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Philip Morris (PM) : résultats T2 2026, mon verdict

2026-07-23 ·

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Philip Morris a publié le 22 juillet 2026 des revenus record de 11,2 milliards de dollars et un bénéfice au-dessus des attentes, portés par la bascule vers les produits sans fumée (IQOS, Zyn). Le business se transforme avec succès. Mais l'action se paie aujourd'hui plus cher qu'à n'importe quel autre moment des cinq dernières années. Voici comment je sépare les deux.

Un trimestre record, pour la première fois au-dessus de 11 milliards

Philip Morris International a publié le 22 juillet 2026 des résultats du deuxième trimestre qui battent le consensus des deux côtés du compte de résultat : un bénéfice par action ajusté de 2,20 dollars contre 2,11 dollars attendus, et surtout des revenus de 11,19 milliards de dollars, un dépassement de 2,1 % du consensus qui fait franchir à l'entreprise, pour la première fois de son histoire, la barre des 11 milliards sur un seul trimestre. La croissance organique du chiffre d'affaires ressort à 8 %, et le bénéfice opérationnel progresse de 11 %, un rythme supérieur à celui des ventes : les coûts n'ont donc pas seulement suivi la croissance, ils ont été maîtrisés en dessous.

Sur la base de ce trimestre, la direction relève sa prévision de bénéfice par action ajusté pour 2026 à une fourchette de 8,26 à 8,41 dollars, avec une croissance organique du chiffre d'affaires attendue entre 5 et 7 % sur l'année entière. Un relèvement de guidance après un trimestre déjà supérieur aux attentes est un signal de confiance clair de la part du management sur la suite de l'année, pas seulement sur le trimestre écoulé.

Le vrai moteur : la bascule vers le sans fumée

Le détail le plus important de ce trimestre ne se lit pas dans le total, mais dans la composition. Les produits dits sans fumée (IQOS, le dispositif de tabac chauffé, et Zyn, les sachets de nicotine sans tabac) ont généré 42 % du chiffre d'affaires du premier semestre 2026, et leurs revenus ont progressé de 14,2 % ce trimestre (11,8 % à devises constantes), soit près du double du rythme de croissance de l'entreprise dans son ensemble. Les livraisons d'unités IQOS ont augmenté de 7,5 %, tirées notamment par Taïwan, le commerce de voyage international et l'Italie, et les ventes en magasin d'IQOS progressent de 5 %. Zyn, racheté avec l'acquisition de Swedish Match fin 2022, a livré 2,9 milliards de sachets ce trimestre (+2 %), avec le lancement d'une nouvelle variante, Zyn Ultra.

Pourquoi ce détail compte : la thèse baissière sur les cigarettiers depuis vingt ans est simple, les volumes de cigarettes déclinent structurellement partout dans le monde à mesure que les fumeurs arrêtent ou basculent vers des alternatives. Philip Morris ne dément pas ce déclin, elle l'anticipe en étant devenue elle-même le vendeur de l'alternative. C'est un vrai pivot stratégique, pas un simple discours marketing : quand 42 % de tes revenus viennent d'une catégorie qui n'existait quasiment pas il y a quinze ans, et que cette catégorie croît deux fois plus vite que le reste, la nature du business a changé, même si le nom sur l'étiquette évoque encore Marlboro.

Ce que dit mon filtre qualité : du solide, avec deux vraies réserves

Sur mon modèle standard à 10 critères, Philip Morris valide 7 critères sur 10. La marge nette (la part du chiffre d'affaires qui devient vraiment du bénéfice) atteint 26,7 %, un niveau élevé qui reflète le pouvoir de fixation des prix d'une entreprise qui vend un produit à demande peu sensible au prix. Le rendement du capital investi en cash ressort à 50,8 %, un chiffre exceptionnel : chaque dollar réinvesti dans le business en rapporte plus de la moitié en cash chaque année. Le nombre d'actions reste quasiment stable (+0,13 % par an), signe que l'entreprise ne dilue pas ses actionnaires pour financer sa croissance.

Deux réserves méritent d'être expliquées, pas juste citées. D'abord, la croissance des ventes sur cinq ans ressort à seulement 7,3 % par an, un rythme que mon filtre juge insuffisant (le seuil est fixé à 10 %) pour une entreprise jugée en transformation : c'est la trace comptable du déclin des cigarettes classiques, partiellement compensé mais pas encore effacé par le sans fumée. Ensuite, l'endettement net représente 4,36 années de free cash flow, un niveau élevé qui remonte à un événement précis : le rachat de Swedish Match fin 2022 pour environ 16 milliards de dollars, financé en bonne partie par de la dette, qui explique aussi pourquoi le free cash flow avait temporairement reculé à 7,9 milliards de dollars en 2023 (contre 9,7 milliards l'année précédente) avant de remonter à 10,7 milliards en 2025. Ce n'est pas une dérive récente, c'est le prix payé pour acquérir Zyn, la franchise qui tire aujourd'hui la croissance.

