Home Depot (HD) ou Lowe's (LOW) : le cash tranche
2026-09-30 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Home Depot et Lowe's obtiennent la même note de qualité, 5 sur 10, et échouent sur les mêmes critères : croissance molle, marges qui se tassent. Ce qui les sépare, c'est le cash. Celui de Home Depot a reculé de 30 % en deux ans et l'action reste chère. Lowe's coûte moins, mais son bilan est plus chargé.
Si tu as déjà rénové une salle de bain aux États-Unis, tu as poussé un chariot dans une allée de Home Depot ou de Lowe's. Les deux enseignes vendent la même perceuse, la même peinture, le même carrelage, souvent à quelques centimes d'écart. Un acheteur pressé ne fait pas la différence, et pendant longtemps la Bourse non plus : les deux actions montaient et descendaient ensemble, au rythme des taux d'intérêt et du marché immobilier.
Home Depot exploite 2 364 magasins et emploie plus de 470 000 personnes ; Lowe's en emploie environ 276 000. La première pèse 290 milliards de dollars en Bourse, la seconde 105 milliards. Cet écart de taille est connu de tous. Ce qui l'est moins, c'est ce qui se passe une fois qu'on ouvre les comptes : depuis deux ans, les deux sociétés ne racontent plus la même histoire.
Je juge une action en deux temps. D'abord la qualité du business, notée sur dix critères (marges, croissance, dette, rendement du capital), sans regarder le prix. Ensuite le prix, avec le P/FCF : le prix de l'action divisé par le free cash flow par action, c'est-à-dire le cash qui reste vraiment une fois les factures et les investissements payés. Un P/FCF de 20 veut dire que tu paies vingt ans de ce cash. Voyons ce que donnent nos deux rivales.
Qu'est-ce qui rapproche vraiment les deux géants ?
| Mesure | Home Depot (HD) | Lowe's (LOW) |
|---|---|---|
| Note de qualité | 5 sur 10 | 5 sur 10 |
| Cours / capitalisation | 288 $ / 290 Md$ | 187 $ / 105 Md$ |
| Marge nette | 8,4 % | 7,3 % |
| Marge de cash (free cash flow / ventes) | 8,6 % | 7,5 % |
| Croissance annuelle des ventes sur 5 ans | +2,3 % | -2,9 % |
| Croissance annuelle du cash par action sur 5 ans | +4,8 % | +5,4 % |
| Évolution annuelle du nombre d'actions | -1,1 % | -3,7 % |
| Rendement du capital investi (Cash ROCE) | 28,2 % | 21,9 % |
| Dette nette en années de cash | 3,5 ans | 5,1 ans |
| P/FCF (rang dans son historique) | 19,9× (71ᵉ percentile) | 15,6× (56ᵉ percentile) |
| Rendement du dividende | 3,2 % | 2,7 % |
Le tableau montre d'abord des ressemblances. Les deux sociétés échouent sur les mêmes critères de ma grille : des ventes qui progressent à peine (ou reculent), un cash par action qui grandit moins de 10 % par an, et des marges qui se compressent, c'est-à-dire des coûts qui grossissent plus vite que les revenus. Ce sont deux machines rentables, mais matures, dont la croissance dépend d'un marché immobilier américain au ralenti.
Le Cash ROCE mesure combien de cash l'entreprise dégage pour chaque dollar investi dans son activité ; au-dessus de 15 %, c'est excellent. Les deux passent haut la main, Home Depot un cran devant. Là où elles se séparent, c'est sur le bilan (3,5 ans de cash pour rembourser la dette nette, contre 5,1 ans chez Lowe's) et sur la trajectoire du cash, que le tableau ne montre pas. Pour comprendre le rendement du capital, j'ai détaillé le critère dans mon article sur le ROIC.
Home Depot : pourquoi son cash a-t-il reculé de 30 % ?
