprise transforme le capital qu'elle réinvestit en profit réel) ressort à 15,0 %, au-dessus du seuil de 15 % que mon modèle exige, et le nombre d'actions en circulation est resté quasiment stable sur 5 ans (+0,04 % par an), signe qu'AstraZeneca ne dilue pas ses actionnaires pour financer sa croissance.
Les deux points qui manquent pour un score parfait sont liés à la croissance : le chiffre d'affaires progresse de 9,8 % par an en moyenne sur 5 ans, tout juste sous la barre des 10 % par an que mon modèle exige, et le free cash flow par action ne croît que de 6,6 % par an sur la même période, une progression honnête mais loin des standards des meilleures actions de mon screener. Cette différence entre une croissance des ventes proche de 10 % et une croissance du cash par action de seulement 6,6 % raconte une histoire précise : une partie du chiffre d'affaires supplémentaire part dans la recherche clinique coûteuse (les essais de phase 3, qui coûtent souvent plusieurs centaines de millions de dollars par molécule) nécessaire pour maintenir le pipeline de nouveaux médicaments qui doit un jour remplacer Farxiga et les autres brevets qui expireront à leur tour.
Le mécanisme à comprendre : la course entre l'innovation et la falaise des brevets
Ce qui arrive à Farxiga cette année n'est pas un accident isolé, c'est le fonctionnement normal de l'industrie pharmaceutique : un brevet protège une molécule pendant une durée fixe (généralement autour de 20 ans depuis le dépôt), après quoi n'importe quel fabricant peut produire et vendre une copie générique, presque toujours à un prix très inférieur. Les investisseurs appellent ce moment la « falaise des brevets » (patent cliff) parce que les ventes du médicament original chutent souvent de 70 à 90 % en quelques trimestres une fois les génériques disponibles, en particulier sur le marché américain où la substitution générique est rapide et quasi automatique en pharmacie.
La seule parade durable contre une falaise de brevets, c'est d'avoir toujours un ou plusieurs relais de croissance déjà en vente ou en fin de développement au moment où l'ancien médicament tombe dans le domaine public. C'est exactement ce que montre ce semestre : la croissance de 18 % de l'oncologie (Enhertu, Tagrisso) compense largement l'érosion de Farxiga, si bien que le chiffre d'affaires total progresse quand même de 9 %. C'est aussi pour cette raison que la direction a réaffirmé son objectif de 80 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel d'ici 2030 (contre environ 58,7 milliards sur l'exercice 2025) : ce montant suppose que le rythme de lancement de nouveaux traitements reste au moins aussi rapide que le rythme auquel les anciens brevets expirent. Le risque inverse existe aussi : si le pipeline ralentit ou qu'un essai clinique de phase 3 échoue sur une molécule jugée stratégique, la falaise suivante (d'autres brevets du portefeuille arriveront à échéance dans les prochaines années) ne serait plus compensée aussi facilement.
Le prix : une action proche du sommet de sa propre histoire de valorisation
Le P/FCF (le prix de l'action divisé par le free cash flow généré par action sur les douze derniers mois, une façon de mesurer combien d'années de cash actuel il faudrait pour "rembourser" le prix payé) ressort à 30,6 fois. Pris seul, ce chiffre semble dans la moyenne haute du secteur pharmaceutique (la médiane des 32 comparables suivis par mon screener est de 21,4 fois), mais la vraie information vient de l'historique propre du titre : ce P/FCF de 30,6 fois se situe au 85ᵉ percentile des cinq dernières années de cotation d'AstraZeneca, autrement dit l'action n'a été plus chère, sur sa propre histoire récente, qu'environ 15 % du temps. Le marché paie donc aujourd'hui AstraZeneca près du plus haut niveau de valorisation qu'elle ait connu ces cinq dernières années.
Mon modèle de prix d'achat raisonnable (qui projette la trajectoire réelle de free cash flow par action de l'entreprise pour calculer ce que l'action devrait valoir aujourd'hui afin d'offrir un rendement correct dans le futur) vise un prix cible de seulement 80,84 dollars, contre un cours de 169,64 dollars au moment de la publication. C'est une surcote de 52,3 % par rapport à ce que justifierait, strictement, la trajectoire de cash des cinq dernières années (free cash flow en hausse de 6,57 milliards de dollars en 2023 à 8,67 milliards en 2025, une progression réelle mais qui n'a pas suivi le même rythme que la remontée du cours de bourse). Le marché parie ici sur autre chose que l'historique récent : la confirmation, trimestre après trimestre, que le pipeline oncologique peut continuer de croître à un rythme proche de 20 % par an suffisamment longtemps pour financer l'objectif des 80 milliards de dollars de 2030, une trajectoire future bien plus favorable que celle des cinq années qui viennent de s'écouler.
Comment je le lis
AstraZeneca est une entreprise pharmaceutique de qualité réelle : rentable, peu endettée au regard de son cash (dette nette remboursable en 2,70 années de free cash flow, largement sous le seuil de 3 ans que mon modèle utilise comme repère de prudence), et avec un moteur de croissance oncologique qui a fait ses preuves ce semestre en compensant une vraie perte de brevet. Le dividende trimestriel a d'ailleurs été relevé, un signe de confiance de la direction dans la trajectoire de cash à venir, pour un rendement actuel d'environ 1,9 % avec un taux de distribution de 47,7 % du bénéfice, une marge de manœuvre confortable qui ne met pas en danger les investissements de recherche.
