Airbus (AIR) ou Boeing (BA) : qui gagne du cash ?
2026-10-09 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Airbus est aujourd'hui le meilleur des deux sur le cash : environ 4 Md€ de cash libre en 2025 et un nombre d'actions stable, quand Boeing a perdu 1,9 Md$ et gonflé son capital de 28 % en trois ans. Mais Airbus est valorisée 21 % au-dessus de mon prix d'achat raisonnable, et Boeing n'a pas de cash à valoriser.
Le 29 juillet 2026, Airbus a publié ses résultats du premier semestre : 351 avions livrés, des ventes en hausse de 12 % à 33,2 Md€, et un cash libre négatif de 1,2 Md€. Les gros titres ont surtout retenu le carnet de commandes record. Presque aucun n'a retenu la ligne qui compte pour un actionnaire : le cash.
Un jour plus tôt, Boeing avait livré 171 avions au deuxième trimestre, dont 129 737, et annoncé un cash libre positif de 631 M$. Mais aussi une perte nette de 428 M$ et une charge de 280 M$ sur l'avion présidentiel VC-25B. Même ciel, même duopole mondial, deux soirées de résultats qui ne se ressemblent pas.
Quand on te demande « Airbus ou Boeing », la réponse de comptoir est que l'un fabrique des avions qui volent et l'autre des avions qui posent problème. Ce n'est pas ma question. Ma question est plus sèche : lequel de ces deux métiers transforme ses ventes en argent qui reste dans la poche de l'actionnaire, et à quel prix l'action le vend-elle ?
Un duopole, deux trajectoires de cash
Un constructeur d'avions encaisse une grande partie du prix à la livraison, mais il fabrique des mois à l'avance. Quand la cadence monte, les stocks gonflent avant que le cash ne rentre : le cash libre (l'argent qui reste une fois les factures et les investissements payés) peut donc être négatif en pleine bonne santé commerciale. C'est exactement ce qu'Airbus explique pour son premier semestre : la sortie d'argent vient surtout d'un stock construit pour tenir la montée en cadence. Le groupe maintient son objectif annuel d'environ 4,5 Md€, ce qui suppose un second semestre très fort.
Regarde la trajectoire plutôt que la photo. D'après les séries de mon outil, le cash libre d'Airbus est passé de 3,8 Md€ en 2022 à 3,2 en 2023, 3,7 en 2024 puis 4,0 Md€ en 2025, pendant que les ventes grimpaient de 58,8 à 73,4 Md€. Ce n'est pas spectaculaire, c'est régulier. Et le nombre d'actions n'a pour ainsi dire pas bougé (+0,1 % par an) : ce que gagne l'entreprise se répartit entre le même nombre de propriétaires.
Pour Boeing, la série raconte une autre histoire : 2,3 Md$ de cash libre en 2022, 4,4 en 2023, puis une chute à moins 14,3 Md$ en 2024 et moins 1,9 en 2025, alors que les ventes remontaient de 66,6 à 89,5 Md$. Les ventes reviennent, le cash non. Et pour réparer le bilan, le nombre d'actions est passé de 595 à 762 millions, soit 28 % de plus en trois ans. Chaque action existante pèse donc un peu moins : c'est une dilution, et elle se paie en rendement par action même quand l'entreprise va mieux.
| Indicateur | Airbus | Boeing |
|---|---|---|
| Ventes 2025 | 73,4 Md€ | 89,5 Md$ |
| Cash libre 2025 | 4,0 Md€ | moins 1,9 Md$ |
| Cash libre, de 2022 à 2025 | de 3,8 à 4,0 Md€ | de 2,3 à moins 1,9 Md$ |
| Nombre d'actions, de 2022 à 2025 | stable (+0,1 % par an) | +28 % |
| Livraisons, 2026 | 351 sur le semestre | 171 sur le trimestre |
| Ma note qualité | 5 sur 10 | 6 sur 10, fragile |
| Prix en années de cash libre | 36,7, au milieu de son historique | non calculable, cash négatif |
| Prix d'achat raisonnable de mon modèle | 148 € | non calculable |
| Cours constaté | 187 €, surcote de 21 % | 187,75 $ |
Pourquoi la note de Boeing ne dit pas ce qu'on croit
Boeing obtient 6 sur 10 dans ma grille de dix critères financiers, contre 5 pour Airbus. Pris au pied de la lettre, ce serait un point pour Boeing. C'est une illusion de lecture, et je préfère te la montrer. Plusieurs critères de Boeing sont tout simplement non calculables, faute de cash libre positif sur les douze derniers mois : le rendement du capital, l'endettement rapporté au cash et la conversion du bénéfice en cash. Un critère non calculable ne compte pas comme une réussite, mais il ne compte pas non plus comme un échec, et il reste surtout invisible dans la note finale.
