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Caterpillar (CAT) ou Deere (DE) : deux cycles, deux cash

2026-10-20 ·

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Caterpillar est la meilleure des deux machines à cash : 11,7 % de ses ventes finissent en cash libre contre 6,4 % chez Deere, avec un carnet de commandes record de 72 Md$ porté par les data centers. Mais les deux actions sont chères face à leur propre histoire, Caterpillar surtout.

Le 4 août 2026, Caterpillar publie un trimestre à 20,5 Md$ de ventes, le premier de son histoire au dessus de 20 Md$, et un carnet de commandes de 72,1 Md$, en hausse d'environ 92 % sur un an. Le moteur n'est plus la pelle ou le tombereau : c'est la production d'électricité, des gros moteurs et des turbines que les data centers commandent parfois jusqu'en 2030.

Le 20 août, Deere répond avec un trimestre de 12,6 Md$ de ventes et 1,38 Md$ de bénéfice net, puis relève ses prévisions. Mais son patron répète que 2026 doit être le point bas du cycle de l'agriculture : aux États-Unis et au Canada, la demande de gros matériel agricole devrait reculer de 15 % à 20 % cette année.

Deux fabricants de machines, deux ambiances. La question que je me suis posée est simple : lequel transforme le mieux ses ventes en cash que l'actionnaire peut vraiment garder, et à quel prix l'action le valorise-t-elle ?

Une trajectoire qui sépare les deux

Un chiffre isolé ne dit rien sur un cyclique, c'est la pente qui compte. Chez Caterpillar, les ventes sont passées de 41,7 Md$ en 2020 à 67,6 Md$ en 2025. Chez Deere (exercice clos fin octobre), elles sont retombées de 60,2 Md$ en 2023 à 44,7 Md$ en 2025, soit un quart de moins. Le cash libre, c'est ce qui reste de l'argent encaissé une fois payés les investissements nécessaires pour continuer à produire. Rapporté à chaque action, il raconte l'histoire du point de vue de l'actionnaire.

Indicateur annuelCaterpillarDeere
Ventes67,6 Md$ en 2025 (41,7 en 2020)44,7 Md$ en 2025 (60,2 en 2023)
Bénéfice net8,9 Md$ en 2025 (10,8 en 2024)5,0 Md$ en 2025 (10,2 en 2023)
Cash libre7,5 Md$ en 2025 (9,8 en 2023)3,2 Md$ en 2025 (4,4 en 2024)
Actions en circulation472 M en 2025 (549 M en 2020)272 M en 2025 (294 M en 2023)
Cash libre par action15,8 $ en 2025 (19,1 en 2023)11,9 $ en 2025 (16,0 en 2024)

Les deux rachètent leurs actions : environ 14 % de titres en moins en cinq ans chez Caterpillar, 7 % en deux ans chez Deere. Cela amortit la baisse, sans l'annuler : le cash libre par action recule d'environ 17 % chez Caterpillar depuis 2023 et d'environ 26 % chez Deere depuis 2024. Chez Caterpillar, les droits de douane pèsent : l'entreprise les estime à environ 2,2 Md$ pour 2026. Chez Deere, le creux du cycle fait le travail, avec quelques remboursements de droits de douane (382 M$ sur neuf mois) qui adoucissent le tableau.

Ce qui reste dans la poche de l'actionnaire

Ma façon de juger la qualité d'une entreprise tient en quelques questions : combien de ses ventes devient du cash libre, combien rapporte chaque dollar investi (le Cash ROCE, le cash libre rapporté au capital engagé), et ce cash est-il vraiment du cash, ou seulement du bénéfice comptable ? Sur ces trois points, Caterpillar passe devant.

Caterpillar transforme 11,7 % de ses ventes en cash libre et dégage un Cash ROCE de 16,1 %. Deere reste à 6,4 % et 13,0 %. Surtout, Caterpillar convertit 81 % de son bénéfice en cash réel, Deere 63 % : l'écart vient en partie des stocks et des créances, le matériel agricole se vend à crédit et se stocke chez les concessionnaires quand la demande faiblit.