Un dernier point technique éclaire le métier : le délai d'encaissement net (le temps entre le moment où l'entreprise paie ses fournisseurs et celui où elle encaisse ses clients, converti en cash immobilisé) ressort à 246 jours, et il se resserre d'environ 4 jours par an, un signe d'amélioration opérationnelle. Ce délai est structurellement long dans le tabac : les stocks représentent à eux seuls 306 jours de délai, parce que le tabac en feuille doit être acheté puis affiné pendant plusieurs années avant d'être transformé en cigarettes, un cycle industriel bien plus long que dans la plupart des secteurs, à ne pas confondre avec une mauvaise gestion des stocks.

Le prix en trois temps

Premier temps : où se situe le prix actuel dans l'histoire de Philip Morris ? Le P/FCF (le prix de l'action divisé par le free cash flow généré par action, une mesure de ce que le marché accepte de payer pour chaque dollar de cash produit) ressort à 27,9 fois. Ce multiple se situe au 97,8ᵉ percentile de l'historique cinq ans de l'action : elle ne s'est payée plus cher que ça qu'environ 2 % du temps sur les cinq dernières années. Autrement dit, Philip Morris n'a quasiment jamais été aussi chère qu'aujourd'hui, au moins sur cette mesure.

Deuxième temps : pourquoi ce niveau ? Trois forces se combinent. La réussite documentée du pivot sans fumée (revenus +14,2 %, un narratif de croissance rare pour un cigarettier) rassure le marché sur la pérennité du business au-delà du déclin des cigarettes. Le rendement du dividende de 3 %, avec un historique de hausses chaque année depuis plus de quinze ans, en fait une valeur refuge prisée dans un contexte où les investisseurs cherchent des revenus défensifs, un comportement documenté par plusieurs analystes qui classent justement Philip Morris parmi les valeurs à privilégier en période de marché nerveux. Enfin, le trimestre publié aujourd'hui, qui bat le consensus sur toute la ligne, renforce cette confiance en temps réel.

Troisième temps : est-ce justifié ? Mon modèle de prix d'achat raisonnable, qui projette le free cash flow par action sur cinq ans, place le prix d'entrée à 91,40 dollars pour Philip Morris, contre un cours actuel de 191,12 dollars, soit une surcote de 52,2 % selon ce calcul strict. Une partie de cette prime se justifie : une entreprise qui bascule avec succès vers une activité en croissance à deux chiffres mérite un multiple supérieur à celui d'un cigarettier classique en déclin pur. Mais l'ampleur de la prime, au plus haut de cinq ans d'historique, alors même que la croissance globale des ventes (7,3 % par an) reste sous mon seuil et que l'endettement demeure élevé, suggère que le marché a déjà largement payé d'avance la réussite du pivot, sans grande marge d'erreur si la transition venait à ralentir.

Comment je le lis

Philip Morris illustre un cas que je vois rarement aussi net : une entreprise dont le business se transforme réellement (le sans fumée n'est plus une expérimentation, c'est 42 % des revenus et le principal moteur de croissance), avec des résultats du jour qui confirment cette trajectoire au-delà des attentes. Sur la qualité, mon filtre est positif : marge élevée, rendement du capital exceptionnel, dilution maîtrisée. Sur le prix, en revanche, le marché ne parie plus sur la réussite du pivot, il l'a déjà largement intégrée dans le cours, au point que l'action n'a quasiment jamais été aussi chère sur cinq ans. Ce sont exactement les deux questions que je pose toujours séparément avant toute décision, ce qui m'a poussé à construire mon outil d'analyse plutôt que de me fier à une seule note globale. Tu peux retrouver le détail chiffré sur la page d'analyse de Philip Morris, une explication de la lecture de la dette héritée d'une acquisition dans mon guide sur la dette et la méthode Lubin, et ma méthodologie.

FAQ

Pourquoi l'action Philip Morris est-elle si chère malgré des résultats qui battent le consensus ?

Parce que le marché a déjà largement intégré la réussite du pivot vers les produits sans fumée (IQOS, Zyn), qui croissent deux fois plus vite que l'entreprise. Le P/FCF actuel se situe au 97,8ᵉ percentile de son historique 5 ans : l'action n'a quasiment jamais été aussi chère.

Qu'est-ce que Zyn et pourquoi pèse-t-il autant dans les résultats ?

Zyn est une marque de sachets de nicotine sans tabac, acquise via le rachat de Swedish Match fin 2022. Elle a livré 2,9 milliards de sachets ce trimestre et fait partie des produits sans fumée qui représentent 42 % des revenus du premier semestre 2026, en forte croissance.

Pourquoi Philip Morris a-t-elle autant de dette ?

L'endettement net représente 4,36 années de free cash flow, un niveau élevé qui remonte au rachat de Swedish Match fin 2022 pour environ 16 milliards de dollars, financé en bonne partie par la dette. C'est ce rachat qui a permis d'acquérir Zyn, aujourd'hui l'un des moteurs de croissance.

Pourquoi les stocks de Philip Morris sont-ils si longs à écouler ?

Le tabac en feuille doit être acheté puis affiné pendant plusieurs années avant transformation en cigarettes, ce qui allonge structurellement le cycle de stocks (306 jours) par rapport à la plupart des secteurs. Ce n'est pas un signe de mauvaise gestion, mais une caractéristique du métier.

Faut-il acheter l'action Philip Morris après ces résultats ?

Ma grille qualité est positive (7 critères sur 10, marges et rendement du capital élevés), mais mon modèle de prix strict indique une surcote de 52,2 %, au plus haut de cinq ans d'historique. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).