Intel (INTC) : résultats T2 2026, mon verdict
2026-07-23 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
INTC : voir l'analyse complète sur Lubin Investment
Intel a publié le 23 juillet 2026 des revenus de 16,1 milliards de dollars (+25 % sur un an) et un bénéfice par action presque deux fois supérieur aux attentes, sa plus forte croissance en quinze ans, portée par la demande d'intelligence artificielle. L'action a bondi de plus de 12 % le jour même. Mais mon filtre qualité reste sévère, à 4 critères sur 10. Voici pourquoi les deux peuvent être vrais en même temps.
La plus forte croissance en quinze ans
Intel a publié le 23 juillet 2026, après la clôture des marchés américains, des résultats du deuxième trimestre 2026 qui ont pris le marché de court : un chiffre d'affaires de 16,1 milliards de dollars, en hausse de 25 % sur un an et 9,7 % au-dessus du consensus des analystes, et un bénéfice par action ajusté de 0,42 dollar, contre 0,22 dollar attendu, soit un dépassement de 94 %, quasiment le double de la prévision. Le directeur général Lip-Bu Tan a qualifié ce trimestre de plus forte croissance de revenus en plus de quinze ans, portée selon ses mots par une demande de calcul sans précédent liée à l'intelligence artificielle. L'action a bondi de plus de 12 % le jour de la publication.
Le moteur précis de cette accélération est le segment data center et IA, en hausse de 59 % sur un an. Le directeur financier Dave Zinsner a ajouté un détail rarement entendu dans la bouche d'un dirigeant d'Intel ces dernières années : l'entreprise est en situation de contrainte de capacité, la demande de ses clients data center dépassant ce qu'elle est capable de produire, au point qu'Intel commence à signer des accords pluriannuels avec certains clients, avec des prix ou des volumes verrouillés à l'avance. Une entreprise à qui on demande plus qu'elle ne peut produire n'est structurellement pas dans la même situation qu'une entreprise qui peine à vendre, un signal qui mérite d'être pris au sérieux.
Pourquoi mon filtre qualité reste sévère : cinq ans ne s'effacent pas en un trimestre
Sur mon modèle standard à 10 critères, Intel ne valide que 4 points sur 10, l'un des scores les plus bas que je suis parmi les grandes capitalisations. La marge nette ressort à -5,9 % sur les douze derniers mois : l'entreprise perd encore de l'argent au niveau comptable. Le chiffre d'affaires a reculé de 8,1 % par an en moyenne sur cinq ans, une vraie contraction : 77,9 milliards de dollars en 2020, seulement 52,9 milliards en 2025, soit un recul d'environ un tiers, la conséquence directe de parts de marché perdues face à AMD sur les processeurs et face à Nvidia sur l'intelligence artificielle, pendant qu'Intel construisait en parallèle de nouvelles usines de fabrication de puces (le pari dit « IDM 2.0 »), un investissement massif qui a pesé sur la rentabilité pendant plusieurs années avant de porter, peut-être, ses fruits aujourd'hui.
Ce pari sur la fabrication explique directement pourquoi le free cash flow d'Intel a été négatif quatre années de suite : moins 9,4 milliards de dollars en 2022, jusqu'à moins 15,7 milliards en 2024, avant de se redresser à moins 4,9 milliards en 2025. Construire des usines de semi-conducteurs coûte des dizaines de milliards de dollars par an en dépenses d'investissement, de l'argent sorti aujourd'hui pour une capacité de production qui ne rapporte que des années plus tard, si le pari fonctionne. Sur les douze derniers mois, la marge de cash générée n'atteint que 1,7 % du chiffre d'affaires, la toute première fois en plusieurs années qu'elle repasse en territoire positif, un signe de sortie de crise à confirmer plutôt qu'une correction déjà acquise. Un point positif malgré tout : le délai net d'encaissement (le temps entre le paiement des fournisseurs et l'encaissement des clients) s'élève à seulement 83 jours et se resserre de 10,6 jours par an, une discipline de gestion du besoin en fonds de roulement qui contraste avec le reste du tableau.
Le prix : pourquoi le P/FCF ne veut rien dire ici
C'est le point le plus important à bien comprendre avant de regarder le prix de l'action Intel : le P/FCF (le prix de l'action divisé par le free cash flow généré par action) affiche 518,6 fois sur les douze derniers mois, un chiffre qui semble énorme. Mais ce multiple n'a ici aucune valeur informative, et voici pourquoi il faut s'en méfier plutôt que de le lire au premier degré. Un P/FCF se calcule en divisant le prix par un free cash flow par action de seulement 0,19 dollar, c'est-à-dire un dénominateur quasiment nul : diviser par un chiffre proche de zéro fait mécaniquement exploser n'importe quel ratio, sans que cela reflète une réalité économique comparable à une entreprise qui génère un cash flow normal. Comparer ce 518,6 fois à la moyenne du secteur des semi-conducteurs, ou au propre historique d'Intel avant que son free cash flow ne devienne quasi nul, n'a donc pas de sens : ce n'est pas qu'Intel soit devenue extraordinairement chère, c'est que la mesure elle-même est cassée quand son dénominateur s'effondre. Pour la même raison, mon modèle de prix d'achat raisonnable, qui affiche un prix cible de 1,45 dollar contre un cours de 100,23 dollars, n'a ici aucune valeur pratique : il projette un free cash flow par action quasiment nul sur cinq ans, ce qui écrase mécaniquement le résultat.
