Faut-il acheter l'action Garmin (GRMN) en 2026 ?
2026-07-19 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
GRMN : voir l'analyse complète sur Lubin Investment
Garmin est une entreprise de très grande qualité, l'un des meilleurs scores de mon filtre : elle ne doit rien à personne, verse un dividende en croissance depuis des années, et accélère sur trois métiers différents à la fois, montres connectées, aviation, marine. Le problème n'est pas l'entreprise, c'est le prix : l'action se négocie aujourd'hui 44 % au-dessus de ma cible d'achat raisonnable. Voici comment je sépare les deux.
Une entreprise que le grand public résume à tort à un GPS
Beaucoup de gens connaissent Garmin comme 'la marque de GPS d'avant les smartphones'. C'est un résumé dépassé depuis longtemps. Aujourd'hui, Garmin vend des montres connectées haut de gamme (fitness, running, plongée, golf), des systèmes d'avionique complets pour l'aviation privée et commerciale, des équipements de navigation marine, et des solutions embarquées pour l'automobile. Cinq métiers différents, avec une seule colonne vertébrale technologique commune : le GPS, les capteurs, et le logiciel embarqué.
Au premier trimestre 2026, cette diversification a produit un résultat rare : les trois principaux métiers accélèrent en même temps. Le segment fitness (montres connectées) bondit de 42 %, porté par des gains de parts de marché sur le haut de gamme. L'aviation progresse de 18 %, tirée à la fois par les ventes aux avionneurs (OEM) et par le marché de l'après-vente. Le nautisme (marine) croît de 11 %, porté par les livraisons aux chantiers navals et par une nouvelle génération de sondeurs (technologie qui détecte la profondeur et les obstacles sous l'eau par écho acoustique). Garmin vise désormais 7,9 milliards de dollars de chiffre d'affaires pour 2026, au-dessus du consensus des analystes (7,63 milliards).
9 critères sur 10 : une qualité financière rare pour un fabricant de matériel
Mon filtre évalue chaque entreprise sur dix critères financiers concrets, et Garmin en valide neuf, un score que très peu d'entreprises qui vendent du matériel physique (pas seulement du logiciel) parviennent à atteindre. La marge nette ressort à 23,3 %, la marge de free cash flow à 17,1 %, et surtout, les marges s'élargissent années après années (le critère 'expansion des marges' passe au vert) : les revenus de Garmin croissent plus vite que ses coûts, année après année, un signe de discipline opérationnelle rare dans le hardware, un secteur où la concurrence tire habituellement les prix vers le bas.
Le point le plus frappant reste le bilan : zéro dette nette. Garmin dispose au contraire d'une trésorerie nette positive, ce qui veut dire qu'elle pourrait rembourser toute sa dette avec sa caisse et qu'il lui resterait encore de l'argent. Le rendement du capital investi (cash ROCE) atteint 19,1 %, largement au-dessus de mon seuil de 15 %, preuve que chaque dollar réinvesti dans l'entreprise (nouvelle usine, nouveau produit, rachat) génère un vrai retour.
Le seul point faible : un cycle de trésorerie qui s'allonge
Le critère qui échoue dans mon filtre est le cycle de conversion du cash (le nombre de jours qui séparent le paiement des fournisseurs de l'encaissement des clients, stock compris) : il ressort à 226 jours, et il s'allonge de 5,6 jours par an. La cause principale, ce sont les stocks : Garmin immobilise 221 jours de délai rien que sur ses stocks, un chiffre qui reflète la nature de ses métiers. Fabriquer une montre connectée, un système d'avionique certifié ou un sondeur marine exige de constituer des stocks bien avant la vente, sur plusieurs mois, pour anticiper la saisonnalité (cadeaux de fin d'année pour les montres) et les cycles de production longs de l'aviation.
Ce n'est pas rédhibitoire : le rendement du capital reste excellent malgré ce cycle long, ce qui veut dire que Garmin fait quand même très bien fructifier l'argent qu'elle immobilise dans ses stocks. Mais c'est un point à surveiller : si le cycle continue de s'allonger sans que la rentabilité suive, ce serait le signe d'une gestion des stocks qui se dégrade, pas seulement d'une saisonnalité normale.
Le moat : des certifications que personne ne rattrape du jour au lendemain
La vraie force de Garmin, ce n'est pas une seule marque connue du grand public, comme Apple ou Whoop sur les montres connectées : c'est la difficulté à la déloger sur des marchés professionnels ultra réglementés. En aviation, obtenir une certification d'avionique (l'autorisation réglementaire d'installer un système de pilotage ou de navigation sur un avion) prend des années et coûte des dizaines de millions de dollars. Ce trimestre, Daher a dévoilé son nouveau turbopropulseur TBM 980 équipé de l'avionique Garmin G3000 PRIME, et le HondaJet Elite II est devenu le premier jet d'affaires bimoteur certifié avec la technologie Garmin Emergency Autoland (un système qui fait atterrir l'avion automatiquement si le pilote est incapacité).
Sur les montres connectées, en revanche, la concurrence est frontale face à Apple Watch et aux marques plus jeunes comme Whoop. Là, le moat de Garmin est différent : une expertise spécialisée reconnue par les sportifs exigeants (plongée, trail, golf, triathlon) plutôt qu'un écosystème fermé comme celui d'Apple. C'est un moat plus étroit, qui explique pourquoi ce segment doit continuer à innover (les gains de parts de marché de 42 % ce trimestre) pour rester pertinent, alors qu'en aviation, une fois certifié, Garmin est protégée pendant des années.
