Johnson & Johnson (JNJ) : résultats T2 2026, mon verdict
2026-07-17 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
JNJ : voir l'analyse complète sur Lubin Investment
Johnson & Johnson a battu les attentes et relevé ses prévisions annuelles, mais l'action a reculé le jour de la publication à cause d'un segment qui a déçu. C'est ma première analyse complète de ce géant de la santé : une entreprise de grande qualité, un dividende augmenté 64 années de suite, mais un prix qui n'a plus rien de bon marché aujourd'hui.
Un géant de la santé que je n'avais pas encore couvert
Johnson & Johnson est aujourd'hui une entreprise à deux branches : Innovative Medicine, la pharmacie, et MedTech, les dispositifs médicaux (chirurgie, cardiologie, orthopédie). Ce n'était pas toujours le cas. Jusqu'en 2023, l'entreprise possédait aussi une division grand public, propriétaire de marques connues de tous comme Tylenol, Listerine ou Neutrogena. Cette division a été scindée sous le nom de Kenvue, cotée séparément en bourse. Ce recentrage stratégique explique une bizarrerie visible dans les séries longues de chiffre d'affaires de JNJ : une chute apparente d'environ 95 à 85 milliards de dollars entre 2022 et 2023. Ce n'est pas un accident de gestion ni un signe de déclin, c'est le résultat mécanique d'un choix de recentrage sur la pharmacie et les dispositifs médicaux, deux métiers à marges plus élevées.
Le 15 juillet 2026, Johnson & Johnson a publié un chiffre d'affaires trimestriel de 25,31 milliards de dollars, en hausse de 6,6 % sur un an, au dessus des 25,05 milliards attendus par les analystes, et a même relevé ses prévisions pour l'année entière. L'entreprise vise pour la première fois de son histoire de 140 ans plus de 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel en 2026. Et pourtant, l'action a reculé le jour de la publication. Comprendre pourquoi est tout l'intérêt de cet article, et une bonne leçon sur la façon dont le marché réagit parfois à un détail plutôt qu'à une moyenne d'ensemble.
Pourquoi l'action baisse malgré un relèvement des prévisions
La division Innovative Medicine a progressé de 7,8 % à 16,38 milliards de dollars, au dessus des 16,1 milliards attendus, portée par plusieurs médicaments phares. Darzalex, le plus gros produit de l'entreprise, dépasse pour la première fois les 4 milliards de dollars sur un seul trimestre, en hausse de 17,6 %, un traitement utilisé contre le myélome multiple, un cancer du sang. Tremfya, un traitement contre certaines maladies inflammatoires, a dépassé pour la première fois les 2 milliards de dollars de ventes trimestrielles. Ces deux médicaments et quelques autres (Carvykti, Tecvayli) ont largement dépassé les attentes, même si Erleada, un traitement contre le cancer de la prostate, est resté en dessous des prévisions.
Le vrai problème du trimestre vient d'ailleurs : la division MedTech a affiché 8,93 milliards de dollars de ventes, en hausse de 4,5 %, mais légèrement en dessous des 8,97 milliards attendus par les analystes. La direction financière a expliqué que les ventes d'Abiomed, la filiale spécialisée dans les pompes cardiaques miniatures Impella (des dispositifs implantés temporairement pour assister le cœur pendant des interventions coronaires à haut risque), avaient reculé de 2 % après qu'une étude britannique a jeté le doute sur l'adéquation de ces pompes pour certains patients à haut risque. Ce recul, sur un segment plus petit que la pharmacie mais présenté comme un relais de croissance à long terme, a davantage pesé sur le cours que le dépassement d'ensemble de la division pharmaceutique n'a rassuré. C'est une réaction de marché instructive : un investisseur ne juge pas seulement une moyenne, il regarde aussi si chaque morceau de la thèse tient toujours, et une déception ciblée sur un segment jugé stratégique peut faire plus de dégâts qu'un beau chiffre global n'apporte de réconfort.
Le moat de Johnson & Johnson : brevets, échelle réglementaire, diversification
L'avantage concurrentiel d'un laboratoire pharmaceutique comme Johnson & Johnson tient d'abord aux brevets : pendant la durée de protection d'un médicament, généralement une vingtaine d'années depuis le dépôt, aucun concurrent ne peut vendre une copie, ce qui donne à l'entreprise un vrai pouvoir de fixation des prix sur ce produit. Mais ce moat a une date d'expiration : le jour où le brevet tombe, des génériques ou biosimilaires moins chers peuvent arriver et éroder les ventes en quelques années, un phénomène que l'industrie appelle la falaise des brevets. C'est pour ça qu'une entreprise pharmaceutique doit constamment renouveler son portefeuille : les bons chiffres de Darzalex et Tremfya ce trimestre sont exactement ce renouvellement en action.
