Coca-Cola (KO) ou PepsiCo (PEP) : le marché tranche
2026-09-16 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Coca-Cola grimpe de 29 % en 2026 sur un effet Coupe du Monde ponctuel, quand PepsiCo recule de 2 % à cause d'un ralentissement de Frito-Lay. Ma grille les note presque pareil (6/10 contre 5/10), mais mon modèle juge les deux actions surcotées, pour des raisons opposées : un prix déjà cher pour l'une, une croissance trop faible pour l'autre.
Pourquoi le marché ne traite plus Coca-Cola et PepsiCo pareil ?
Coca-Cola et PepsiCo vendent depuis un siècle des boissons sucrées dans les mêmes rayons des mêmes supermarchés, et pourtant leurs actions viennent de prendre deux chemins opposés. Depuis le 1er janvier 2026, Coca-Cola (KO) a grimpé d'environ 29 %, quand PepsiCo (PEP) recule de 2 % et traite près de son plus bas sur douze mois. Mon filtre qualité et valorisation à 10 critères note les deux entreprises de façon proche (6 sur 10 pour Coca-Cola, 5 sur 10 pour PepsiCo), un écart bien trop faible pour expliquer, à lui seul, une telle divergence boursière.
La vraie explication tient en un mot pour chacune : Coca-Cola profite d'un catalyseur ponctuel exceptionnel, la Coupe du Monde de la FIFA, quand PepsiCo encaisse un ralentissement plus structurel de sa division snacking aux États-Unis. Deux histoires très différentes se cachent derrière deux notes de qualité proches, et c'est précisément ce genre d'écart que ma méthode est censée éclairer : séparer ce qui relève du narratif de marché de ce que disent réellement les chiffres.
D'où vient la hausse historique des volumes de Coca-Cola ?
Coca-Cola a publié fin juillet sa plus forte croissance de volume trimestrielle en 17 ans (+5 %), portée par la Coupe du Monde de la FIFA : l'effet sur la consommation de boissons dans les zones de rassemblement et les points de vente a dépassé les propres attentes internes de l'entreprise. Le chiffre d'affaires a bondi de 7 % à 13,38 milliards de dollars, et le groupe a relevé sa guidance annuelle de bénéfice par action à 9-10 % de croissance (le détail complet de ce trimestre est dans mon analyse dédiée à Coca-Cola).
Mais un tournoi mondial de football ne se rejoue pas chaque trimestre. Le marché semble avoir extrapolé un catalyseur ponctuel en tendance durable : le titre a grimpé de 6 % le jour de la publication et continue de monter depuis, alors que Coca-Cola vient elle-même d'annoncer un plan d'investissement de 10 milliards de dollars aux États-Unis d'ici 2030, un signal de confiance dans la demande locale plutôt qu'un simple sursaut lié au ballon rond. Reste que la comparaison de croissance du troisième trimestre face à ce deuxième trimestre exceptionnel sera mécaniquement bien plus difficile.
Pourquoi Frito-Lay tire PepsiCo vers le bas ?
PepsiCo a publié le 9 juillet des résultats plus nuancés : un chiffre d'affaires de 24,18 milliards de dollars (+6,4 %) qui a battu le consensus, mais un bénéfice par action de 2,20 dollars légèrement sous les attentes. Le vrai problème n'est pas dans le chiffre global, il est dans sa répartition géographique : les volumes internationaux progressent (+3 % pour les snacks, +2 % pour les boissons), mais aux États-Unis, la division Frito-Lay (Lay's, Doritos, Cheetos, Tostitos) stagne, malgré des baisses de prix pouvant atteindre 15 % sur ces mêmes marques pour tenter de relancer la demande (j'étais déjà entré dans le détail de ce trimestre dans mon analyse dédiée à PepsiCo).
Une partie du secteur lie ce ralentissement à l'essor des médicaments GLP-1 (Ozempic et ses équivalents) : leur adoption est passée de 9 % à 21 % des foyers américains entre janvier 2025 et mai 2026, et une partie de la presse spécialisée documente un marché du snacking qui ralentit en conséquence. Le directeur général Ramon Laguarta tempère : il dit ne pas observer d'impact « direct » de ces médicaments sur les ventes, et préfère pointer un consommateur américain sous pression budgétaire générale. Les deux explications ne s'excluent pas, et c'est précisément cette incertitude sur la cause qui pèse sur le titre : le marché n'aime pas ne pas savoir si un problème est passager ou structurel.
Que dit ma grille de qualité sur chacune des deux ?
