Microsoft (MSFT) : résultats T4 2026, mon verdict
2026-07-29 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
Microsoft : voir l'analyse complète sur Lubin Investment
Microsoft a publié le 29 juillet 2026 un chiffre d'affaires de 90 milliards de dollars (+18 %), porté par Azure qui dépasse pour la première fois les 100 milliards de dollars de revenus annualisés. Mon filtre qualité valide 8 critères sur 10, mais une dépense en infrastructure d'intelligence artificielle jamais vue étouffe la croissance du cash par action. Voici ce que ça change pour le prix de l'action.
Ce qui vient de tomber : un trimestre record, porté par Azure
Microsoft a publié le 29 juillet 2026, après la clôture des marchés, les résultats de son quatrième trimestre fiscal 2026 (clos le 30 juin 2026) : un chiffre d'affaires de 90 milliards de dollars, en hausse de 18 % sur un an, et un bénéfice par action GAAP de 4,81 dollars, au-dessus des attentes des analystes. Le moteur de ce trimestre est sans ambiguïté : Azure et les autres services cloud ont progressé de 43 % sur un an, et Azure a franchi pour la première fois de son histoire le seuil symbolique des 100 milliards de dollars de revenus annualisés. Microsoft 365 Copilot, l'assistant IA intégré à la suite bureautique, dépasse désormais 30 millions de sièges payants. Le PDG Satya Nadella a résumé le trimestre ainsi : « Nos résultats ce trimestre reflètent la demande croissante pour le cloud et les solutions d'IA, et notre capacité à générer de la valeur pour nos clients. »
Mais le vrai sujet du trimestre se trouve ailleurs, dans une ligne du bilan que peu de monde regarde d'aussi près que moi : les dépenses d'investissement (le capex, l'argent dépensé pour construire des actifs durables comme des centres de données ou acheter des puces). Rien que sur ce trimestre, le capex et les contrats de location-financement associés ont bondi de 69 % à 41 milliards de dollars. Sur l'ensemble de l'exercice fiscal 2026, le capex total atteint 115,95 milliards de dollars, en hausse de près de 80 % par rapport aux 64,55 milliards de l'exercice 2025. Et la direction a d'ores et déjà annoncé environ 190 milliards de dollars de capex prévus pour l'année civile 2026. Concrètement, Microsoft engage aujourd'hui une part énorme de sa trésorerie dans des bâtiments, des serveurs et des puces graphiques pour l'IA, avant même de savoir avec certitude combien de revenus additionnels ce pari va générer (j'explique comment juger un capex qui explose dans mon guide sur le capex, bon ou mauvais signe).
Pourquoi mon filtre valide 8 critères sur 10, malgré un signal d'alerte
Sur le plan strictement financier, Microsoft reste une machine redoutable. Sa marge nette de 39,3 % signifie que sur 100 dollars de chiffre d'affaires, près de 39 finissent en bénéfice net, un niveau que très peu d'entreprises industrielles ou de services approchent. Les ventes progressent de 13,9 % par an en moyenne sur cinq ans, le nombre d'actions diminue grâce à des rachats réguliers, la marge de free cash flow (la part du chiffre d'affaires qui se transforme en cash réellement disponible) atteint 16,4 %, et les marges s'élargissent dans la durée : les revenus croissent plus vite que les coûts. Sa dette nette se rembourserait en seulement 1,3 année de free cash flow, un bilan très solide. Dernier point technique mais parlant : son délai net d'encaissement (le temps entre le moment où Microsoft paie ses fournisseurs et celui où elle encaisse ses propres clients) est négatif, à -52 jours. Cela veut dire que Microsoft encaisse l'argent de ses clients (notamment via les abonnements cloud et logiciels payés d'avance) avant même d'avoir à régler ses propres factures, un mécanisme de trésorerie favorable qu'on retrouve aussi chez Costco ou Amazon.
Mais deux critères échouent, et ce sont précisément eux qui racontent l'histoire du trimestre. D'abord, la croissance du free cash flow par action ne progresse que de 3,5 % par an en moyenne sur cinq ans, largement sous le seuil de 10 % que je considère comme sain. Ensuite, et c'est le signal le plus parlant : seulement 44 % des bénéfices comptables de Microsoft se transforment en cash réellement disponible, contre un objectif de plus de 100 % dans mon filtre. Ce ratio de conversion mesure très concrètement la part du bénéfice affiché qui finit vraiment dans les caisses de l'entreprise plutôt que d'être aussitôt réinjectée ailleurs. À 44 %, cela signifie que plus de la moitié du profit que Microsoft déclare chaque trimestre repart immédiatement dans la construction de centres de données et l'achat de puces, avant même d'avoir eu le temps de s'accumuler en trésorerie disponible.
Ce n'est pas le signe d'une entreprise qui s'affaiblit : c'est le signe d'une entreprise qui a délibérément choisi de transformer une rentabilité déjà exceptionnelle en un pari d'infrastructure d'une ampleur inédite. Il y a encore deux ou trois ans, le free cash flow par action de Microsoft progressait confortablement au-dessus de 10 % par an. Ce qui a changé, ce n'est pas la qualité sous-jacente du business, c'est l'ampleur du chèque que la direction a décidé d'engager sur l'IA.