Le deuxième pilier du moat est la barrière réglementaire : faire approuver un nouveau médicament ou un nouveau dispositif médical par les autorités de santé coûte des centaines de millions de dollars et prend souvent plus de dix ans, un obstacle que très peu d'acteurs peuvent franchir à l'échelle mondiale. Le troisième pilier est la diversification : avec des dizaines de médicaments et de dispositifs vendus dans le monde entier, un seul échec clinique ou une seule falaise de brevet ne met jamais l'ensemble de l'entreprise en danger, contrairement à une biotech qui ne vit que d'un seul produit. Côté direction, Joaquin Duato dirige l'entreprise depuis janvier 2022 et en est le président depuis janvier 2023, avec pour objectif affiché de franchir pour la première fois la barre des 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel dès 2026.
Pourquoi je fais davantage confiance au cash généré qu'au bénéfice comptable, ici
Pour une banque, j'explique souvent pourquoi je me méfie du free cash flow et je préfère le bénéfice net. Pour Johnson & Johnson, c'est exactement l'inverse. Regarde le bénéfice net comptable des dernières années : 14,7 milliards de dollars en 2021, 20,9 milliards en 2022, un bond soudain à 35,15 milliards en 2023, une chute à 14,07 milliards en 2024, puis une remontée à 26,8 milliards en 2025. Ces montagnes russes n'ont rien à voir avec l'activité réelle de l'entreprise d'une année sur l'autre : le pic de 2023 vient en grande partie d'un gain comptable exceptionnel lié à la scission de Kenvue, et la chute de 2024 vient de provisions passées pour couvrir le coût attendu du litige sur le talc, l'accusation selon laquelle certains produits capillaires et cosmétiques d'ancienne génération de l'entreprise auraient contribué à des cancers. Ce litige reste ouvert : 68 435 procès étaient en cours dans la procédure collective du New Jersey en juillet 2026, après le rejet en 2025 d'un projet d'accord de 8 milliards de dollars qui passait par une manœuvre de faillite controversée. Une médiation est en cours ce mois-ci pour tenter d'aboutir à un règlement global sur les demandes liées au cancer de l'ovaire.
Pendant que le bénéfice net comptable encaissait ces à-coups, le free cash flow de Johnson & Johnson est resté remarquablement stable : 20,2 milliards de dollars en 2021, 19,8 milliards en 2022, 17,2 milliards en 2023, 18,2 milliards en 2024, 19,8 milliards en 2025. Une bande étroite entre 17 et 20 milliards de dollars, année après année, malgré des provisions comptables et un gain de cession qui font grimper ou plonger le bénéfice net dans tous les sens. C'est exactement le genre de situation où le free cash flow rend service : il ignore les écritures comptables ponctuelles et ne mesure que le cash réellement encaissé et dépensé, un signal bien plus fiable ici du vrai pouvoir bénéficiaire de l'entreprise que le bénéfice net publié.
Qualité et prix : ce que mon filtre en dit
Mon filtre qualité valide 7 critères sur 10 pour Johnson & Johnson : marge nette de 21,5 %, nombre d'actions en baisse de 2,48 % par an, marges en expansion, et un rendement des capitaux propres tangibles de 22 %, un très bon niveau. La croissance des ventes sur 5 ans ressort à moins 0,1 % par an, un chiffre qui semble alarmant mais qui est mécaniquement tiré vers le bas par la scission de Kenvue, qui a réduit le chiffre d'affaires consolidé sans rapport avec la performance opérationnelle réelle des deux branches restantes. Le cycle de conversion de trésorerie (le nombre de jours entre le paiement des fournisseurs ou la production des stocks et l'encaissement des ventes) ressort à 116 jours, plus long que dans la plupart des secteurs, mais typique de la pharmacie, où les stocks de médicaments et les délais de remboursement des assureurs et des systèmes de santé publics allongent naturellement ce cycle.
Le vrai point d'attention est le prix. Le P/FCF de Johnson & Johnson ressort à 37,7 fois, ce qui place l'action au 99ᵉ percentile de son propre historique sur 5 ans : autrement dit, l'action n'a quasiment jamais été aussi chère par rapport à son propre cash généré au cours des cinq dernières années. Contrairement aux deux banques que je viens d'analyser sur ce même trimestre, où j'ai expliqué pourquoi je ne prends pas le modèle de prix de mon site au pied de la lettre, ici le free cash flow est justement la mesure la plus fiable : ce modèle mérite donc d'être pris au sérieux. Il place le prix d'achat raisonnable à 72,43 dollars, contre un cours de 253,04 dollars, une surcote de 71,4 %. Johnson & Johnson est aussi un Dividend King, une entreprise qui augmente son dividende chaque année depuis au moins 50 ans consécutifs : elle vient d'annoncer sa 64ᵉ hausse annuelle de suite, la plus longue série du secteur de la santé, avec un rendement de seulement 2,1 % et un taux de distribution de 60,8 % du bénéfice. Un rendement aussi bas pour un Dividend King est lui aussi un signe que le prix a couru plus vite que le dividende ces dernières années.