Le free cash flow de Home Depot était de 17,9 milliards de dollars sur l'exercice clos fin janvier 2024, puis de 16,3 milliards, puis de 12,6 milliards sur l'exercice clos le 1ᵉʳ février 2026. C'est un recul de près de 30 % en deux ans, alors que les ventes ont continué de grimper, de 152,7 à 164,7 milliards. Un chiffre d'affaires qui monte pendant que le cash s'effondre, c'est le signal qui m'intéresse le plus.
L'explication principale tient en deux sigles : SRS et GMS. Home Depot a acquis SRS, un distributeur de matériaux pour couvreurs, paysagistes et installateurs de piscines, puis GMS, annoncé le 30 juin 2025, spécialiste des plaques de plâtre et des plafonds. L'ensemble compte plus de 1 250 sites. L'idée est de vendre aux professionnels du bâtiment, qui achètent plus, plus souvent et de façon moins dépendante des humeurs du particulier.
Mais un distributeur pour professionnels ne fonctionne pas comme un magasin où le client paie à la caisse. Les artisans achètent en général à crédit (j'en déduis, du moins, à la lecture de ces chiffres), il faut donc financer des stocks importants et attendre d'être payé. C'est ce que montre le délai d'encaissement net de Home Depot : 58 jours, en allongement de près de 4 jours par an, selon mes données. Chaque jour de plus, ce sont plusieurs centaines de millions de dollars immobilisés dans les stocks et les créances au lieu de finir en cash (ordre de grandeur : 165 milliards de ventes divisés par 365 jours). Ajoute à cela l'amortissement des actifs achetés, 125 millions de dollars sur le seul deuxième trimestre, soit environ 0,50 $ de bénéfice par action sur l'année selon l'entreprise.
Le prix, maintenant, en trois temps. Home Depot se valorise 19,9 fois son cash, plus cher que dans environ 71 % de son propre historique. Pourquoi ? Parce que la Bourse paie la qualité et l'attente d'un rebond : quand les ventes de logements repartiront (elles sont gelées depuis quatre ans, selon un article de Yahoo Finance du 27 septembre 2026), l'action pourrait en profiter. Est-ce justifié ? Pas tout à fait. Au deuxième trimestre, arrêté au 2 août 2026, les ventes ont progressé de 5,7 % à 47,9 milliards, mais de 1,7 % seulement à magasins comparables (les magasins ouverts depuis plus d'un an, hors acquisitions), et l'entreprise maintient une croissance du bénéfice ajusté par action de 0 à 4 % pour l'année. Payer vingt ans de cash pour une croissance annoncée aussi faible laisse peu de marge.
Mon modèle est brutal sur ce dossier : il estime un prix d'achat de 47 $ contre 288 $ de cours, soit une surcote de 84 %. Il faut lire ce chiffre avec prudence. Il extrapole la baisse récente du cash par action (environ 17 % par an), une hypothèse punitive. Ce que je retiens, c'est la direction : chère, et avec un cash qui recule. Le dividende, lui, absorbe environ 73 % du free cash flow du dernier exercice (9,32 $ par action sur environ 995 millions d'actions, soit 9,3 milliards, face à 12,6 milliards), un niveau qui laisse moins de marge qu'il n'y paraît avec un rendement de 3,2 %.
Lowe's : un cash qui tient, un bilan qui se tend
Lowe's raconte l'histoire inverse à première vue. Ses ventes sont passées de 97,1 milliards (exercice clos en février 2023) à 86,3 milliards (janvier 2026), soit un recul de 11 %. Mais son free cash flow est resté stable autour de 7,7 milliards sur les deux derniers exercices, après 6,2 milliards en février 2024. Et comme l'entreprise a réduit son nombre d'actions de 631 à 560 millions en trois ans, le cash par action progresse de 5,4 % par an sur cinq ans.
C'est le mécanisme du rachat d'actions : en rachetant ses propres titres, l'entreprise se répartit le même cash entre moins d'actionnaires. C'est efficace tant que la dette ne s'emballe pas. Or la dette nette de Lowe's représente 5,1 années de cash. Je n'ai pas la ventilation exacte, mais le rapprochement entre des rachats soutenus et un endettement élevé suggère qu'une partie a été financée par emprunt (inféré, à vérifier dans les comptes). La presse titrait d'ailleurs le 24 septembre 2026 sur un retour des rachats visé pour 2027, ce qui laisse entendre qu'ils sont freinés aujourd'hui.
