PEA : quelles actions sous-évaluées acheter en 2026 ?
2026-08-02 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Sur les actions éligibles au PEA que mon screener note 9 ou 10 sur 10, huit ressortent aujourd'hui sous mon prix d'achat raisonnable : SAP, UCB, Technogym, Fagron, JCDecaux, Edenred, Publicis et Nordnet. Le point commun : une décote réelle, mais pas toujours pour les mêmes raisons. Voici le détail, secteur par secteur.
Le PEA, un cadre qui exclut la majorité des actions mondiales
Le Plan d'Épargne en Actions (PEA) est une enveloppe fiscale française qui exonère d'impôt sur le revenu les plus-values et dividendes après cinq ans de détention (seuls les prélèvements sociaux restent dus). En échange de cet avantage, la loi impose une contrainte stricte : le PEA ne peut détenir en direct que des actions de sociétés dont le siège est situé dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen (EEE, qui ajoute la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein). Apple, Microsoft, Nvidia, Amazon : aucune de ces actions américaines n'a sa place dans un PEA, même achetée depuis un compte-titres du même courtier. Un investisseur PEA choisit donc dans un univers plus restreint que le marché mondial, ce qui rend d'autant plus utile de savoir où chercher la qualité à l'intérieur de ce périmètre.
C'est exactement le croisement que je fais ici : je pars de mon filtre qualité habituel (10 critères financiers objectifs, de la rentabilité à l'endettement, indépendants du prix de l'action) et je le limite aux entreprises cotées sur les principales places européennes éligibles au PEA (Paris, Francfort, Milan, Madrid, Amsterdam, Bruxelles, Helsinki, Lisbonne, Vienne, Dublin, Stockholm, Copenhague, Oslo). Puis je cherche, parmi les mieux notées, celles que mon modèle de valorisation juge actuellement sous-évaluées.
Ma méthode : la qualité d'abord, le prix ensuite, jamais mélangés
Je ne classe jamais une action seulement parce qu'elle est bon marché. Une action qui se valorise 3 fois son free cash flow (le cash réellement disponible une fois toutes les factures payées) peut sembler une affaire, mais si son chiffre d'affaires recule et sa dette grimpe, ce n'est pas une décote, c'est un piège de valeur. Je commence donc toujours par la qualité : rentabilité, croissance des ventes et du cash, dilution des actionnaires, dette maîtrisée, marges. Seules les entreprises qui valident au moins 9 de mes 10 critères entrent dans ce classement.
Une fois la qualité validée, je regarde le prix avec mon modèle de prix d'achat raisonnable, qui projette la trajectoire de cash par action sur cinq ans plutôt que de se fier au seul multiple du jour. Sur ce classement, j'ai volontairement écarté plusieurs valeurs financières européennes de qualité (assureurs, banques) dont le calcul de décote ressortait à des niveaux extrêmes et peu crédibles, un artefact que j'ai identifié en creusant leur historique de cash (une année creuse ponctuelle, normale pour ce secteur, faussait la projection à 5 ans). Je préfère publier huit chiffres solides que onze dont trois ne tiennent pas la route.
| Société | Secteur | Note | P/FCF | Surcote / décote |
|---|---|---|---|---|
| SAP (SAP) | Logiciel d’entreprise | 9/10 | 19,6× | Décote de 7,5 % |
| UCB (UCB.BR) | Biotechnologie | 10/10 | 23,5× | Décote de 5,3 % |
| Technogym (TGYM.MI) | Équipement fitness | 10/10 | 25,0× | Décote de 3,8 % |
| Fagron (FAGR.BR) | Pharma (façonnage) | 9/10 | 14,0× | Décote de 6,1 % |
| JCDecaux (DEC.PA) | Affichage publicitaire | 9/10 | 5,3× | Décote de 36,2 % |
| Edenred (EDEN.PA) | Avantages salariés | 9/10 | 6,1× | Décote de 38,8 % |
| Publicis (PUB.PA) | Communication | 9/10 | 8,3× | Décote de 41,6 % |
| Nordnet (SAVE.ST) | Courtage en ligne | 9/10 | 7,5× | Décote de 65,3 % |
Le P/FCF (price-to-free-cash-flow) est le prix de l'action divisé par le cash généré chaque année par action. Plus il est bas, moins tu payes cher chaque euro de cash produit. Mais un P/FCF bas isolé ne dit rien : Nordnet à 7,5 fois peut sembler la meilleure affaire du tableau, alors que sa décote de 65 % vient surtout d'une croissance de cash par action très rapide ces dernières années, que mon modèle projette peut-être trop optimiste sur cinq ans. Inversement, SAP à 19,6 fois est le multiple le plus élevé du groupe, et pourtant l'action reste légèrement sous mon prix d'achat, parce que sa trajectoire de cash s'accélère (voir plus bas). Le multiple seul ne suffit jamais : il faut toujours le lire à la lumière de la trajectoire.
