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Valoriser une action sans profit : le ratio cours/ventes

2026-09-10 ·

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Le ratio cours sur chiffre d'affaires divise la valeur boursière d'une entreprise par ses ventes annuelles. Il reste calculable même sans bénéfice ni cash disponible, contrairement au cours sur bénéfice ou au cours sur flux de trésorerie. Il séduit donc les jeunes entreprises en forte croissance, et c'est aussi pour ça que je m'en méfie davantage que des deux autres.

Le seul multiple qui survit sans profit ni cash

Deux ratios reviennent sans cesse dans mes analyses : le cours sur bénéfice et surtout le cours sur flux de trésorerie disponible, celui que privilégie mon site et que j'explique en détail dans cet article. Les deux partagent un défaut gênant : ils ont besoin d'un chiffre positif pour exister. Le cours sur bénéfice divise le cours de l'action par un bénéfice net ; s'il devient négatif, le ratio ne veut plus rien dire. Le cours sur flux de trésorerie divise le cours par le cash généré une fois les factures payées ; sans cash positif, même problème.

Il existe un troisième ratio, moins précis mais presque toujours calculable : le cours sur chiffre d'affaires. Il divise simplement la valeur boursière totale d'une entreprise par ses ventes annuelles. Une entreprise qui vend encore quelque chose n'a presque jamais de chiffre d'affaires négatif, ce qui en fait le seul multiple qui tient quand les deux autres s'effondrent. Mon propre outil illustre le problème très concrètement sur la fiche de Rivian, le constructeur américain de véhicules électriques : mon champ dédié au cours sur flux de trésorerie affiche « non calculable », avec l'explication suivante intégrée à mes données : flux de trésorerie négatif ou nul sur les douze derniers mois.

Rivian valide pourtant 5 de mes 10 critères de qualité, avec une croissance des ventes de 24,3 % par an, mais une marge nette de -54,9 % qui rend le cours sur bénéfice tout aussi inutilisable. Rivian a publié un chiffre d'affaires trimestriel de 1,658 milliard de dollars au deuxième trimestre 2026, en hausse de 27 % sur un an, porté par le lancement de son modèle R2 à la mi-juin, et un premier profit brut trimestriel positif de 179 millions de dollars, des chiffres consolidés dans son dépôt trimestriel auprès de la SEC. En annualisant le chiffre d'affaires par employé que me renvoie mon modèle (353 663 $ par salarié, pour 15 232 employés), j'obtiens environ 5,4 milliards de dollars de ventes sur douze mois glissants, à comparer à une valeur boursière totale de 23,2 milliards de dollars. Le ratio cours sur ventes ressort donc autour de 4,3 fois, un chiffre que ni le cours sur bénéfice ni le cours sur flux de trésorerie ne peuvent me donner aujourd'hui pour cette action.

MultipleCe qu'il exige pour existerCe qu'il ignore
Cours sur bénéficeUn bénéfice net positifLes choix comptables qui gonflent ou compriment ce bénéfice
Cours sur flux de trésorerieUn flux de trésorerie disponible positif sur 12 moisDevient non calculable dès que le cash généré passe sous zéro, ce qui arrive souvent chez les jeunes entreprises en forte croissance
Cours sur ventesUn chiffre d'affaires, même avec de lourdes pertesSi ce chiffre d'affaires se transformera un jour en profit ou en cash

Pourquoi je m'en méfie plus que des deux autres

Le problème du cours sur ventes, c'est qu'il ne dit strictement rien sur ce qui se passe entre la vente et la caisse. Une entreprise peut faire croître son chiffre d'affaires très vite tout en détruisant de la valeur pour chaque actionnaire déjà présent. C'est exactement ce que montre un autre de mes critères sur Rivian : le nombre d'actions en circulation augmente de 9,65 % par an, une dilution qui échoue mon critère de discipline actionnariale. Autrement dit, une partie de cette croissance des ventes de 24,3 % par an est financée en émettant de nouvelles actions, ce qui réduit la part de gâteau de chaque actionnaire existant. Un ratio cours sur ventes qui paraît raisonnable peut donc masquer une histoire bien moins flatteuse une fois qu'on raisonne par action plutôt qu'en valeur totale.

Ma règle, donc : je n'utilise le cours sur ventes qu'en dernier recours, pour une entreprise jeune dont ni le bénéfice ni le flux de trésorerie ne sont encore positifs, jamais pour comparer des entreprises matures entre elles. Et je ne le regarde jamais seul : je cherche immédiatement la trajectoire de la marge, elle s'élargit chez Rivian, les revenus progressant plus vite que les coûts, et le rythme de dilution, la vraie question étant de savoir si l'entreprise se rapproche du jour où le cours sur flux de trésorerie redeviendra calculable, ou si elle s'en éloigne. Aswath Damodaran documente depuis des décennies pourquoi les multiples de ventes sont parmi les plus faciles à justifier par la narration plutôt que par les chiffres : à demande égale, le marché paie plus cher un chiffre d'affaires qu'il croit rentable demain qu'un chiffre d'affaires qui restera éternellement un chiffre d'affaires. Tu peux vérifier la fiche complète de n'importe quelle action, y compris celles où le cours sur flux de trésorerie ne se calcule pas, sur mon outil d'analyse, et retrouver l'ensemble de ma méthode de valorisation dans ma méthodologie complète.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).