Le deuxième trimestre est clair sur la faiblesse de fond. Lowe's a publié un chiffre d'affaires de 25,96 milliards de dollars, en hausse de plus de 8 %, mais seulement +0,2 % à magasins comparables, et a ramené son objectif annuel à des ventes comparables stables (contre jusqu'à +2 % espérés). L'écart entre +8 % et +0,2 % vient des acquisitions : Artisan Design Group, puis Foundation Building Materials pour 8,8 milliards de dollars. Même stratégie que Home Depot, même dépendance au cycle immobilier, mais avec un bilan plus chargé pour l'encaisser. La clientèle professionnelle résiste, celle du bricolage recule.
Côté prix, Lowe's se valorise 15,6 fois son cash, plus cher que dans 56 % de son historique, donc dans la moyenne haute plutôt qu'en zone de bonne affaire. Mon modèle donne un prix d'achat de 161 $ contre 187 $, une surcote de 14 %. Là aussi, une réserve : il suppose une croissance du cash de 12 % par an, extrapolée des deux dernières années, ce qui paraît optimiste quand la direction elle-même parle de ventes comparables plates. Home Depot et Lowe's sont donc jugées avec deux hypothèses opposées, l'une trop dure, l'autre trop douce.
Lequel passe le mieux mon filtre du prix ?
Aucun des deux ne passe aujourd'hui. Les deux sont au-dessus de mon prix d'achat, et les deux ont besoin d'un marché immobilier qui redémarre. Si je devais les départager, je dirais ceci : Lowe's est moins chère et son cash par action progresse, mais elle porte plus de dette et ses ventes reculent ; Home Depot a le meilleur bilan et le meilleur rendement du capital, mais son cash a chuté et l'action se valorise plus cher que la moitié de son histoire.
Ce qui me ferait changer d'avis est simple. Chez Home Depot, un free cash flow qui repasse au-dessus de 16 milliards de dollars, preuve que les acquisitions rapportent, ou un cours qui redescend. Chez Lowe's, une dette nette ramenée sous quatre années de cash. Les risques communs sont l'immobilier américain, les taux d'intérêt et l'écart entre clients professionnels et particuliers ; ces titres cotent en dollars et ne sont pas éligibles au PEA. C'est ce tri, la qualité d'un côté, le prix de l'autre, que je voulais pouvoir faire pour n'importe quelle action : c'est pour ça que j'ai construit mon outil, et tu peux lancer toi-même la comparaison HD contre LOW ou lire la fiche de Home Depot et celle de Lowe's.
FAQ
Home Depot ou Lowe's : laquelle est la meilleure entreprise ?
Sur ma grille, elles obtiennent la même note de qualité, 5 sur 10. Home Depot a un meilleur rendement du capital (28 % contre 22 %) et moins de dette, Lowe's un cash par action un peu plus dynamique. Aucune ne se détache nettement.
Pourquoi le cash de Home Depot a-t-il autant reculé ?
Le free cash flow est passé de 17,9 à 12,6 milliards de dollars en deux exercices. Les acquisitions de SRS et GMS immobilisent du cash dans les stocks et les créances, car les clients professionnels paient à crédit, et les amortissements pèsent sur le bénéfice.
Lowe's est-elle moins chère que Home Depot ?
Oui, elle se valorise 15,6 fois son cash contre 19,9 fois. Mais elle reste au-dessus de mon prix d'achat estimé, avec une surcote de 14 %, et sa dette est plus lourde (5,1 années de cash contre 3,5).
Peut-on acheter Home Depot ou Lowe's dans un PEA ?
Non. Le PEA est réservé aux sociétés européennes. Ces deux actions américaines se logent dans un compte-titres ordinaire, avec un risque de change sur le dollar.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).