SAP : le cloud qui prend le pas sur les vieilles licences
SAP est l'éditeur allemand du logiciel ERP (Enterprise Resource Planning, le logiciel qui fait tourner la comptabilité, les stocks et la paie des grandes entreprises) le plus utilisé au monde. Son chiffre d'affaires cloud a atteint 6,3 milliards d'euros au deuxième trimestre 2026, en hausse de 22 % (24 % à taux de change constant), porté par la migration de ses clients historiques vers la version cloud de son ERP, qui a bondi de 27 % à 5,5 milliards d'euros. Le signal le plus parlant n'est pas le trimestre déjà publié, mais le carnet de commandes cloud (le montant déjà contractualisé pour les mois à venir) : il atteint 22,9 milliards d'euros, en hausse de 27 % sur un an, une accélération par rapport au trimestre précédent.
Ce basculement vers le cloud change la nature du business : une licence logicielle classique se vend une fois, avec un gros chèque immédiat mais aucune garantie de revenu futur ; un abonnement cloud se facture chaque mois, avec un carnet de commandes qui donne une vraie visibilité sur les 2 à 5 prochaines années. C'est exactement le mécanisme qui explique pourquoi j'ai déjà consacré une analyse complète des résultats trimestriels de SAP sur mon site : tu peux la retrouver dans mon analyse détaillée de SAP après ses résultats T2 2026, avec le détail du prix et de la note.
Edenred : le titre-restaurant numérique, entre régulation et croissance
Edenred est le groupe français derrière le Ticket Restaurant, le titre-repas que des millions de salariés utilisent chaque jour, aujourd'hui très majoritairement dématérialisé sur une carte plutôt que sur un carnet de tickets papier. Le mécanisme économique est simple à comprendre mais souvent ignoré : Edenred prélève une commission sur chaque transaction, à la fois auprès des employeurs qui financent les tickets et des commerçants qui les acceptent, un peu comme un réseau de paiement. Plus le volume de transactions grossit (plus il y a de titres chargés et dépensés), plus le cash généré grossit, sans que l'entreprise ait besoin d'investir massivement dans des actifs physiques pour suivre cette croissance.
Le premier semestre 2026, présenté le 23 juillet, illustre bien la tension propre à ce dossier : la croissance intrinsèque (hors effet des changements réglementaires) atteint 8 % sur la période, un rythme solide, mais Edenred a dû revoir à la baisse sa prévision d'excédent brut d'exploitation pour l'année, une baisse désormais attendue entre 7 et 10 % au lieu de 8 à 12 % initialement. La cause n'est pas opérationnelle : l'Italie et le Brésil, deux marchés importants pour Edenred, ont changé leur réglementation sur les titres-repas et titres alimentaires, ce qui pèse mécaniquement sur les chiffres publiés sans remettre en cause le modèle. Edenred parle elle-même de 2026 comme d'une « année de rebasage ». C'est précisément ce type de vent contraire réglementaire, réel mais non structurel, qui peut expliquer une bonne partie de la décote de 38,8 % que calcule mon modèle : le marché sanctionne l'incertitude réglementaire à court terme, sans forcément remettre en cause le moteur de croissance de fond.
