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Actions françaises de qualité : pourquoi les prix divergent

2026-09-02 ·

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Vingt et une actions françaises, de Cegedim à Hermès, valident 8 ou 9 de mes 10 critères de qualité. Leur prix en bourse va pourtant du très bon marché au très cher, un écart de plus de vingt fois. Aucune ne déclenche mon signal d'achat. La qualité ne dit rien du prix, et voici pourquoi.

Vingt et une actions françaises passent mon filtre qualité

Je juge chaque action sur dix critères financiers concrets, indépendamment de son pays ou de sa taille : est-elle rentable, ses ventes et son free cash flow augmentent-ils dans la durée, rachète-t-elle ses propres actions plutôt que de les diluer, sa dette reste-t-elle maîtrisable, son rendement du capital est-il solide. Je ne regarde jamais le prix à ce stade. La qualité et le prix sont deux questions séparées, et je réponds toujours à la première avant la seconde.

En appliquant ce filtre à l'ensemble des actions cotées à Paris, avec au moins 6 critères sur 10 validés, 21 noms ressortent aujourd'hui. Le plus petit, Klea Holding, pèse à peine 46 millions de dollars en bourse. Le plus gros, L'Oréal, en pèse plus de 200 milliards. Entre les deux, des noms que tout le monde croise sans forcément savoir qu'ils sont cotés, JCDecaux dans la rue ou Edenred dans les titres restaurant, et d'autres réservés aux initiés, comme Antin Infrastructure Partners ou Klea Holding. Voici les 21, classées par ce qu'elles coûtent aujourd'hui rapporté au cash qu'elles génèrent réellement chaque année.

EntrepriseSecteurNoteValorisation (P/FCF)
Cegedim (ALCGM)Données de santé8/101,8×
Lagardère (MMB)Médias8/102,4×
Catering International & Services (ALCIS)Services aux entreprises9/104,0×
AXA (CS)Assurance8/104,1×
Sogeclair (ALSOG)Aéronautique et défense8/105,5×
JCDecaux (DEC)Publicité extérieure8/105,8×
Edenred (EDEN)Avantages salariés9/106,9×
Vinci (DG)BTP et concessions9/108,0×
Lexibook (ALLEX)Loisirs8/108,7×
Publicis Groupe (PUB)Publicité8/109,2×
Klea Holding (ALKLH)Diagnostic médical9/1011,8×
Antin Infrastructure Partners (ANTIN)Gestion d'actifs8/1012,7×
74Software (74SW)Édition de logiciels8/1014,1×
Bureau Veritas (BVI)Conseil et certification8/1014,3×
Entech (ALESE)Énergies renouvelables9/1015,4×
Thales (HO)Aéronautique et défense8/1020,7×
Euronext (ENX)Infrastructure de marché8/1024,2×
L'Oréal (OR)Cosmétique9/1028,7×
Schneider Electric (SU)Équipements industriels8/1035,0×
Safran (SAF)Aéronautique et défense9/1035,2×
Hermès (RMS)Luxe8/1038,3×

Un facteur supérieur à vingt entre la moins chère et la plus chère

Le chiffre qui organise ce tableau s'appelle le P/FCF, pour price-to-free-cash-flow. C'est le prix de l'action divisé par le free cash flow, l'argent qui reste vraiment dans les caisses de l'entreprise une fois toutes les factures payées, investissements compris. Un P/FCF de 5 veut dire que tu paies aujourd'hui cinq années de ce cash pour posséder l'action. Plus le chiffre est bas, moins l'action est chère pour le cash qu'elle produit réellement. C'est la même logique que celle détaillée par Aswath Damodaran, professeur de valorisation à NYU, dont les travaux inspirent une partie de ma méthode.

Sur ces 21 actions, notées de façon quasi identique par mon filtre, le P/FCF va de 1,8 pour Cegedim à 38,3 pour Hermès. À qualité comparable, une action se valorise donc plus de vingt fois plus cher que l'autre rapportée à son cash. Ce n'est pas un accident isolé : trois autres noms, Lagardère, Catering International & Services et AXA, se valorisent eux aussi sous 5 fois leur free cash flow, pendant que Safran, Schneider Electric et Euronext se valorisent au-dessus de 20 fois. La qualité, telle que je la mesure, ne prédit donc à peu près rien du prix que le marché accepte de payer.

