Quel secteur qualité est le moins cher en 2026 ?
2026-07-25 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Sur les 89 actions qui valident tous les critères de mon filtre qualité en juillet 2026, le prix payé pour leur cash varie énormément selon le secteur : l'assurance dommages se négocie à une médiane de 7,1 fois son cash annuel, contre 64,2 fois pour les équipementiers de semi-conducteurs, soit près de neuf fois plus cher. Voici le classement complet et ce qui explique cet écart.
Une question simple, posée sur 89 actions triées sur le volet
Mon filtre qualité applique une dizaine de critères objectifs (rentabilité, croissance du cash, discipline sur les rachats d'actions ou la dilution, endettement maîtrisé) à des milliers d'actions du monde entier, sans jamais regarder leur prix. En juillet 2026, 89 d'entre elles valident absolument tous les critères de mon modèle : ce sont, sur le papier, les meilleures entreprises de mon univers suivi, indépendamment de ce qu'elles coûtent en bourse aujourd'hui.
Une fois cette liste de 89 « élèves modèles » établie, une question naturelle se pose : le marché les valorise-t-il toutes de la même façon ? La réponse est non, et l'écart est spectaculaire. Pour comparer leur prix, j'utilise le P/FCF (price-to-free-cash-flow) : le prix de l'action divisé par le free cash flow généré par action sur les douze derniers mois, autrement dit le nombre d'années de cash qu'il faudrait pour « rembourser » ton achat au rythme actuel. Un P/FCF de 7 veut dire que tu paies 7 ans de cash annuel ; un P/FCF de 60 veut dire 60 ans. Plutôt que la moyenne, qui peut être faussée par une seule valeur extrême, j'utilise la médiane par secteur : la valeur du milieu, celle qui sépare la moitié la moins chère de la moitié la plus chère du groupe.
Le classement secteur par secteur
| Secteur | P/FCF médian | Nombre de 10/10 | Repère |
|---|---|---|---|
| Assurance dommages (P&C) | 7,1× | 8 | De 2,9× (Universal Insurance) à 9,3× (Assurant) |
| Or (mines) | 13,1× | 3 (2 groupes distincts) | Kinross Gold coté sur 2 places, DPM Metals |
| Logiciels d'infrastructure | 13,3× | 4 | GoDaddy à 8,4×, Nutanix à 35,8× |
| Biotechnologie | 16,5× | 3 | Exelixis (16,5×), UCB (27,5×) |
| Services de crédit | 16,8× | 3 | First Cash Financial, Sezzle, Mastercard (25,3×) |
| Équipements pétrole/gaz | 16,8× | 4 | Cactus (14,7×) à TechnipFMC (19,8×) |
| Logiciels applicatifs | 19,3× | 10 | Salesforce (13,2×) à Shopify (99,6×) |
| Données financières/bourses | 21,0× | 3 | Bourse de Hong Kong, Moody's (31,4×) |
| Appareils médicaux | 22,5× | 4 | ResMed, Haemonetics, STERIS |
| Ingénierie/construction | 24,1× | 3 | Argan (24,1×), Comfort Systems (48,1×) |
| Loisirs | 25,0× | 3 | Technogym (25,0×), Bandai Namco (16,7×) |
| Équipementiers semi-conducteurs | 64,2× | 2 | ASML Holding, Advantest |
Je me limite volontairement aux secteurs qui comptent au moins 3 actions notées 10/10, pour que la médiane ait un vrai sens statistique : avec un seul représentant, le « secteur le moins cher » ou le « plus cher » du classement ne dirait rien de plus que le prix d'une seule entreprise. Même avec ce filtre, la prudence reste de mise pour les groupes de 3 ou 4 noms, où une seule action atypique peut encore beaucoup peser sur la médiane.
Pourquoi l'assurance dommages est si bon marché : le mécanisme du float
L'assurance dommages (dite P&C, pour property & casualty : habitation, automobile, catastrophes naturelles) est structurellement moins chère que la quasi-totalité des autres secteurs qualité, et ce n'est pas un hasard statistique. Un assureur encaisse les primes de ses clients aujourd'hui, mais ne paie les sinistres que plus tard, parfois des années plus tard pour les dossiers complexes. Entre les deux, il conserve et fait fructifier cet argent : c'est ce qu'on appelle le float. Ce mécanisme donne à l'assurance un profil de cash flow différent des autres secteurs, et le marché, habitué à valoriser ces entreprises sur des multiples de bénéfice comptable plutôt que de cash pur, a tendance à sous-valoriser leur génération de free cash flow réelle en comparaison des standards technologiques ou industriels. Résultat : à qualité égale sur mon filtre, un assureur dommages coûte souvent 2 à 3 fois moins cher qu'un éditeur de logiciel.