JCDecaux : l'affichage publicitaire qui devient numérique
JCDecaux loue et exploite le mobilier urbain publicitaire (abribus, panneaux, colonnes) dans des centaines de villes à travers le monde, souvent via des contrats de concession de très longue durée avec les municipalités, un avantage concurrentiel difficile à répliquer : une fois qu'une ville a signé avec JCDecaux pour vingt ans, un concurrent ne peut pas simplement installer ses propres panneaux à côté. Le premier semestre 2026 montre une entreprise en pleine bascule technologique : les revenus organiques progressent de 5,7 %, mais ce sont les revenus numériques qui tirent la croissance, en hausse de 14,5 % et représentant désormais 42,8 % du chiffre d'affaires du groupe, contre 37,5 % un an plus tôt pour le seul mobilier urbain.
Le vrai changement se joue dans la publicité programmatique (l'achat d'espace publicitaire automatisé en temps réel, comme sur Internet, plutôt que négocié à l'avance par des équipes commerciales) : ce segment, opéré via la plateforme VIOOH de JCDecaux, a bondi de 30,9 % au premier semestre pour atteindre 102,8 millions d'euros. Une publicité numérique se pilote et se facture différemment d'une affiche papier collée pour un mois entier : elle peut changer plusieurs fois par jour, cibler différents messages selon l'heure, et se vendre aux enchères. Cette bascule tire la marge opérationnelle du groupe, qui s'est améliorée de 190 points de base à 18,4 %, et le flux de trésorerie disponible est redevenu positif à 26,2 millions d'euros, une amélioration de 91,1 millions d'euros sur un an. Une entreprise d'affichage urbain qui investit dans le numérique n'est plus tout à fait la même entreprise qu'il y a cinq ans, et le marché commence tout juste à le refléter dans le prix.
UCB : la pharma belge qui a réinventé son portefeuille
UCB est un laboratoire pharmaceutique belge longtemps connu pour ses médicaments contre l'épilepsie, dont plusieurs ont depuis perdu leur brevet (l'exclusivité commerciale temporaire qui empêche les génériques de copier un médicament) sans être remplacés à temps par de nouveaux produits, un scénario classique de « falaise de brevets » qui a pesé sur le titre pendant des années. Ce qui a changé : Bimzelx, un traitement contre le psoriasis et d'autres maladies inflammatoires, est devenu un vrai blockbuster, au point qu'UCB a relevé son objectif de ventes au pic à au moins 7 milliards d'euros. Rystiggo, un traitement plus récent contre une maladie neuromusculaire rare, a généré 332 millions d'euros de ventes sur les douze derniers mois, en hausse de 65 %.
Ce qui compte ici n'est pas seulement la croissance de ces deux produits, mais leur poids relatif : l'ensemble des cinq nouveaux moteurs de croissance d'UCB représentait plus de 50 % des ventes nettes au premier semestre 2026, contre 39 % un an plus tôt. Une entreprise qui a réussi à faire basculer la majorité de son chiffre d'affaires vers de nouveaux produits en un an n'est plus otage du calendrier des brevets de son ancien portefeuille de la même manière. UCB valide 10 de mes 10 critères de qualité et se valorise 23,5 fois son free cash flow, avec une décote de 5,3 % qui reste modeste : le marché a déjà largement intégré ce redressement, ce qui est cohérent avec une histoire aussi documentée.
Ce que ce classement ne dit pas
Un investisseur PEA doit garder deux limites en tête. D'abord, le risque de change : plusieurs de ces sociétés publient en couronne suédoise (Nordnet) ou opèrent à l'international avec une part significative de revenus hors zone euro, ce qui ajoute une variable que l'action d'une entreprise purement française n'a pas. Ensuite, la liquidité : Fagron ou Technogym se traitent avec des volumes bien plus faibles qu'un SAP ou un Publicis, ce qui peut élargir l'écart entre prix d'achat et de vente sur de gros montants. Ce ne sont pas des raisons d'écarter ces dossiers, mais des paramètres à connaître avant d'investir, au même titre que la qualité et le prix.