Le bon réflexe face à ce genre de situation, plutôt que de forcer une lecture par un ratio qui ne fonctionne pas, est de revenir aux faits solides : un chiffre d'affaires qui vient de croître de 25 % en un trimestre, le rythme le plus rapide en quinze ans, avec un segment data center et IA en hausse de 59 %, et une entreprise qui dit elle-même manquer de capacité de production face à la demande. C'est un narratif positif réel, mais un seul trimestre ne suffit pas à effacer cinq ans de déclin structurel des revenus et de free cash flow négatif : c'est un signal à confirmer sur plusieurs trimestres, pas encore une tendance installée.
Comment je le lis
Intel illustre un cas où la qualité fondamentale et l'actualité du jour racontent deux histoires différentes, et où il faut se méfier de la tentation de les mélanger. Sur la qualité, mon filtre reste clairement négatif (4 critères sur 10) : cinq ans de recul des ventes, quatre années de free cash flow négatif, et une rentabilité encore dans le rouge sur les douze derniers mois, la trace comptable d'un pari industriel très coûteux sur la fabrication de puces avancées. Sur l'actualité, en revanche, ce trimestre est le premier signal concret que ce pari pourrait commencer à payer : la plus forte croissance en quinze ans, un segment IA en plein boom, et une entreprise qui peine à suivre la demande plutôt que l'inverse. Je ne transforme pas un bon trimestre en conclusion sur la qualité structurelle de l'entreprise, ni l'inverse : je note le signal, je surveille s'il se confirme sur les prochains trimestres, et j'attends que le free cash flow redevienne réellement significatif avant de pouvoir évaluer un prix avec un outil qui redevient fiable. Tu peux retrouver le détail chiffré sur la page d'analyse d'Intel, une explication de ce qui rend un free cash flow négatif différent d'un simple mauvais chiffre dans mon article sur le FCF négatif, et ma méthodologie.
- Résultats du T2 2026 (23 juillet, après clôture) : revenus de 16,1 milliards de dollars (+25 % sur un an, +9,7 % vs consensus), bénéfice par action ajusté de 0,42 dollar contre 0,22 dollar attendu (+94 %), plus forte croissance en 15 ans selon le PDG Lip-Bu Tan. Action +12 % le jour même.
- Le moteur : le segment data center et IA bondit de 59 %. Intel dit être en situation de contrainte de capacité (la demande dépasse la production) et commence à signer des accords pluriannuels avec ses clients, un signal rare et positif.
- Qualité encore faible (4 critères sur 10) : revenus en recul de 8,1 %/an sur 5 ans (-32 % au total), marge nette encore négative (-5,9 %), quatre années de free cash flow négatif liées au pari coûteux sur la fabrication de puces avancées.
- Prix : le P/FCF de 518,6 fois n'a pas de valeur informative ici, calculé sur un free cash flow par action quasiment nul ; mon modèle de prix cible est pour la même raison inutilisable en pratique.
- Verdict : un vrai signal positif à confirmer sur plusieurs trimestres, pas encore une tendance installée qui efface cinq ans de déclin structurel.
FAQ
Pourquoi l'action Intel a-t-elle bondi de plus de 12 % après ces résultats ?
Parce qu'Intel a publié sa plus forte croissance de revenus en quinze ans (+25 %), portée par un segment data center et IA en hausse de 59 %, avec un bénéfice par action quasiment deux fois supérieur aux attentes, un signal jugé rare et positif par le marché.
Pourquoi le P/FCF d'Intel de 518,6 fois n'a-t-il pas de sens ?
Parce qu'il se calcule sur un free cash flow par action quasiment nul (0,19 dollar) : diviser par un chiffre proche de zéro fait mécaniquement exploser n'importe quel ratio, sans refléter une réalité comparable à une entreprise au cash flow normal. Ce n'est pas un signal de cherté fiable.
Pourquoi le free cash flow d'Intel a-t-il été négatif pendant quatre ans ?
Intel a investi des dizaines de milliards de dollars par an dans la construction de nouvelles usines de fabrication de puces (le pari « IDM 2.0 »), un investissement massif qui pèse sur le cash disponible avant de rapporter, si le pari fonctionne, plusieurs années plus tard.
La qualité fondamentale d'Intel s'est-elle améliorée avec ce trimestre ?
Le trimestre est un signal positif réel (croissance record, segment IA en plein boom), mais mon filtre qualité reste bas (4 critères sur 10) : cinq ans de recul des ventes et quatre années de free cash flow négatif ne s'effacent pas en un seul trimestre. Le signal doit se confirmer sur la durée.
Faut-il acheter l'action Intel après ces résultats ?
Ma grille qualité reste faible (4 critères sur 10) et mon modèle de prix n'est pas utilisable ici faute de free cash flow significatif. Le trimestre est un signal positif à surveiller, pas encore une conclusion. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).