Abbott Laboratories (ABT) : résultats T2 2026, mon verdict
2026-07-18 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
ABT : voir l'analyse complète sur Lubin Investment
Abbott vient de relever ses prévisions annuelles pour 2026, porté par la forte croissance de son capteur de glycémie FreeStyle Libre. Mais mon filtre qualité ne valide que la moitié de mes critères, pour une raison précise liée à la croissance des cinq dernières années. Le prix, lui, raconte une histoire inverse à ce qu'on attendrait d'une action aussi connue. Voici comment je le lis.
Un trimestre qui bat les attentes, et des prévisions relevées
Abbott Laboratories a publié le 16 juillet 2026 les résultats de son deuxième trimestre 2026 : un bénéfice par action ajusté de 1,31 dollar, légèrement au dessus des 1,28 dollar attendus par les analystes, pour un chiffre d'affaires de 12,59 milliards de dollars, quasiment en ligne avec le consensus. Les ventes progressent de 13,0 % en données publiées et de 4,8 % à données comparables (c'est à dire une fois neutralisés les effets de change et les acquisitions ou cessions récentes, pour ne mesurer que la vraie croissance organique du métier existant). Le directeur général Robert Ford a qualifié ce trimestre d'accélération par rapport aux deux précédents.
Dans la foulée, Abbott a relevé sa fourchette de bénéfice par action ajusté pour toute l'année 2026 à 5,45-5,60 dollars, contre 5,38-5,58 dollars précédemment, tout en maintenant son objectif de croissance des ventes comparables entre 6,5 % et 7,5 % pour l'année. L'entreprise a aussi reversé 2,1 milliards de dollars à ses actionnaires ce trimestre, sous forme de dividendes et de rachats d'actions combinés.
Le vrai moteur du trimestre : le capteur de glycémie FreeStyle Libre
Le segment Dispositifs Médicaux est le vrai moteur de ce trimestre, avec une croissance organique de 14,2 %, tirée par plusieurs familles de produits (diabète, électrophysiologie cardiaque, cœur structurel, neuromodulation). Le nom qui revient le plus est le FreeStyle Libre, le capteur de glycémie porté sur la peau qui mesure en continu le taux de sucre dans le sang sans piqûre au doigt : ses ventes bondissent de 24,7 % en organique sur le trimestre, pour atteindre 1,3 milliard de dollars rien que sur ces trois mois, et l'ensemble de la famille de capteurs de glycémie en continu dépasse pour la première fois 2 milliards de dollars de ventes trimestrielles. En mai 2026, Abbott a aussi obtenu le marquage CE (l'autorisation de mise sur le marché européen) pour le Libre Duo, présenté comme le premier capteur portable au monde à mesurer à la fois le glucose et les corps cétoniques (des molécules produites par le corps quand il manque de sucre disponible, un indicateur utile notamment pour les diabétiques de type 1).
Le segment Diagnostics apporte un signal complémentaire intéressant : les ventes du laboratoire central aux États-Unis progressent de 7,5 %, un chiffre que Robert Ford présente comme un indicateur utile de l'activité de santé au sens large, parce qu'un hôpital ou un laboratoire qui prescrit plus de tests reflète en général une activité médicale globale en hausse, pas seulement la performance d'Abbott elle même. Sur les douze prochains mois, l'entreprise prévoit aussi le lancement américain de plusieurs nouveaux produits : le Libre Duo, l'Amulet 360 (un dispositif qui obture l'appendice auriculaire gauche du cœur pour réduire le risque d'accident vasculaire cérébral chez certains patients souffrant de fibrillation auriculaire), un système de lithotritie intravasculaire coronaire (une technique qui fragmente les dépôts calcaires dans les artères du cœur à l'aide d'ondes de choc avant la pose d'un stent), et le cathéter TactiFlex Duo PFA (un outil utilisé pour traiter certains troubles du rythme cardiaque).
Pourquoi mon filtre qualité ne s'enthousiasme qu'à moitié
Voici le paradoxe de ce trimestre : les nouvelles sont bonnes, mais mon filtre qualité ne valide que 5 critères sur 10 pour Abbott, un score nettement plus modeste que celui d'ASML ou de Morgan Stanley que je viens d'analyser sur la même période. La raison tient à la façon dont mon filtre regarde la croissance sur cinq ans plutôt que sur un seul trimestre, et c'est un cas d'école pour comprendre pourquoi une seule bonne période ne suffit pas à juger une entreprise.
