TotalEnergies (TTE) ou Shell : qui rend vraiment le cash ?
2026-10-15 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Sur les comptes, Shell est le plus solide des deux : plus de cash libre rapporté à ses ventes, une dette plus légère et un cash libre par action qui recule moins qu'on ne le craint. TotalEnergies compense par un dividende en hausse. Les deux dépendent du baril, et les deux restent chères.
Le 23 juillet 2026, TotalEnergies publie ses résultats du deuxième trimestre : un résultat net ajusté de 6,0 Md$, un cash-flow de 9,8 Md$, un deuxième acompte de dividende de 0,90 € par action, en hausse de 5,9 %, et une enveloppe de rachats d'actions de 1,5 Md$ pour le trimestre suivant. Le ton est rassurant, le ratio d'endettement tombe à 13 %.
Une semaine plus tard, le 30 juillet, c'est Shell. Le chiffre qui frappe : 21,4 Md$ de flux de trésorerie d'exploitation sur le trimestre, contre 6,1 Md$ au trimestre précédent, et un nouveau programme de rachats de 3 Md$, le dix-neuvième de suite à ce niveau ou plus. Deux communiqués, deux discours de distribution généreuse. Pourtant, quand on pose les deux sociétés côte à côte, elles ne racontent pas la même histoire.
Je me suis posé la question que se pose tout investisseur français devant ces deux logos : si je dois choisir un pétrolier, lequel transforme le mieux ses ventes en cash que l'actionnaire peut vraiment garder ? Pas le plus gros bénéfice du trimestre, pas le plus beau dividende affiché : le cash libre, c'est-à-dire ce qui reste une fois payés les investissements nécessaires pour continuer à produire.
Un trimestre ne dit rien du cash, une série dit presque tout
Un pétrolier vit au rythme du baril. Quand les prix montent, les profits explosent, quand ils reculent, ils fondent. Le piège est de juger sur un seul trimestre. Chez Shell, le cash libre du deuxième trimestre est d'environ 17,5 Md$, contre 2,9 Md$ au premier. Une partie de cet écart n'est pas de la performance : le premier trimestre avait absorbé 11,2 Md$ de besoin en fonds de roulement (l'argent immobilisé dans les stocks et les créances), et le deuxième en a rendu 3,4 Md$. Le cash d'un trimestre est donc autant une question de calendrier de factures que de rentabilité.
La série longue est plus honnête. Sur mes données, le cash libre de TotalEnergies est passé d'environ 31,7 Md$ en 2022 à 24,2 Md$ en 2023, 17,4 Md$ en 2024 et 11,6 Md$ en 2025. Celui de Shell, d'environ 45,8 Md$ en 2022 à 31,2, 35,1 puis 23,9 Md$ en 2025. Les deux ont donc perdu à peu près la moitié de leur cash libre depuis le pic de 2022, ce qui est normal : 2022 était une année de prix exceptionnels, et les ventes des deux groupes reculent depuis (environ 8,9 % par an pour Shell et 11,5 % par an pour TotalEnergies sur cinq ans).
Sur douze mois glissants, TotalEnergies retrouve environ 17,4 Md$ de cash libre selon cette même série : un deuxième trimestre à 6,6 Md$ qui efface un premier trimestre négatif de 1,3 Md$. Le cash libre n'a rien d'un flux régulier : c'est un métier où une bonne année en cache une mauvaise, et où il faut comparer sur un cycle entier. Je compare donc des pentes, pas des photos.
Racheter ses actions : un cash qui revient, ou qui masque ?
Les deux groupes ont fait de la même arme leur signature : retirer des actions du marché. TotalEnergies a ramené son nombre d'actions d'environ 2,76 milliards à 2,23 milliards entre mi 2021 et mi 2026, soit 19 % de moins. Shell est passé de 3,71 milliards d'actions fin 2022 à 2,97 milliards fin 2025, soit 20 % de moins en trois ans seulement. Le mécanisme est simple : moins d'actions, c'est une part plus grosse du gâteau pour celles qui restent, à gâteau constant.
Le gâteau, justement, n'a pas été constant. Le cash libre par action, c'est le cash libre divisé par le nombre d'actions, la mesure qui compte pour l'actionnaire. Pour TotalEnergies, je le calcule à environ 12 $ en 2022 et environ 5 $ en 2025. Pour Shell, de 12,4 $ à 8,0 $ sur la même période, soit un recul de 35 % : les rachats ont amorti la chute (sans eux, ce serait environ 48 % de baisse, quasi la moitié du cash), mais ils ne l'ont pas annulée.
Ce que cela dit d'un rachat : il ne crée pas de valeur par lui-même. Il la transfère aux actionnaires restants, à condition d'être fait à un prix raisonnable. Racheter pour 3 Md$ par trimestre quand le cash libre retombe est un engagement à tenir, pas une preuve de force. D'ailleurs, Shell avait suspendu temporairement son programme précédent à cause de l'accord d'acquisition d'ARC Resources, avec 1,8 Md$ réalisés sur 3,0. Le rachat est un choix de direction, révisable.