Les points que Boeing marque sont réels mais étroits : un cycle d'exploitation favorable (les clients versent des acomptes avant la livraison, ce qui finance la fabrication) et des marges qui s'élargissent par rapport à un point très bas. Ceux qu'il perd sont structurels, à commencer par la dilution de 5,4 % par an. Airbus perd ses points sur autre chose : une rentabilité du capital de 8,9 % sous ma barre de 15 %, des marges qui se compriment et une croissance du cash par action de 3 % par an. C'est un bon industriel, pas une machine à composer.
Du côté de Boeing, le contexte compte autant que la note. Le groupe a relevé sa cadence sur le 737 à 47 appareils par mois, ouvert une seconde ligne d'assemblage et affiche un carnet de commandes record de 715 Md$. Il vise un cash libre de 1 à 3 Md$ sur l'année et dit avoir réduit sa dette de 8,2 Md$ depuis janvier, d'après le compte rendu du deuxième trimestre. Une partie de ce cash du trimestre vient d'un calendrier d'encaissements favorable, qui ne se répétera pas forcément. Les détails sont dans le dépôt annuel auprès de la SEC.
Le prix : la surcote est chez Airbus, le brouillard chez Boeing
Je juge le prix avec le P/FCF : le cours de l'action divisé par le cash libre par action, soit le nombre d'années de cash que tu achètes. Airbus se valorise 36,7 fois son cash libre. C'est élevé en valeur absolue, mais c'est pile le milieu de sa propre histoire (autour du 52e centile sur la série du site) : le marché ne lui accorde ni prime inhabituelle ni décote. Il paie une montée en cadence qu'il croit durable, avec un objectif de 70 à 75 A320 par mois fin 2027, d'après le communiqué semestriel d'Airbus.
Mon modèle cherche le prix auquel un rendement de 15 % par an reste atteignable. Pour Airbus, il donne 148 €. L'action vaut environ 187 € : elle est donc 21 % au-dessus de ce point d'entrée. Ce n'est pas une alerte rouge, c'est une action de très bonne entreprise payée pour que tout se passe bien, avec peu de marge si le semestre de cash prévu glisse. Pour Boeing, mon outil ne sort pas de prix, et ce silence est en soi une information : tant que le cash libre n'est pas durablement positif, valoriser l'action revient à parier sur un redressement, pas à l'évaluer.
Mon verdict, sans conseil personnalisé : Airbus est la meilleure entreprise des deux et la seule dont je peux écrire un prix, mais elle n'est pas bon marché ; Boeing est un pari de redressement dont l'issue dépend de trois années de cash positif que personne n'a encore vues. Séparer la qualité du business de son prix, en quelques secondes, c'est ce que je voulais pouvoir faire pour n'importe quelle action. Tu peux voir les dossiers complets sur la fiche d'Airbus et la fiche de Boeing, ou relire ma méthodologie.
FAQ
Airbus ou Boeing : lequel génère le plus de cash ?
Airbus, nettement. Son cash libre est resté entre 3,2 et 4,0 Md€ par an depuis 2022, alors que celui de Boeing est passé de plus 4,4 Md$ en 2023 à moins 14,3 Md$ en 2024 puis moins 1,9 Md$ en 2025, selon les séries de mon outil.
Pourquoi Airbus a-t-il un cash libre négatif au premier semestre 2026 ?
Parce qu'il construit du stock pour monter en cadence : les avions sont fabriqués avant d'être livrés et payés. Le groupe a affiché environ moins 1,2 Md€ sur six mois et maintient un objectif d'environ 4,5 Md€ sur l'année, ce qui suppose un second semestre très fort.
La dilution de Boeing est-elle un problème ?
Oui pour l'actionnaire actuel : le nombre d'actions est passé de 595 à 762 millions entre 2022 et 2025, soit 28 % de plus. Chaque action existante représente une part plus petite de l'entreprise et du cash qu'elle produira.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).