Le chiffre d'affaires d'Abbott est passé de 34,6 milliards de dollars en 2020 à 43,1 milliards en 2021, une envolée liée à la vente massive de tests de dépistage du Covid-19 pendant la pandémie. Une fois cette demande exceptionnelle retombée, le chiffre d'affaires a reculé à 43,7 milliards en 2022 puis 40,1 milliards en 2023, avant de remonter progressivement à 42,0 milliards en 2024 et 44,3 milliards en 2025, un nouveau record mais seulement légèrement au dessus du pic artificiel de 2021. Mesurée sur cette fenêtre de cinq ans, la croissance moyenne ressort à seulement 0,6 % par an, ce qui explique le critère en échec dans mon filtre, alors même que la dynamique récente (4,8 % de croissance organique ce trimestre, en accélération) est bien meilleure que ce chiffre sur cinq ans ne le laisse penser. C'est l'exemple typique d'un effet de base : la bosse artificielle du Covid écrase la vraie tendance de la période qui suit.
Le bénéfice net raconte une histoire tout aussi trompeuse si on la prend au pied de la lettre : 4,5 milliards de dollars en 2020, 7,1 milliards en 2021, 6,9 milliards en 2022, 5,7 milliards en 2023, puis un bond à 13,4 milliards en 2024 avant de retomber à 6,5 milliards en 2025. Ce pic de 2024 vient en bonne partie de près de 6 milliards de dollars de gains non liés à l'activité courante cette année là, un montant exceptionnel qui gonfle mécaniquement le chiffre sans refléter une vraie amélioration du métier. C'est précisément pour éviter ce genre de piège que je préfère regarder le free cash flow, moins sujet à ces à coups comptables ponctuels : 5,7 milliards de dollars en 2020, 8,6 milliards en 2021, 7,8 milliards en 2022, 5,1 milliards en 2023, 6,4 milliards en 2024, puis 7,4 milliards en 2025, un nouveau record qui confirme que le trimestre récent s'inscrit dans une vraie reprise, pas seulement un effet ponctuel.
Les autres points faibles à connaître avant d'investir
Deux autres critères méritent d'être expliqués plutôt que simplement listés. D'abord, le cycle de conversion du cash (le nombre de jours qui s'écoulent entre le moment où Abbott paie ses fournisseurs et celui où elle encaisse ses clients, une fois son stock pris en compte) ressort à 89 jours, un délai assez long qui immobilise du capital dans le fonctionnement courant de l'entreprise plutôt que de le libérer pour d'autres usages. C'est un trait assez commun aux fabricants diversifiés de dispositifs médicaux, qui doivent maintenir des stocks importants partout dans le monde et composent avec les délais de paiement souvent longs des hôpitaux et systèmes de santé publics. Ensuite, la dette nette rapportée au free cash flow ressort à 4,07, ce qui signifie qu'il faudrait un peu plus de quatre années de cash généré pour rembourser l'intégralité de la dette nette si Abbott n'utilisait cet argent à rien d'autre : un niveau modéré, au dessus de mon seuil de prudence de 3 ans, mais qui reste gérable pour une entreprise de cette stabilité et de cette taille.
Le prix : une vraie surprise pour une action aussi connue
C'est là que le trimestre devient vraiment intéressant. Le P/FCF (le prix de l'action rapporté au free cash flow qu'elle génère) ressort à 26,3 fois, un niveau que mon filtre qualifie de tendu plutôt que de bon marché pris isolément. Mais mon modèle de prix d'achat raisonnable, qui projette le free cash flow par action sur cinq ans, place le prix d'entrée conseillé pour Abbott à 122,55 dollars, contre un cours actuel de 100,68 dollars. Autrement dit, selon ce calcul, Abbott se négocie aujourd'hui sous mon prix d'achat raisonnable, l'un des rares cas parmi les grandes capitalisations que je couvre où ce critère précis passe au vert plutôt qu'au rouge.
Comment concilier un P/FCF qui semble élevé et un modèle qui dit que le prix est raisonnable ? Les deux mesurent des choses différentes. Le P/FCF de 26,3 fois compare le prix d'aujourd'hui au cash généré sur les douze derniers mois seulement, une photo instantanée. Mon modèle de prix d'achat, lui, projette la croissance attendue du free cash flow par action sur cinq ans avant d'actualiser une valeur de sortie : il capture donc la reprise récente (le rebond de 5,1 à 7,4 milliards de dollars de free cash flow depuis 2023) et parie qu'elle se poursuit, ce que confirment justement les prévisions relevées cette semaine et l'accélération organique de 4,8 % ce trimestre. Pour une action de qualité seulement moyenne dans mon filtre (5 critères sur 10), payer un prix jugé raisonnable plutôt qu'une prime est exactement la configuration à privilégier : la qualité moyenne rend une marge de sécurité sur le prix d'autant plus utile.