Pourquoi Cegedim, Lagardère et AXA restent bon marché

Cegedim est la moins chère des 21. C'est une entreprise française de données de santé, née en 1969, qui collecte et fait circuler l'information médicale pour les professionnels de santé, les mutuelles et les entreprises, à travers trois métiers : assurance santé et RH, professionnels de santé, cloud. Elle emploie un peu plus de 6 500 personnes dans près de 80 pays et a généré 654,5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2024, en hausse de 6,25 % sur un an. Sa capitalisation boursière, environ 146 millions d'euros, en fait une micro-capitalisation, trop petite pour la plupart des gérants institutionnels, qui doivent respecter des règles de liquidité minimale avant même d'ouvrir ses comptes. C'est cette taille, pas un défaut caché, qui explique une grande partie de la décote.

Lagardère, qui possède notamment les librairies Relay et le magazine Elle, est dans une situation différente mais qui aboutit au même résultat : un prix bas malgré des ventes en croissance de 16,2 % par an en moyenne. Depuis que Vivendi, contrôlé par la famille Bolloré, a finalisé la prise de contrôle du groupe après une offre publique d'achat lancée en 2022, il détient environ 60 % du capital de Lagardère. Quand un actionnaire majoritaire tient une telle part, les actionnaires minoritaires ont peu de poids sur les décisions de gestion, les fusions ou la distribution du capital. Le marché applique alors ce qu'on appelle une décote de contrôle : un prix plus bas pour compenser l'absence de pouvoir réel des autres actionnaires, même si l'activité sous-jacente se porte bien.

AXA illustre un troisième mécanisme, propre à l'assurance : le float. Un assureur encaisse les cotisations de ses clients aujourd'hui et ne paie les sinistres que plus tard, parfois des années après pour l'assurance vie. Entre les deux, il investit cet argent qui ne lui appartient pas encore. Ce float ressemble à une dette dans un bilan classique, mais ce n'en est pas une, et c'est justement ce qui rend beaucoup d'investisseurs méfiants envers le secteur, qu'ils jugent opaque. Pourtant, au premier semestre 2026, AXA a publié un résultat opérationnel de 4,5 milliards d'euros, en hausse de 4 % sur un an, avec +6 % sur l'assurance dommages et +11 % sur la vie et la santé, pour 66,3 milliards d'euros de revenus. La rentabilité progresse, le prix reste comprimé par cette méfiance structurelle envers le secteur.

Pourquoi Hermès et Vinci se valorisent bien plus cher

À l'autre bout du classement, Hermès est la plus chère des 21. La maison de maroquinerie et de mode augmente ses prix presque chaque année, sur une clientèle qui accepte de payer plus pour un sac plutôt que d'attendre une baisse, parfois via une liste d'attente. C'est un pouvoir de fixation des prix presque sans équivalent dans le commerce de détail. Sur cinq ans, ses ventes progressent de 15,5 % par an en moyenne et sa marge de free cash flow atteint 26,3 %, ce qui veut dire que sur 100 euros de ventes, plus de 26 finissent en cash réellement disponible. Le marché paie cette rareté organisée au prix fort, 38,3 fois le free cash flow, contre 1,8 pour Cegedim.

Vinci illustre un deuxième ressort, différent : la concession. Quand l'État confie à Vinci la construction et l'exploitation d'une autoroute ou d'un aéroport pour plusieurs décennies, en échange d'un investissement initial, l'entreprise collecte ensuite des péages ou des redevances pendant toute la durée du contrat, sans concurrent sur ce tronçon précis. En juillet 2026, Vinci a d'ailleurs été désignée concessionnaire pressenti de la future autoroute A154-A120, un nouvel axe de 97 kilomètres à l'ouest de Paris, pour une durée de 35 ans. Ce type de contrat vaut plus cher aux yeux du marché qu'une activité de croissance rapide mais incertaine, parce que le revenu, lui, est quasiment garanti sur des décennies. Le trafic sur les autoroutes existantes a pourtant reculé de 2,9 % au premier semestre 2026, pénalisé par le prix du carburant et des épisodes de canicule, sans que cela n'entame la confiance du marché : un semestre de trafic en baisse ne remet pas en cause un contrat de 35 ans.