Le prix : cher dans l'absolu, sans repère historique fiable ce trimestre
Microsoft se valorise actuellement 53,4 fois son free cash flow des douze derniers mois (le P/FCF, c'est-à-dire combien d'années de ce cash actuel il faudrait pour rembourser le prix payé aujourd'hui pour l'action). Je n'ai pas pu, ce trimestre, récupérer l'historique complet sur cinq ans de ce multiple pour Microsoft afin de le situer précisément dans son propre percentile de valorisation (un accès de données restreint côté site ce run) : je préfère le dire honnêtement plutôt que d'avancer un chiffre que je n'ai pas vérifié. Ce que je peux affirmer avec certitude, en revanche, c'est que 53,4 fois le cash pour une croissance de ce même cash par action de seulement 3,5 % par an est une combinaison arithmétique exigeante, quel que soit l'angle sous lequel on la regarde. Je notais déjà ce même Microsoft comme cher dans mon comparatif des multiples de la tech (MSFT, GOOGL, ADBE) publié en juin, à un niveau de valorisation proche de celui d'aujourd'hui.
Mon modèle de prix d'achat raisonnable, qui projette la trajectoire réelle de génération de cash par action des cinq dernières années, ressort à 115,77 dollars, contre un cours actuel de 390,54 dollars : une surcote d'environ 70 %. Toute la thèse haussière repose sur un seul pari : que le capex actuel achète une croissance pluriannuelle d'Azure et de l'IA qui finira par se traduire en cash par action, et pas seulement en coût aujourd'hui. Si ce pari se matérialise, le prix d'aujourd'hui semblera rétrospectivement raisonnable. S'il déçoit, ou si la demande d'infrastructure IA ralentit à l'échelle du secteur, ce prix laisse très peu de marge d'erreur.
Ce qui pourrait dérailler la thèse
Le risque le plus direct est celui du retour sur investissement du capex : si la demande de cloud et d'IA générative ralentit, ou si l'industrie dans son ensemble surinvestit dans les centres de données (un risque régulièrement évoqué par les analystes sur l'ensemble du secteur), Microsoft se retrouverait avec des actifs coûteux et une trésorerie durablement comprimée. Le risque concurrentiel reste réel face à Amazon Web Services et Google Cloud, qui investissent eux aussi massivement. Enfin, la position dominante de Microsoft dans l'IA d'entreprise attire une attention réglementaire croissante aux Etats-Unis comme en Europe, un risque diffus mais à surveiller sur plusieurs années.
- Microsoft a publié le 29 juillet 2026 un chiffre d'affaires de 90 Md$ (+18 %), porté par Azure qui dépasse pour la première fois 100 Md$ de revenus annualisés (+43 % sur un an).
- Mon filtre qualité valide 8 critères sur 10 : marge nette 39,3 %, croissance des ventes 13,9 %/an, dette quasi nulle (1,3 an de FCF). Deux critères échouent : croissance du FCF par action seulement 3,5 %/an et conversion des bénéfices en cash à 44 % (contre >100 % visé), signe d'un capex IA d'une ampleur inédite (115,95 Md$ sur l'exercice, +80 % sur un an, ~190 Md$ prévus en 2026).
- Le P/FCF de 53,4 fois est cher dans l'absolu, combiné à une croissance du cash par action de seulement 3,5 %/an. Mon modèle vise un prix d'achat de 115,77 $ contre un cours de 390,54 $, une surcote d'environ 70 %.
- Le vrai pari : le capex IA actuel se traduira-t-il en croissance durable du cash par action, ou le marché paie-t-il aujourd'hui une promesse qui reste à prouver ? Ce n'est pas un conseil en investissement, fais tes propres recherches.
FAQ
C'est quoi la conversion des bénéfices en cash, et pourquoi Microsoft n'est qu'à 44 % ?
C'est la part du bénéfice comptable qui se transforme réellement en cash disponible dans les caisses de l'entreprise. À 44 %, Microsoft dépense l'essentiel de son profit en investissements (centres de données, puces IA) avant qu'il n'ait le temps de s'accumuler en trésorerie. Ce n'est pas un signe de faiblesse, mais un choix délibéré de réinvestissement massif.
Pourquoi Azure qui dépasse 100 milliards de dollars ne suffit-il pas à rendre l'action bon marché ?
Parce que le prix d'une action ne dépend pas seulement de la taille du chiffre d'affaires, mais de ce que le marché paie déjà pour cette croissance. À 53,4 fois le free cash flow, une grande partie de cette réussite est déjà intégrée dans le cours, ce qui explique pourquoi mon modèle juge l'action environ 70 % au-dessus d'un prix d'achat raisonnable.
Faut-il s'inquiéter des 190 milliards de dollars de capex prévus par Microsoft en 2026 ?
Ce n'est ni bon ni mauvais en soi : c'est un pari. Si cette infrastructure génère la croissance de revenus attendue, le capex actuel se justifiera a posteriori. Le vrai risque serait un ralentissement de la demande d'IA à l'échelle du secteur, qui laisserait Microsoft avec des actifs coûteux et moins rentables que prévu.
Faut-il acheter l'action Microsoft après ces résultats ?
La qualité du business reste réelle (8 critères sur 10), mais mon modèle de prix d'achat raisonnable vise 115,77 $ contre un cours de 390,54 $, soit une surcote d'environ 70 %. Acheter à ce prix revient à parier que le capex IA actuel se traduira en croissance durable du cash par action. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).