Comment je le lis
Abbott illustre bien pourquoi je sépare toujours qualité et prix avant de trancher. Sur la qualité, le trimestre est bon et les prévisions relevées, portées par un vrai succès produit avec le FreeStyle Libre, mais la croissance sur cinq ans reste plombée par le contrecoup post-Covid, ce qui explique un score qui laisse à désirer face aux dossiers les plus qualitatifs de mon filtre. Sur le prix, en revanche, Abbott se négocie aujourd'hui sous mon estimation de juste valeur, une configuration plus rare qu'on ne le pense pour une action grand public de cette notoriété. C'est exactement ce genre de nuance, qualité moyenne mais prix honnête plutôt que qualité parfaite mais prix tendu comme pour ASML, que je voulais pouvoir comparer en quelques secondes pour n'importe quelle action, ce qui m'a poussé à construire mon outil d'analyse. Tu peux retrouver le détail chiffré sur la page d'analyse d'Abbott et ma méthodologie.
- Résultats du T2 2026 (16 juillet) au dessus des attentes : bénéfice par action ajusté de 1,31 dollar, ventes comparables en hausse de 4,8 %, prévisions annuelles de bénéfice relevées à 5,45-5,60 dollars par action.
- Le capteur de glycémie FreeStyle Libre porte la croissance : +24,7 % en organique à 1,3 milliard de dollars ce trimestre, toute la famille de capteurs dépassant pour la première fois 2 milliards de dollars sur trois mois.
- Qualité seulement moyenne (5 critères sur 10) : la croissance sur 5 ans (0,6 %/an) est plombée par le contrecoup post-Covid des tests de dépistage, malgré une vraie accélération récente (4,8 % ce trimestre) et un free cash flow qui atteint un nouveau record en 2025 (7,4 milliards de dollars).
- Le bénéfice net 2024 (13,4 milliards de dollars) est gonflé par près de 6 milliards de dollars de gains exceptionnels : je préfère le free cash flow, plus fiable, pour juger la vraie trajectoire.
- Fait rare pour une action de cette notoriété : au P/FCF de 26,3 fois, le cours (100,68 $) se situe sous mon prix d'achat raisonnable (122,55 $) selon mon modèle basé sur la reprise récente du free cash flow.
FAQ
Pourquoi le FreeStyle Libre est il si important pour Abbott ?
C'est un capteur porté sur la peau qui mesure en continu le taux de sucre dans le sang sans piqûre au doigt. Ses ventes progressent de 24,7 % en organique ce trimestre à 1,3 milliard de dollars, et c'est le principal moteur de croissance du segment Dispositifs Médicaux, le plus dynamique d'Abbott.
Pourquoi la croissance d'Abbott sur 5 ans ne paraît elle que de 0,6 % par an alors que le trimestre est bon ?
Le chiffre d'affaires a bondi en 2020-2021 grâce aux tests de dépistage Covid-19, puis a reculé une fois cette demande retombée en 2022-2023, avant de remonter progressivement. Mesurée sur cette fenêtre, la moyenne écrase la vraie dynamique récente, qui est meilleure que ce chiffre ne le suggère (accélération organique de 4,8 % ce trimestre).
Pourquoi le bénéfice net 2024 d'Abbott (13,4 milliards de dollars) n'est il pas un bon indicateur ?
Ce chiffre est gonflé par près de 6 milliards de dollars de gains exceptionnels sans lien avec l'activité courante cette année là. Le free cash flow, moins sujet à ce type d'à-coup comptable, est une mesure plus fiable de la vraie trajectoire de rentabilité.
Comment un P/FCF de 26,3 fois peut il coexister avec un prix jugé raisonnable ?
Le P/FCF compare le prix actuel au cash généré sur les douze derniers mois, une photo instantanée. Mon modèle de prix d'achat projette la croissance attendue du free cash flow sur cinq ans : il capture la reprise récente du cash généré par Abbott et parie qu'elle se poursuit, ce que confirment les prévisions relevées cette semaine.
Faut il acheter l'action Abbott après ces résultats ?
La qualité n'est que moyenne dans mon filtre (5 critères sur 10, pénalisée par la croissance sur 5 ans), mais le prix se situe sous mon estimation de juste valeur selon mon modèle. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.
ABT : voir l'analyse complète sur Lubin Investment
À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).