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Oracle (ORCL) Q4 FY26 : cloud +47%, notre analyse

2026-06-16 ·

Oracle a publié des résultats records en juin 2026 : 19,2 milliards de dollars de revenus au T4, cloud en hausse de 47%. Pourtant l'action a chuté de 10% dans la foulée. C'est le paradoxe classique du 'bon chiffre, mauvais marché' : les attentes étaient encore plus hautes. Mon analyse montre une belle entreprise, mais à un prix difficile à justifier.

Ce que cachent les chiffres records

Oracle a publié ses résultats du quatrième trimestre de son exercice fiscal 2026 le 10 juin. Sur le papier, tout est au vert : 19,2 milliards de dollars de revenus au T4, soit une progression de 21% sur un an. Sur l'année complète FY2026, les revenus atteignent 67,4 milliards, en hausse de 17%. La base de données multicloud alimentée par l'IA a cru de 404% au T4. Oracle l'appelle 'notre activité à la croissance la plus rapide jamais enregistrée'.

Alors pourquoi l'action a-t-elle perdu 10% le lendemain ? Parce que le marché boursier ne récompense pas les bons chiffres, il récompense les chiffres meilleurs qu'attendu. Les investisseurs avaient déjà intégré dans le cours une bonne partie de cette croissance. Quand les résultats arrivent sans surprise positive supplémentaire, la pression vendeuse prend le dessus. C'est le mécanisme du 'sell the news'.

La qualité du business : une belle note, méritée

Quand j'analyse une action, je commence toujours par évaluer la qualité du business indépendamment de son prix. Oracle obtient un 8/10 dans ma grille. Ce score agrège plusieurs critères : croissance des revenus (+10% par an sur 5 ans), progression du free cash flow par action (+12,8% par an), marge nette solide à 25,4%, et une capacité à transformer ses ventes en cash réel.

Le free cash flow, c'est le vrai indicateur de santé d'une entreprise. Il représente l'argent qui reste dans les caisses une fois que l'entreprise a tout payé : salaires, investissements, impôts. Sur FY2026, Oracle a généré 32 milliards de dollars de cash d'exploitation, un record absolu, en hausse de 54% en un an. C'est un signal fort.

Le moat d'Oracle, son avantage concurrentiel durable, repose sur quelque chose de très puissant : ses bases de données sont enfouies dans les systèmes critiques de milliers d'entreprises depuis des décennies. Les banques, les hôpitaux, les gouvernements ne migrent pas leurs données Oracle du jour au lendemain. Ce coût de migration énorme crée une barrière naturelle que les concurrents peinent à franchir.

Le virage cloud : du retard rattrapé à la vitesse grand V

Oracle était en retard sur le cloud face à AWS, Azure et Google Cloud. Mais les chiffres de ce trimestre montrent un rattrapage spectaculaire. L'infrastructure cloud (IaaS, c'est-à-dire les serveurs loués à distance) a bondi de 93% à 5,8 milliards de dollars au T4. Ce n'est plus un acteur de niche : Oracle est devenu le quatrième grand fournisseur cloud mondial.

Le moteur de cette accélération : l'IA. Microsoft, Amazon, Google et Meta ont besoin de capacités de calcul massives pour entraîner leurs modèles. Oracle a signé d'énormes contrats d'infrastructure avec ces géants, y compris via le projet Stargate aux États-Unis. Son carnet de commandes cloud dépasse aujourd'hui 130 milliards de dollars.

La valorisation : le vrai problème

Ma méthode sépare toujours deux questions : est-ce une bonne entreprise, et est-ce le bon prix ? Sur la qualité, j'ai répondu : 8/10, oui. Sur le prix, c'est une autre histoire.

Le P/FCF est mon indicateur principal de valorisation. C'est le prix de l'action divisé par le free cash flow annuel qu'elle génère par titre. Un P/FCF de 20, ça signifie que tu paies 20 années de ce cash. Plus ce chiffre est bas, moins l'action est chère. Oracle affiche aujourd'hui un P/FCF de 64x. C'est très élevé, même pour une entreprise en forte croissance. Mon seuil d'alerte personnel est à 25x. La surcote que j'estime atteint 63% par rapport à mon prix d'achat raisonnable de 70,54$, pour un cours actuel autour de 192$.