Mon filtre à 10 critères valide aujourd'hui 6 critères sur 10 pour Coca-Cola et 5 sur 10 pour PepsiCo (voir la fiche complète de Coca-Cola et celle de PepsiCo), deux notes moyennes qui masquent des profils très différents. Coca-Cola affiche une marge nette confortable de 28,6 %, contre 10,8 % pour PepsiCo, presque trois fois moins. La raison tient à un mécanisme structurel : Coca-Cola vend le concentré et possède la marque, mais confie l'essentiel des usines d'embouteillage et de la logistique physique à des sociétés d'embouteillage partenaires, un modèle de franchise qui allège considérablement les coûts et le capital nécessaires. PepsiCo, à l'inverse, possède directement une bonne partie de ses usines de snacks et de boissons : un modèle plus intégré, avec plus de contrôle, mais aussi plus de charges fixes à absorber quand les volumes stagnent.
Ce même mécanisme explique une autre différence qui saute aux yeux : l'endettement net de Coca-Cola se rembourse en 2,49 années de free cash flow (mon seuil de tolérance est de 3 ans, donc validé), contre 4,79 années pour PepsiCo, jugé élevé par mon filtre. Un bilan plus léger, hérité du modèle de franchise, donne à Coca-Cola davantage de marge de manœuvre financière. Les deux entreprises échouent en revanche sur les deux mêmes critères : leur croissance des ventes sur 5 ans reste sous mon seuil de 10 % par an (5,1 % pour Coca-Cola, 3,7 % pour PepsiCo), et leurs marges se compriment plutôt qu'elles ne s'élargissent, signe que les coûts (ingrédients, logistique, marketing) grandissent plus vite que le chiffre d'affaires chez les deux.
| Critère | Coca-Cola (KO) | PepsiCo (PEP) |
|---|---|---|
| Note qualité (sur 10) | 6/10 | 5/10 |
| Marge nette | 28,6 % | 10,8 % |
| P/FCF actuel | 31,0× | 20,7× |
| Prix d’achat raisonnable vs cours | 10,74 $ vs 88,71 $ (surcote 87,9 %) | 64,56 $ vs 135,50 $ (surcote 52,4 %) |
| Endettement net (années de FCF) | 2,49 ans | 4,79 ans |
| Croissance des ventes (5 ans) | 5,1 %/an | 3,7 %/an |
| Performance boursière YTD (14/09/2026) | +29 % | -2 % |
Le cash généré est-il aussi fiable chez les deux ?
Un chiffre isolé de marge de free cash flow ne dit rien sans sa trajectoire. En reconstituant les quatre derniers trimestres glissants sur les deux dernières années à partir des données publiques du site, PepsiCo raconte une histoire simple et positive : sa marge de FCF est passée de 7,3 % il y a deux ans à 9,6 % aujourd'hui, une progression régulière malgré les difficultés de Frito-Lay. Le groupe génère donc, en proportion, un peu plus de cash disponible qu'avant, même en pleine tourmente sur les volumes.
Coca-Cola raconte une histoire beaucoup plus heurtée : sa marge de FCF trimestrielle glissante est passée de négative (-2,0 %) il y a un an à 25,5 % aujourd'hui, avec des creux et des pics violents entre les deux. Ce n'est pas un signe d'instabilité opérationnelle, c'est la conséquence du même mécanisme de franchise évoqué plus haut. Les cessions et rachats ponctuels de participations dans des sociétés d'embouteillage font entrer et sortir de gros montants de cash du bilan par à-coups, ce qui rend n'importe quelle lecture trimestre par trimestre trompeuse pour cette action précise. Il faut lire Coca-Cola sur cash annualisé, jamais sur un seul trimestre.
Laquelle des deux est la plus chère selon mon modèle ?
Sur le ratio brut, Coca-Cola se valorise 31,0 fois son free cash flow annuel, contre 20,7 fois pour PepsiCo (mon seuil de tolérance est 25 fois) : PepsiCo semble donc, à première vue, nettement moins chère. Mon analyse de juillet situait déjà le multiple de Coca-Cola au 86ᵉ percentile de son historique sur 5 ans, c'est-à-dire plus cher que 86 % des jours de cotation de cette période : proche du plus cher jamais payé pour cette action précise. Le multiple d'aujourd'hui (31,0 fois) est quasiment identique à celui de juillet (31,1 fois), malgré une action qui a continué de grimper depuis : le marché paie donc toujours une prime proche de son record pour Coca-Cola.
Mais mon modèle de prix d'achat raisonnable, qui projette la trajectoire réelle de cash par action des cinq dernières années plutôt que de se fier au seul ratio du jour, inverse presque le classement. Pour PepsiCo, il ressort à 64,56 dollars contre un cours de 135,50 dollars, soit une surcote de 52,4 % : le ratio a beau sembler raisonnable, le modèle pénalise une entreprise dont le cash par action progresse à peine plus vite que l'inflation (+6,2 %/an), après des années où même son chiffre d'affaires stagne sous 4 % par an. Pour Coca-Cola, le calcul brut ressort à seulement 10,74 dollars, un chiffre extrême qu'il faut lire avec la même prudence que je l'avais déjà signalé en juillet : la base de comparaison sur 5 ans est faussée par les cessions et acquisitions de participations dans des embouteilleurs évoquées plus haut, qui font bouger le périmètre du free cash flow par action d'une année sur l'autre. Sur cette action précise, je préfère donc me fier au signal de percentile (chère dans sa propre histoire) plutôt qu'à ce prix calculé brut.