Ce qui changerait mon avis : un ralentissement de la croissance d'Enhertu ou de Tagrisso dans les prochains trimestres, à un moment où Farxiga continue de s'éroder, romprait l'équation qui a fonctionné ce semestre et rendrait la surcote actuelle beaucoup plus difficile à justifier. A l'inverse, si le rythme de 18 % de croissance de l'oncologie se maintient sur plusieurs trimestres consécutifs (et pas seulement celui-ci), la trajectoire de cash de mon modèle remonterait mécaniquement, rapprochant le prix cible du cours actuel. Je surveille en particulier la croissance trimestrielle d'Enhertu, qui doit désormais faire le plus gros du travail pour compenser l'érosion de Farxiga. Tu peux retrouver le détail chiffré sur la page d'analyse d'AstraZeneca, comprendre dans quelles conditions payer un P/FCF élevé peut se justifier dans mon article sur le P/FCF élevé, pourquoi une dette maîtrisée n'est pas un problème dans mon article sur la dette dans ma méthode, et ma méthodologie complète.
- Résultats S1/T2 2026 (27 juillet) : chiffre d'affaires de 30,672 Md$ (+9 %, +6 % à taux de change constants), bénéfice ajusté par action de 5,21 $ (+11 %). Bénéfice par action publié du trimestre 2,63 $, au-dessus du consensus de 2,55 $.
- Oncologie moteur du semestre : 14,124 Md$ (46 % du chiffre d'affaires, +18 %), portée par Enhertu (+31 %) et Tagrisso. Maladies rares à 4,911 Md$ (+13 %). Farxiga freinée par la perte de son brevet américain, Chine pénalisée par les achats groupés de l'Etat.
- Score qualité 8 sur 10 : marge nette 17,4 %, marge FCF 14,8 %, cash ROCE 15,0 %, dette nette remboursable en 2,70 ans, quasiment aucune dilution. Manque : croissance des ventes 9,8 %/an (tout juste sous mon seuil de 10 %) et FCF par action +6,6 %/an seulement, une partie du chiffre d'affaires supplémentaire finançant la recherche clinique du pipeline de relais.
- Prix : P/FCF de 30,6 fois, au 85ᵉ percentile des 5 dernières années du titre (proche de son plus cher historique). Mon modèle de prix d'achat vise seulement 80,84 $ contre un cours de 169,64 $, une surcote de 52,3 % qui parie sur la poursuite du rythme de croissance oncologique actuel.
- Verdict : qualité pharmaceutique réelle avec un moteur de croissance (oncologie) qui a fait ses preuves ce semestre face à une vraie perte de brevet, mais un prix qui ne laisse plus de marge d'erreur. Je surveille la croissance trimestrielle d'Enhertu avant de trancher sur le prix.
FAQ
Pourquoi le chiffre d'affaires d'AstraZeneca n'a-t-il progressé que de 9 % alors que l'oncologie grimpe de 18 % ?
Parce que Farxiga, un ancien best-seller contre le diabète et l'insuffisance cardiaque, a perdu son brevet aux Etats-Unis et voit ses ventes rongées par des copies génériques bien moins chères, pendant que la Chine impose des achats groupés à prix cassés sur une partie du portefeuille. Ces deux freins compensent une partie de la forte croissance de l'oncologie.
Qu'est-ce qu'une "falaise de brevets" en pharma ?
Le moment où un médicament perd la protection légale de son brevet (généralement après 20 ans) et où des concurrents peuvent vendre des copies génériques bien moins chères, ce qui fait souvent chuter les ventes du médicament original de 70 à 90 % en quelques trimestres, en particulier aux Etats-Unis où la substitution générique en pharmacie est quasi automatique.
Pourquoi le score qualité d'AstraZeneca n'est-il que de 8 sur 10 ?
Mon filtre juge une trajectoire de 5 ans où la croissance du chiffre d'affaires (9,8 %/an) reste tout juste sous mon seuil de 10 %/an, et où le free cash flow par action ne progresse que de 6,6 %/an, une partie du chiffre d'affaires supplémentaire étant réinvestie dans la recherche clinique coûteuse qui doit financer les futurs relais de croissance.
L'action AstraZeneca est-elle chère après ces résultats ?
Son P/FCF de 30,6 fois se situe au 85ᵉ percentile de son propre historique 5 ans, proche de son plus cher. Mon modèle de prix d'achat, basé sur la trajectoire réelle de cash des 5 dernières années, vise seulement 80,84 dollars contre un cours de 169,64 dollars, une surcote de 52,3 % qui parie sur la poursuite de la croissance oncologique actuelle.
Faut-il acheter l'action AstraZeneca après ces résultats ?
L'entreprise affiche une qualité fondamentale réelle et un moteur de croissance oncologique qui a démontré ce semestre sa capacité à compenser une vraie perte de brevet, mais le prix actuel intègre déjà une bonne partie de ce scénario favorable, avec une surcote de plus de 50 % selon mon modèle. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé : fais tes propres recherches.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).