Ce que je surveille
Trois points à suivre : l'issue du litige sur le talc, dont l'ampleur financière finale reste incertaine tant qu'aucun règlement global n'est trouvé ; la capacité de la division MedTech à corriger le problème Abiomed et à revenir en ligne avec les attentes ; et la trajectoire vers l'objectif de 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel en 2026, une première historique pour l'entreprise si elle se confirme.
Comment je le lis
Pour une première couverture de Johnson & Johnson, ce trimestre illustre bien pourquoi je sépare toujours la qualité du prix, mais dans un sens inhabituel pour moi : la qualité ne fait ici presque aucun doute, portée par un portefeuille de médicaments qui se renouvelle (Darzalex, Tremfya) et un free cash flow remarquablement stable malgré des turbulences comptables. C'est le prix qui pose question : un P/FCF proche du plus haut de son propre historique sur 5 ans n'a plus rien de la décote qu'on associe généralement à un Dividend King. Contrairement à JPMorgan et Bank of America, que je viens d'analyser sur la même période et où je me méfie du modèle de prix basé sur le cash, ici je le prends au sérieux, et il dit que le marché ne fait plus de cadeau sur cette action. Tu peux retrouver le détail chiffré sur la page d'analyse de Johnson & Johnson et ma méthodologie.
- Chiffre d'affaires trimestriel de 25,31 milliards de dollars (+6,6 % sur un an), au dessus des attentes ; prévisions annuelles relevées, en route vers plus de 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2026, une première en 140 ans d'histoire.
- L'action a pourtant reculé le jour de la publication : la division MedTech (8,93 milliards de dollars, +4,5 %) a manqué les attentes à cause d'un recul des ventes du système cardiaque Impella, pendant que la pharmacie (Innovative Medicine, +7,8 %) surprenait positivement grâce à Darzalex et Tremfya.
- Contrairement aux banques, le free cash flow de JNJ est ici la mesure la plus fiable : stable entre 17 et 20 milliards de dollars par an depuis 2021, pendant que le bénéfice net comptable a été perturbé par la scission de Kenvue en 2023 et par les provisions pour le litige sur le talc.
- Mon filtre valide 7 critères sur 10 : marge nette de 21,5 %, rendement du capital de 22 %, mais croissance des ventes en apparence négative sur 5 ans, biaisée par la scission de Kenvue.
- Le P/FCF de 37,7 fois place JNJ près du point le plus cher de son propre historique sur 5 ans (99ᵉ percentile) : une entreprise de grande qualité, un Dividend King avec 64 années de hausses consécutives, mais à un prix qui n'a plus rien de bon marché aujourd'hui.
FAQ
Pourquoi le chiffre d'affaires de Johnson & Johnson semble avoir chuté en 2023 ?
Johnson & Johnson a scindé sa division grand public (Tylenol, Listerine, Neutrogena) sous le nom de Kenvue en 2023. Ce n'est pas un recul de l'activité, c'est un recentrage stratégique sur la pharmacie et les dispositifs médicaux, qui a mécaniquement réduit le chiffre d'affaires consolidé cette année-là.
Pourquoi l'action a baissé malgré un relèvement des prévisions ?
La division MedTech a manqué les attentes des analystes (8,93 contre 8,97 milliards de dollars), pénalisée par un recul des ventes du système cardiaque Impella après une étude britannique. Le marché a davantage réagi à cette déception ciblée qu'au dépassement d'ensemble de la division pharmaceutique.
Qu'est-ce qu'un Dividend King ?
Un Dividend King est une entreprise qui augmente son dividende chaque année depuis au moins 50 ans consécutifs. Johnson & Johnson vient d'annoncer sa 64ᵉ hausse annuelle consécutive, la plus longue série du secteur de la santé.
Pourquoi je fais davantage confiance au free cash flow qu'au bénéfice net pour JNJ ?
Le bénéfice net de JNJ a été fortement perturbé par des éléments ponctuels ces dernières années : un gain comptable lié à la scission de Kenvue en 2023, puis des provisions liées au litige sur le talc en 2024. Le free cash flow, lui, est resté stable entre 17 et 20 milliards de dollars par an sur la même période, un signal plus fiable du vrai pouvoir bénéficiaire de l'entreprise.
Faut-il acheter l'action Johnson & Johnson après ces résultats ?
La qualité de l'entreprise est solide et confirmée par ce trimestre, mais le P/FCF de 37,7 fois place l'action près du point le plus cher de son propre historique sur 5 ans. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.
JNJ : voir l'analyse complète sur Lubin Investment
À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).