Qu'est-ce qui pourrait faire dérailler chacune des deux thèses ?
Pour Coca-Cola, le risque le plus concret est la dépendance à un catalyseur qui ne se répète pas : sans Coupe du Monde au troisième trimestre, la comparaison de croissance sera mécaniquement bien plus dure, et une action qui vient de monter de 29 % sur la promesse d'une dynamique durable a beaucoup à perdre si la croissance retombe vers son rythme normal de 1 à 2 % par an. S'ajoute un risque réglementaire de fond : la pression politique et médicale contre le sucre ajouté continue de croître dans plusieurs marchés développés.
Pour PepsiCo, la question centrale est de savoir si le ralentissement de Frito-Lay est passager ou structurel. Si les baisses de prix de 15 % relancent vraiment les volumes dans les prochains trimestres, une action déjà proche de son plus bas sur un an pourrait offrir un vrai point d'entrée. Mais si l'adoption des médicaments GLP-1 continue de grimper au rythme observé depuis janvier 2025, le problème n'est pas une baisse de prix mal calibrée : c'est un changement durable de la demande pour toute une catégorie de produits, qui touchera aussi les autres géants du snacking, pas seulement PepsiCo.
Alors, laquelle choisir selon ma méthode ?
Ma méthode ne dit ni « achète Coca-Cola » ni « achète PepsiCo » : elle dit que les deux, aujourd'hui, se valorisent au-dessus de mon prix d'achat raisonnable, avec deux problèmes de nature opposée. Coca-Cola est l'entreprise la plus solide des deux sur le papier (marge, bilan, franchise capital-légère), mais son cours intègre déjà un trimestre exceptionnel qui a peu de chances de se reproduire à l'identique. PepsiCo affiche un ratio plus sobre et un cours déjà dégonflé, mais fait face à une vraie question sur la durabilité de sa demande, pas seulement un accident de communication trimestrielle.
- Coca-Cola (score 6/10) grimpe de 29 % depuis janvier sur un effet Coupe du Monde ponctuel, à 31,0 fois son free cash flow annuel, proche de son plus cher historique ; PepsiCo (score 5/10) recule de 2 %, à 20,7 fois son FCF, un ratio plus sobre mais pénalisé par une croissance faible.
- Le bilan plus léger de Coca-Cola (dette remboursable en 2,49 années de FCF) vient de son modèle de franchise d'embouteillage ; celui de PepsiCo (4,79 années), plus lourd, vient de son modèle intégré qui possède directement ses usines.
- La marge de cash de PepsiCo progresse régulièrement (de 7,3 % à 9,6 % en deux ans) malgré Frito-Lay ; celle de Coca-Cola est erratique trimestre par trimestre à cause des mouvements de participations dans ses embouteilleurs, et se lit uniquement en cash annualisé.
- Mon modèle de prix d'achat raisonnable trouve les deux actions surcotées (87,9 % pour Coca-Cola, 52,4 % pour PepsiCo), pour des raisons opposées : un multiple déjà cher pour l'une, une croissance trop faible pour l'autre. Ceci n'est pas un conseil en investissement, fais tes propres recherches.
FAQ
Coca-Cola ou PepsiCo, laquelle a la meilleure note qualité sur mon site ?
Coca-Cola valide 6 critères sur 10 dans mon filtre, contre 5 sur 10 pour PepsiCo, principalement grâce à une marge nette bien plus élevée (28,6 % contre 10,8 %) et un bilan plus léger, hérité de son modèle de franchise d'embouteillage.
PepsiCo est-elle vraiment moins chère que Coca-Cola en bourse ?
Sur le ratio brut, oui : PepsiCo se valorise 20,7 fois son free cash flow contre 31,0 fois pour Coca-Cola. Mais mon modèle de prix d'achat raisonnable, qui intègre la trajectoire de croissance, juge les deux actions surcotées par rapport à leur cours actuel.
Pourquoi Coca-Cola a-t-elle autant grimpé en bourse en 2026 ?
Portée par sa plus forte croissance de volume trimestrielle en 17 ans (+5 %), attribuée à l'effet de la Coupe du Monde de la FIFA sur la consommation de boissons, Coca-Cola gagne environ 29 % depuis le 1er janvier 2026.
Le ralentissement de PepsiCo est-il lié aux médicaments GLP-1 ?
C'est une explication avancée par une partie du secteur, avec une adoption des GLP-1 passée de 9 % à 21 % des foyers américains entre janvier 2025 et mai 2026. Le directeur général de PepsiCo affirme ne pas observer d'impact direct et pointe plutôt un consommateur sous pression budgétaire.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).