Comment j'utilise ce classement
Je ne te dis jamais qu'une décote calculée par mon modèle est une garantie de hausse : c'est un signal qui mérite d'être creusé, pas un ordre d'achat. Ce que je peux dire, c'est que ces huit sociétés partagent deux caractéristiques rares réunies : une qualité fondamentale validée sur au moins 9 critères sur 10, ET une éligibilité PEA qui n'exclut pas la performance au profit de la seule fiscalité. Tu peux suivre l'évolution de leur note et de leur valorisation en temps réel sur mon classement complet du screener, et comprendre le détail de mon calcul de prix d'achat raisonnable dans ma méthodologie complète.
- Huit actions éligibles au PEA, notées 9 ou 10/10 sur mes critères de qualité, ressortent sous mon prix d'achat raisonnable aujourd'hui : SAP, UCB, Technogym, Fagron, JCDecaux, Edenred, Publicis, Nordnet.
- SAP (décote de 7,5 %) bascule vers le cloud : carnet de commandes cloud à 22,9 Md€, +27 % sur un an, une accélération qui explique pourquoi l'action reste sous mon prix malgré le multiple le plus élevé du groupe (19,6×).
- Edenred (décote de 38,8 %) affiche une croissance intrinsèque de 8 % au S1 2026, mais encaisse un vent contraire réglementaire réel en Italie et au Brésil qui pèse sur ses prévisions à court terme sans remettre en cause le modèle.
- JCDecaux (décote de 36,2 %) bascule du panneau papier au numérique programmatique (+30,9 % via VIOOH), ce qui a déjà fait progresser sa marge opérationnelle de 190 points de base.
- UCB (décote de 5,3 %, 10/10) a fait basculer plus de la moitié de ses ventes vers de nouveaux traitements (Bimzelx, Rystiggo) en un an, sortant ainsi de sa dépendance à l'ancien portefeuille arrivé à échéance de brevet.
- J'ai volontairement exclu plusieurs assureurs et banques européens de qualité dont le calcul de décote ressortait à des niveaux extrêmes et peu crédibles cette fois, un artefact de leur historique de cash que je documente en toute transparence plutôt que de publier un chiffre trompeur.
FAQ
Quelles actions sont éligibles au PEA ?
Le PEA n'accepte en direct que des actions de sociétés dont le siège social est situé dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen (qui ajoute la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein). Les actions américaines, britanniques ou suisses en sont exclues, même via un ETF non éligible.
Un P/FCF bas signifie-t-il automatiquement une bonne affaire ?
Non. Un P/FCF bas (le prix de l'action rapporté au cash généré par action) doit toujours être lu à la lumière de la trajectoire de l'entreprise. Une décote qui vient d'une extrapolation trop optimiste d'une croissance récente n'a pas la même valeur qu'une décote sur une entreprise dont le cash progresse de façon régulière et documentée.
Pourquoi certains assureurs européens de qualité n'apparaissent pas dans ce classement ?
Parce que mon modèle de valorisation, qui projette la trajectoire de cash sur cinq ans, s'est révélé peu fiable sur plusieurs assureurs cette fois : une année de cash exceptionnellement basse (fréquente dans ce secteur d'une année sur l'autre) fausse le calcul de croissance et gonfle artificiellement la décote affichée. Je préfère l'écarter et le documenter plutôt que publier un chiffre que je sais peu crédible.
Faut-il acheter ces huit actions les yeux fermés ?
Non. Une décote signalée par mon modèle est un point de départ pour creuser, pas un conseil en investissement personnalisé. Chaque dossier a ses propres risques (réglementaire pour Edenred, change pour Nordnet, concentration produit pour UCB) à étudier avant toute décision.
Où puis-je suivre l'évolution de ces notes et valorisations ?
Le classement complet, avec la note sur 10 et la valorisation actualisée de chaque action, est disponible sur mon screener. Tu peux aussi consulter la fiche individuelle de chaque société via son ticker.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).