Pourquoi aucune de ces 21 actions ne déclenche mon signal d’achat

Mon site calcule, pour chaque action, un signal que j'appelle opportunité. Il ne se déclenche que si deux conditions sont réunies en même temps : le P/FCF doit être sous un seuil absolu ET sous le dixième percentile de l'historique propre du titre sur cinq ans, c'est-à-dire parmi les niveaux les plus bas jamais atteints par cette action précise. La première condition seule ne suffit pas : une action peut sembler bon marché dans l'absolu tout en étant chère par rapport à son propre passé.

Sur ces 21 françaises, aucune ne coche les deux cases en même temps aujourd'hui, y compris Cegedim malgré son P/FCF de 1,8. Mon modèle affiche même, pour Cegedim, un prix d'achat théorique très supérieur au cours actuel, ce qui donnerait une décote de plusieurs centaines de pour cent si on le prenait au pied de la lettre. Je me méfie de ce genre de chiffre extrême : sur une micro-capitalisation au free cash flow ponctuellement compressé, un tel écart dit surtout que le modèle extrapole une base de cash trop étroite, pas qu'il existe une vraie aubaine à ce prix. Un P/FCF bas n'est jamais un signal d'achat en soi, seulement un point de départ pour creuser.

Ce que je fais de ce classement

Je ne transforme jamais ce type de tableau en liste d'achat automatique. Ce qui en ressort, c'est plutôt une carte : 21 noms qui méritent un vrai regard, avec pour chacun une raison différente de coûter ce qu'il coûte, taille, structure de contrôle, opacité sectorielle ou pouvoir de marque. La suite du travail, ticker par ticker, c'est exactement ce que mon site fait pour n'importe quelle action française ou étrangère, séparer la qualité du prix, et donner un prix d'achat raisonnable plutôt qu'un avis vague.

C'est exactement ce que je voulais pouvoir faire en quelques secondes pour n'importe quelle action cotée en France, alors j'ai construit mon site d'investissement pour ça.

En cinq points

FAQ

C'est quoi le P/FCF, le ratio utilisé dans ce classement ?

Le P/FCF (price-to-free-cash-flow) compare le prix d'une action au free cash flow qu'elle génère chaque année, l'argent qui reste vraiment disponible une fois toutes les factures et tous les investissements payés. Un P/FCF de 10 veut dire que tu paies dix années de ce cash pour posséder l'action. Plus il est bas, moins l'action est chère pour le cash réellement produit.

Pourquoi une action de qualité peut-elle rester bon marché pendant longtemps ?

Pour des raisons souvent indépendantes de la qualité du business : une capitalisation trop petite pour attirer les grands investisseurs, comme Cegedim, un actionnaire majoritaire qui réduit le pouvoir des minoritaires, comme Lagardère, ou un secteur jugé opaque, comme l'assurance pour AXA. Le marché prend en compte bien plus que les seuls résultats financiers.

Qu'est-ce que le signal d'achat de mon modèle, et pourquoi ne se déclenche-t-il pour aucune de ces 21 actions ?

Il exige un P/FCF sous un seuil absolu ET sous le dixième percentile de l'historique propre du titre sur cinq ans. Sur ces 21 françaises, aucune ne remplit les deux conditions à la fois aujourd'hui, y compris les moins chères en apparence, dont le prix bas s'explique par des facteurs structurels plutôt que par une vraie occasion de marché.

Ces 21 actions sont-elles éligibles au PEA ?

La grande majorité, oui : une action d'une entreprise ayant son siège dans l'Union européenne, cotée sur un marché réglementé ou organisé comme Euronext Paris ou Euronext Growth, est éligible au PEA. C'est le cas des 21 sociétés de ce classement, toutes cotées à Paris.

Faut-il acheter la moins chère du classement, Cegedim ?

Pas seulement parce qu'elle affiche le P/FCF le plus bas. Mon modèle ne déclenche pas de signal d'achat sur Cegedim : sa taille réduit sa liquidité, et l'écart de valorisation qu'affiche mon modèle est si extrême qu'il mérite d'être vérifié en détail avant d'être pris au sérieux, pas suivi tel quel. Ceci n'est pas un conseil en investissement, fais tes propres recherches.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).