Est-ce justifié ? Si Oracle maintient sa trajectoire de croissance IaaS sur 3 à 5 ans, ce multiple peut se compresser naturellement. Mais c'est un pari sur l'avenir qui demande de la conviction. Un ralentissement du cloud, une perte de contrats majeurs, ou une récession tech suffirait à rendre cette valorisation intenable.

Pourquoi le marché a vendu malgré le beat

Trois raisons expliquent la chute de 10% post-résultats. D'abord, les anticipations étaient très hautes : certains analystes attendaient une croissance cloud encore plus forte. Ensuite, la marge FCF reste limitée à 13%, ce qui est modeste pour une entreprise de logiciels premium. Enfin, Oracle porte une dette significative, héritée des acquisitions passées, ce qui rend le cash disponible pour les actionnaires moins généreux qu'il n'y paraît.

La dilution légère des actions (+1,27% par an) et la conversion partielle des bénéfices en cash vrai sont aussi des points de vigilance dans ma grille. Un 8/10 ne signifie pas parfait : ça signifie solide, avec des nuances.

Ce que j'en retiens pour ma grille qualité/valorisation

Oracle est une belle entreprise en pleine transformation. Le virage cloud est réel, les chiffres le prouvent. Le moat sur les bases de données reste immense. Mais le prix actuel intègre déjà beaucoup d'optimisme. À 64x le free cash flow, le marché parie sur une décennie de croissance forte sans accroc.

C'est exactement le genre d'entreprise que je surveille, sans me précipiter. Une correction de marché, un trimestre décevant qui fait reculer le cours, et Oracle pourrait devenir une opportunité. D'ici là, je note le prix cible, et j'attends. Pour retrouver l'analyse complète avec tous les indicateurs mis à jour, tu peux consulter la fiche Oracle sur mon site d'investissement.

FAQ

Pourquoi l'action Oracle a-t-elle chuté après des résultats records ?

Le marché avait déjà anticipé de très bons résultats dans le cours. Quand les chiffres arrivent sans surprise positive supplémentaire par rapport aux attentes des analystes, les vendeurs prennent le dessus. C'est le mécanisme classique du 'sell the news' : on achetait la rumeur, on vend la réalité.

Qu'est-ce que le P/FCF et pourquoi est-il important pour analyser Oracle ?

Le P/FCF (price-to-free-cash-flow) est le prix de l'action divisé par le free cash flow annuel par titre. Il mesure combien d'années de cash réel tu paies aujourd'hui. À 64x, Oracle est valorisée très haut : tu paies 64 ans de ce cash. Mon seuil personnel d'entrée est autour de 25x.

Oracle est-il vraiment en train de devenir un acteur cloud majeur ?

Les chiffres de FY26 sont convaincants : infrastructure cloud à +93% au T4, carnet de commandes cloud dépassant 130 milliards. Oracle a signé de gros contrats avec Microsoft, Meta et Amazon pour l'IA. Le retard historique se comble vite, mais la concurrence d'AWS et Azure reste très forte.

Faut-il acheter l'action Oracle aujourd'hui ?

Oracle est une entreprise de qualité solide (8/10 dans ma grille), mais sa valorisation actuelle est tendue à 64x le free cash flow, soit environ 63% au-dessus de mon prix cible. Ce n'est pas un conseil d'investissement : fais tes propres recherches et définis ton propre prix d'achat raisonnable.

Qu'est-ce que le moat d'Oracle ?

Le moat, c'est l'avantage concurrentiel durable d'une entreprise, ce qui empêche ses rivaux de prendre sa place. Pour Oracle, c'est l'enracinement de ses bases de données dans les systèmes critiques (banques, hôpitaux, gouvernements) depuis des décennies. Migrer vers un concurrent coûte des millions et prend des années.

Voir l'analyse ORCL sur Lubin Investment

À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, j'analyse les actions par les fondamentaux depuis plusieurs années et j'investis mon propre argent avec cette méthode. Je l'ai codifiée dans un outil qui juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).