Pourquoi les équipementiers de semi-conducteurs sont si chers : un monopole sur la machine à fabriquer les puces
À l'autre extrémité du classement, les équipementiers de semi-conducteurs (les entreprises qui fabriquent les machines qui fabriquent les puces électroniques, pas les puces elles-mêmes) affichent une médiane de 64,2 fois leur cash annuel, presque neuf fois le multiple de l'assurance dommages. ASML Holding, l'exemple le plus connu du secteur, détient un quasi-monopole mondial sur les machines de lithographie extrême ultraviolet (EUV), une technologie si complexe qu'aucun concurrent sérieux n'a réussi à la répliquer depuis des années : chaque usine de pointe qui veut fabriquer les puces les plus avancées du monde doit, d'une façon ou d'une autre, passer par ASML.
Ce quasi-monopole technologique, combiné à la ruée mondiale des investissements dans les capacités de production de puces pour l'intelligence artificielle, donne au marché une conviction forte que la croissance de ces entreprises va rester très élevée pendant encore de nombreuses années, ce qui justifie, à ses yeux, de payer aujourd'hui un multiple de cash très supérieur à la moyenne. C'est le prix d'un moat (avantage concurrentiel durable, littéralement « douve » qui protège un château) presque inattaquable, mais c'est aussi un pari sur la poursuite d'un cycle d'investissement technologique qui, comme tous les cycles, a historiquement fini par ralentir un jour ou l'autre.
Ce que ce classement ne dit pas
Un secteur qui apparaît bon marché ne signifie pas automatiquement une bonne affaire, et un secteur cher ne signifie pas automatiquement une survalorisation à corriger : mon filtre qualité juge le passé (la rentabilité et la discipline financière des 5 dernières années), pas la croissance future, et un secteur cher peut simplement refléter une croissance future que le marché juge, à raison ou à tort, bien supérieure à celle d'un secteur bon marché. Ce classement doit se lire comme un point de départ pour creuser CHAQUE cas individuellement (pourquoi ce prix, ce prix est-il justifié par la trajectoire réelle de l'entreprise), jamais comme une conclusion toute faite du type « achète de l'assurance, évite les semi-conducteurs ».
Autre limite à garder en tête : plusieurs groupes ne comptent que 2 ou 3 sociétés, et une même entreprise peut apparaître deux fois sous deux tickers différents si elle est cotée sur plusieurs places boursières (c'est le cas de Kinross Gold dans le secteur de l'or, coté à la fois à New York et à Toronto) : le nombre réel d'entreprises DISTINCTES est parfois inférieur au nombre de lignes du tableau, une nuance qu'il faut garder à l'esprit avant de tirer une conclusion sectorielle trop ferme sur un petit échantillon.
- 89 actions valident tous les critères de mon filtre qualité en juillet 2026, sans distinction de prix : le point de départ neutre de cette étude.
- Écart de prix considérable entre secteurs à qualité égale : médiane de 7,1× le cash annuel pour l'assurance dommages (8 actions), contre 64,2× pour les équipementiers de semi-conducteurs (2 actions), soit près de 9 fois plus cher.
- Mécanisme clé de l'assurance bon marché : le float (les primes encaissées avant de payer les sinistres, que l'assureur fait fructifier entre-temps) donne un profil de cash différent, souvent sous-valorisé par un marché habitué aux multiples de bénéfice comptable.
- Mécanisme clé des semi-conducteurs chers : un quasi-monopole technologique (ASML sur la lithographie EUV) combiné à un cycle d'investissement mondial dans l'IA, qui justifie aux yeux du marché de payer une croissance future très forte.
- Limite importante : les groupes de 2-3 entreprises manquent de robustesse statistique, et une même société peut compter deux fois si elle est cotée sur plusieurs places (cas de Kinross Gold). Ce classement est un point de départ pour creuser, pas une conclusion d'achat automatique.
FAQ
Quel est le secteur qualité le moins cher en 2026 selon ce classement ?
L'assurance dommages (property & casualty), avec une médiane de 7,1 fois le cash annuel sur les 8 actions notées 10/10 du secteur, la moins chère de tous les secteurs comptant au moins 3 représentants.
Quel est le secteur qualité le plus cher en 2026 ?
Les équipementiers de semi-conducteurs (ASML, Advantest), avec une médiane de 64,2 fois le cash annuel, près de 9 fois plus cher que l'assurance dommages, justifié par un quasi-monopole technologique et le boom des investissements liés à l'intelligence artificielle.
Pourquoi l'assurance dommages se valorise-t-elle si peu cher malgré une note de qualité parfaite ?
Un assureur encaisse les primes avant de payer les sinistres, parfois des années plus tard, et fait fructifier cet argent entre-temps (le float). Ce profil de cash flow particulier est souvent sous-valorisé par un marché plus habitué à juger ces entreprises sur des multiples de bénéfice comptable classiques.
Un secteur bon marché est-il toujours une meilleure affaire qu'un secteur cher ?
Non : ce classement juge la qualité passée (rentabilité, discipline financière sur 5 ans), pas la croissance future. Un secteur cher peut refléter une croissance future que le marché juge supérieure. Il faut creuser chaque entreprise individuellement avant de conclure.
Combien d'actions ont été analysées pour ce classement ?
89 actions valident tous les critères du filtre qualité de Lubin Investment en juillet 2026, réparties sur des dizaines de secteurs. Le classement se limite aux secteurs comptant au moins 3 représentants, pour que la médiane ait un sens statistique.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).