La dette de Deere n'est pas ce qu'elle semble

Mon indicateur d'endettement affiche 17,9 ans de cash libre pour rembourser la dette nette chez Deere, contre 4,4 ans chez Caterpillar. Le chiffre fait peur, mais il est trompeur. Deere possède une banque interne, John Deere Financial, qui prête aux agriculteurs et aux concessionnaires pour qu'ils achètent les tracteurs. Cette banque s'endette sur les marchés (environ 64 Md$ de dette totale dans mes données) et reprête l'argent : la dette est adossée à des crédits qui rapportent des intérêts, ce n'est pas la dette d'une usine qui a trop investi.

Caterpillar a le même mécanisme avec Cat Financial, que mes données traitent différemment. Les deux ratios ne sont donc pas comparables tels quels, et je ne conclus pas que Deere est cinq fois plus endettée. Ce qui reste vrai : cette banque capte une part du cash et expose Deere au risque de crédit des agriculteurs, exactement quand leurs revenus baissent.

Le prix : l'histoire est belle, mais elle est payée

Premier temps : face à son propre passé. Caterpillar se valorise aujourd'hui 38 fois son cash libre, plus cher que 93 % de ses valorisations des dernières années. Deere, 55 fois, plus cher que 81 % de son historique. Deuxième temps : pourquoi ? Pour Caterpillar, le marché paie l'électricité des data centers, un carnet de commandes qui court jusqu'en 2030 et des capacités qui sont la vraie limite, pas la demande. Pour Deere, c'est presque l'inverse : le multiple est gonflé parce que le cash est au plus bas, et le marché parie sur le retournement du cycle.

Troisième temps : est-ce justifié ? L'histoire de Caterpillar est réelle, mais le prix suppose qu'elle se réalise presque sans accroc, alors que le cash par action a reculé en 2025 malgré des ventes records. Celle de Deere est plus fragile : acheter à 55 fois un cash au point bas n'a de sens que si le creux est bien là, et nul ne peut le promettre. Je peux me tromper sur le moment, pas sur la mécanique : un cyclique se paie cher quand tout va bien et se rachète moins cher quand le cash revient.

Ce que mesure ma méthodeCaterpillarDeere
Note qualité7 sur 105 sur 10
Marge de cash libre11,7 %6,4 %
Cash ROCE16,1 %13,0 %
Bénéfice converti en cash81 %63 %
Valorisation (fois le cash libre)3855
Percentile dans son historique93e81e
Prix d'achat de mon modèle prudent89 $ (cours 726 $)120 $ (cours 627 $)

Le prix d'achat vient d'un modèle volontairement sévère : un rendement visé de 15 % par an et un cash libre qui continue de reculer. Ce n'est pas une prévision, c'est un garde-fou. Il dit surtout qu'aucune des deux actions n'offre aujourd'hui de marge de sécurité. Les prochains résultats de Caterpillar tombent le 29 octobre, ceux de Deere le 25 novembre.

Mon verdict, sans enthousiasme

Si je devais ne garder qu'une entreprise, ce serait Caterpillar : un meilleur cash, un cycle porté par un vrai besoin d'électricité, une dette plus lisible. Mais je ne l'achèterais pas à ce prix, et je comprends mieux Deere quand le cycle agricole se retourne qu'aujourd'hui. Les deux fiches sont à lire en détail : Caterpillar et Deere.

Pour les chiffres du jour : le 10-Q du deuxième trimestre de Caterpillar et le communiqué du troisième trimestre de Deere. Pour la logique de valorisation d'un cyclique, les notes de Damodaran restent la référence. Et si tu veux voir comment je note une entreprise, ma méthodologie complète détaille chaque critère.

FAQ

Caterpillar ou Deere : laquelle a le meilleur cash ?

Caterpillar. 11,7 % de ses ventes deviennent du cash libre contre 6,4 % chez Deere, avec 81 % de son bénéfice converti en cash réel contre 63 %.

Pourquoi la dette de Deere paraît elle si élevée ?

Parce que Deere a une banque interne qui s'endette pour prêter aux agriculteurs. Cette dette est adossée à des crédits qui rapportent des intérêts, elle n'est pas comparable à celle d'un industriel pur.

Ces actions sont elles chères en ce moment ?

Oui face à leur propre historique : Caterpillar est plus chère que 93 % de ses valorisations passées, Deere que 81 %. Mon modèle prudent ne voit de marge de sécurité ni chez l'une ni chez l'autre.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).