Le prix : cher, et de loin, malgré la qualité
Le P/FCF (price-to-free-cash-flow, le prix de l'action rapporté au cash qu'elle génère chaque année) de Garmin ressort à 37,7 fois. Sur ses cinq dernières années, ce multiple s'est historiquement situé bien plus bas : le niveau actuel se classe au 89ᵉ percentile de son propre historique, autrement dit plus cher que 89 % des jours de bourse des cinq dernières années, proche de son plus haut niveau de cherté jamais payé.
Mon modèle calcule un prix d'achat raisonnable de 139,82 dollars pour Garmin, à partir du free cash flow par action actuel (6,61 dollars) et d'un multiple de sortie prudent. Le cours actuel, 249,56 dollars, se situe 44 % au-dessus de cette cible. Ce n'est pas un détail : à ce niveau, même si Garmin continue d'exécuter parfaitement sur ses trois métiers, le marché a déjà intégré une bonne partie de ces bonnes nouvelles dans le prix, ce qui laisse très peu de marge en cas de déception, par exemple un trimestre d'aviation qui ralentit ou une accélération du cycle de conversion du cash qui inquiète.
Un point qui mérite d'être noté à part : Garmin verse un dividende de 4,20 dollars par an (rendement de 1,7 %), en croissance de 8,4 % par an sur cinq ans, avec un taux de distribution modéré de 40,2 % du bénéfice. C'est rare pour une entreprise qui investit autant dans l'innovation produit : ça montre que Garmin peut à la fois financer sa croissance et rémunérer ses actionnaires, sans dette.
Comment je tranche, sans émotion
Garmin est exactement le genre d'entreprise que mon filtre est censé repérer : diversifiée sur trois métiers en accélération simultanée, zéro dette, rendement du capital élevé, dividende en croissance. Le problème n'est jamais la qualité, c'est le prix payé aujourd'hui pour cette qualité. À 37,7 fois le free cash flow, proche de son record de cherté sur 5 ans, et 44 % au-dessus de mon prix d'achat raisonnable, l'action ne laisse quasiment aucune marge de sécurité.
Si tu crois que l'accélération simultanée des trois métiers va durer plusieurs années et justifie une prime, la position actuelle peut se défendre. Si tu préfères acheter avec une marge de sécurité plutôt que payer pour une exécution parfaite déjà attendue par le marché, mon prix cible (139,82 dollars) reste le niveau à surveiller. Je ne prends jamais position à ta place : je fixe un prix, et j'attends qu'il vienne à moi.
- Garmin valide 9 critères sur 10 dans mon filtre qualité : zéro dette nette, rendement du capital de 19,1 %, marges qui s'élargissent année après année.
- Ses trois principaux métiers accélèrent en même temps ce trimestre : montres connectées (+42 %), aviation (+18 %), marine (+11 %).
- Le seul point faible : un cycle de conversion du cash de 226 jours qui s'allonge, lié aux stocks élevés nécessaires pour l'aviation et la saisonnalité des montres.
- Le moat de Garmin est différent selon le métier : certifications réglementaires difficiles à obtenir en aviation, expertise spécialisée reconnue face à Apple Watch sur les montres.
- Le P/FCF de 37,7 fois (89ᵉ percentile de son propre historique) place l'action 44 % au-dessus de mon prix d'achat raisonnable (139,82 $ contre 249,56 $ actuellement) : c'est cher.
FAQ
Pourquoi Garmin est-elle notée 9 sur 10 dans le filtre qualité ?
Parce qu'elle valide presque tous les critères financiers essentiels : rentabilité, croissance des ventes et du free cash flow, zéro dette nette, rendement du capital de 19,1 %, marges qui s'élargissent. Le seul critère qui échoue est le cycle de conversion du cash, qui s'allonge à cause des stocks nécessaires en aviation et pour la saisonnalité des montres.
Garmin peut-elle vraiment rivaliser avec Apple Watch sur les montres connectées ?
Pas de la même façon. Garmin ne cherche pas à imposer un écosystème fermé comme Apple, mais une expertise spécialisée reconnue par les sportifs exigeants (plongée, trail, golf, triathlon). C'est un moat plus étroit que celui d'Apple, ce qui explique pourquoi ce segment doit continuer d'innover pour gagner des parts de marché, ce qu'il a fait ce trimestre (+42 %).
Pourquoi le cycle de conversion du cash de Garmin s'allonge-t-il ?
Principalement à cause des stocks : fabriquer une montre connectée, un système d'avionique certifié ou un sondeur marine exige de constituer des stocks plusieurs mois avant la vente, pour anticiper la saisonnalité et les cycles de production longs de l'aviation. Ce n'est pas alarmant tant que le rendement du capital reste élevé, mais c'est un point à surveiller.
Le prix actuel de Garmin est-il un bon point d'entrée ?
Non selon mon modèle : le cours (249,56 $) se situe 44 % au-dessus de mon prix d'achat raisonnable (139,82 $), et le P/FCF de 37,7 fois se classe au 89ᵉ percentile de l'historique propre de l'action, proche de son plus haut niveau de cherté sur 5 ans. Ceci n'est pas un conseil en investissement, fais tes propres recherches.
GRMN : voir l'analyse complète sur Lubin Investment
À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).