La dette, ce que le ratio d'endettement ne dit pas
Le ratio d'endettement (gearing en anglais) rapporte la dette nette à la dette nette plus les capitaux propres. TotalEnergies affiche 13 %, Shell 18,7 % avec 41,8 Md$ de dette nette, en forte baisse par rapport à 52,6 Md$ au trimestre précédent. Rien d'inquiétant dans les deux cas : on est loin d'un groupe fragile.
Mais ce ratio regarde les capitaux propres, pas le cash. Une autre question, plus parlante pour un lecteur qui veut juger la solidité : en combien d'années de cash libre rembourserait-on la dette nette ? Sur mes données, environ 2,0 ans pour Shell et 3,5 ans pour TotalEnergies. La différence tient à ce que la série de TotalEnergies porte un cash libre plus faible, pas à une dette plus lourde en elle-même. Dans un secteur cyclique, la dette qui paraît légère à 90 dollars le baril devient plus lourde à 60 : c'est pourquoi je préfère le critère en années de cash.
Ce que le marché demande en échange
| Critère | TotalEnergies | Shell |
|---|---|---|
| Cash libre 2025 | ≈ 11,6 Md$ | ≈ 23,9 Md$ |
| Cash libre sur ventes | 5,7 % | 7,7 % |
| Actions en moins (3 à 5 ans) | -19 % | -20 % |
| Dette nette en années de cash libre | 3,5 | 2,0 |
| Valorisation (fois le cash libre) | 19,6 | 14,3 |
| Note qualité | 4 sur 10 | 5 sur 10 |
Le tableau montre un compromis classique. Shell affiche la meilleure transformation de ses ventes en cash libre (environ 7,7 % contre 5,7 %), une dette moins lourde, et une valorisation plus basse : environ 14 fois son cash libre contre environ 20 fois pour TotalEnergies. Dit autrement, le prix demandé pour un euro de cash est plus élevé chez TotalEnergies, alors que ce cash est plus fragile. Le marché paie probablement la stabilité du dividende et la diversification vers l'électricité, ce que Shell ne montre pas au même degré.
Il faut pourtant rester lucide sur la méthode. Ma grille juge les deux sociétés nettement chères : elle parle d'une surcote de 79 % pour Shell et de 86 % pour TotalEnergies. Cette lecture est sévère parce qu'elle projette un cash libre normalisé sur cinq ans, alors que le cash des deux groupes est aujourd'hui gonflé par des prix du baril élevés. Pour un cyclique, c'est une alarme utile plus qu'une prédiction : elle dit que l'on achète au sommet du cycle de cash, pas que l'action va chuter. La note qualité reflète la même prudence : 5 sur 10 pour Shell, 4 sur 10 pour TotalEnergies sur sa ligne parisienne.
Un point pratique pour qui investit depuis la France : TotalEnergies est une société française, éligible au PEA. Shell est britannique et cotée à Londres, donc en principe hors PEA : le choix peut se jouer sur l'enveloppe fiscale autant que sur les chiffres, ce qui n'a rien à voir avec la qualité des comptes. Pour étendre la comparaison, la fiche de TotalEnergies et la fiche de Shell donnent chaque critère un par un.
Mon verdict : le meilleur cash, pas le plus beau dividende
Si la question est « qui garde le mieux le cash qu'il génère », la réponse des comptes est Shell : meilleure marge de cash libre, dette plus facile à rembourser, valorisation plus basse, et un cash libre par action qui baisse moins que celui de TotalEnergies. Si la question est « qui offre un revenu régulier et une exposition à l'électricité », la réponse change, et TotalEnergies a des arguments, dont un dividende relevé de 5,9 % cette année.
Mais aucun des deux ne coche mes critères de qualité à un niveau qui me ferait passer outre le cycle. Ce sont deux sociétés dont le cash dépend d'un prix qu'elles ne contrôlent pas, et dont les rachats sont autant une réponse à un manque d'investissements très rentables qu'une preuve de solidité. Je les regarderais comme des cycliques bien gérées, pas comme des compounders. Les chiffres sont arrêtés au 15 octobre 2026 ; les communiqués d'origine sont le communiqué du deuxième trimestre 2026 de TotalEnergies et le rapport 6-K du deuxième trimestre 2026 de Shell, et pour la méthode générale de valorisation, les cours de Damodaran restent une référence. C'est exactement le genre de comparaison que j'ai voulu pouvoir faire pour n'importe quelle action, et ma méthodologie l'explique critère par critère.
FAQ
TotalEnergies ou Shell : laquelle génère le plus de cash libre ?
Sur 2025, Shell a généré environ 23,9 Md$ de cash libre contre environ 11,6 Md$ pour TotalEnergies selon les séries utilisées ici. Rapporté aux ventes, Shell garde environ 7,7 % en cash libre contre 5,7 % pour TotalEnergies.
Les rachats d'actions de Shell et TotalEnergies créent-ils de la valeur ?
Ils réduisent le nombre d'actions (environ 20 % de moins sur trois à cinq ans), ce qui protège le cash libre par action. Mais ce dernier a quand même reculé, d'environ 35 % chez Shell entre 2022 et 2025, car le cash libre total a baissé plus vite.
Peut-on mettre TotalEnergies et Shell dans un PEA ?
TotalEnergies est une société française et reste éligible au PEA. Shell est britannique, cotée à Londres : elle n'entre en principe pas dans un PEA. Vérifie l'éligibilité auprès de ton courtier avant d'acheter.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).