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Ces actions où mon modèle et le marché ne sont pas d'accord

2026-08-15 ·

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Mon modèle projette le cash futur de chaque action pour en déduire un prix d'achat raisonnable, sans regarder sa note qualité. L'écart le plus grand aujourd'hui : Afya et Yelp, valorisées à une fraction de ce que mon modèle attend. Mais un écart énorme n'est pas toujours fiable, comme le montre un cas que j'exclus volontairement plus bas.

Sous-évaluée : par rapport à quoi, exactement ?

J'ai déjà publié deux façons différentes de repérer une action bon marché sur ce site. La première compare son P/FCF (price to free cash flow, le prix de l'action rapporté au cash qu'elle génère réellement une fois ses factures payées) au marché dans son ensemble : un P/FCF de 10 veut dire que tu paies 10 ans de ce cash. La deuxième compare ce même P/FCF à sa propre histoire, pour dire si l'action est chère ou pas cher pour elle-même, indépendamment du marché.

Il existe une troisième méthode, que je n'avais jamais publiée telle quelle : mon modèle projette la trajectoire de cash future de l'entreprise et en déduit un prix d'achat raisonnable, un montant en dollars ou en euros, pas un ratio. L'écart entre ce prix et le cours réel, exprimé en pourcentage, me dit combien de marge de sécurité reste sur la table si mon estimation est juste. Ce classement ne se limite pas aux notes parfaites : il compare tout ce qui valide au moins 8 de mes 10 critères, quel que soit le secteur.

Comment ce prix d'achat raisonnable est calculé

La mécanique tient en trois étapes, que j'ai détaillées dans mon article sur le DCF (discounted cash flow) : je projette le cash par action sur 5 ans, avec une croissance plafonnée à 20 % par an même si l'historique de l'entreprise est plus rapide (personne ne maintient une hyper-croissance indéfiniment). J'applique ensuite à ce cash futur un multiple qui ne dépasse jamais le plus haut jamais atteint par l'action elle-même dans les 5 dernières années, plafonné à 40 fois. Enfin, j'actualise ce montant futur à aujourd'hui avec un rendement exigé fixe de 15 % par an : plus l'échéance est lointaine, plus je décote fort le dollar promis, parce qu'un dollar dans 5 ans vaut moins qu'un dollar aujourd'hui.

Ce prix ne regarde ni le P/FCF brut de mon étude sur les 50 actions les plus sous-évaluées, ni le percentile historique de mon classement des notes parfaites bon marché : il compare le cours d'aujourd'hui à ce que l'entreprise devrait valoir dans 5 ans, ramené à aujourd'hui. Deux actions avec le même P/FCF peuvent donc afficher un écart complètement différent selon que leur cash croît vite ou stagne, et selon que le marché les a historiquement payées cher ou pas.

Le revers de la médaille : quand l'une des trois étapes est elle-même extrême, tirée d'un historique atypique, le résultat final peut l'être aussi. Je montre plus bas un cas où c'est manifestement le cas, et pourquoi je préfère l'écarter plutôt que de le mettre en avant comme une pépite.

Les 10 actions où l'écart est aujourd'hui le plus grand

J'ai vérifié en direct, le jour de l'écriture, le prix d'achat raisonnable de chaque action qui valide au moins 8 de mes 10 critères de qualité et qui apparaît déjà comme bon marché sur son P/FCF brut (33 candidates parmi les 500 mieux notées de mon filtre). Voici les 10 où l'écart avec le cours réel est le plus grand, un cas exclu à part plus bas.

ActionSecteurNoteValorisation (P/FCF)Écart avec mon prix d'achat
Afya (AFYA)Éducation médicale, Brésil10/101,1×+768,9 %
Yelp (YELP)Contenu internet, avis locaux8/107,7×+421,4 %
GoDaddy (GDDY)Infrastructure logicielle, noms de domaine9/108,7×+225,6 %
RenaissanceRe (RNR)Réassurance10/103,2×+211,1 %
Gold Fields (GFI)Mines d'or9/1015,2×+192,8 %
Collegium Pharmaceutical (COLL)Pharma spécialisée8/103,2×+190,6 %
ANI Pharmaceuticals (ANIP)Pharma générique spécialisée9/1010,9×+185,0 %
Pegasystems (PEGA)Logiciel d'entreprise8/1016,6×+176,4 %
Bright Horizons (BFAM)Garde d'enfants en entreprise8/1017,9×+176,0 %
The Trade Desk (TTD)Publicité programmatique9/1017,9×+164,4 %

En tête, Afya, l'entreprise qui forme une bonne partie des médecins du Brésil, déjà racontée en détail sur ce site : licences universitaires rares, cash récurrent des étudiants inscrits sur plusieurs années. La nouveauté depuis cet article : la croissance du cash par action, historiquement très rapide, a nettement ralenti (+2,6 % sur un an au premier trimestre 2026, contre une moyenne à deux chiffres les années précédentes). L'écart reste immense parce que mon modèle continue de projeter une partie de cet historique rapide, mais il devrait se resserrer si ce ralentissement se confirme trimestre après trimestre.

Deuxième position, Yelp : le marché la valorise à peine plus de 7 fois son cash annuel, un niveau qui reflète la peur que l'IA générative (les résumés de recherche qui répondent directement à la question sans renvoyer vers un site tiers) assèche son trafic gratuit. Mais le communiqué du deuxième trimestre 2026 de Yelp montre une entreprise qui construit une deuxième jambe : ses revenus hors publicité (Yelp Assistant, Yelp Host, les licences de données via Hatch) ont presque doublé sur un an, pendant que la publicité traditionnelle reculait de 3 %. Si cette bascule tient, la valorisation actuelle sous-estime une entreprise en train de changer de moteur de croissance, pas seulement une régie publicitaire en déclin.

GoDaddy, déjà couverte ici, doit une bonne partie de son cash à un mécanisme simple mais puissant : une fois qu'un nom de domaine est enregistré quelque part, changer de prestataire est un vrai risque technique (redirections cassées, emails perdus), donc le taux de renouvellement reste très élevé année après année, quasiment sans effort commercial. Le communiqué du deuxième trimestre 2026 montre un cash disponible en hausse de 13,3 % sur un an, pendant que le marché reste sceptique sur son pari Airo (un outil qui construit un site avec l'IA), dont les réservations ont été multipliées par 5 en un trimestre mais partent d'une base encore minuscule. C'est ce scepticisme sur le pari de croissance, pas un doute sur le cœur de métier, qui explique une bonne partie de l'écart.

RenaissanceRe, déjà couverte ici, illustre un mécanisme propre à l'assurance qu'il faut comprendre avant de juger son prix : le combined ratio. C'est la part de chaque dollar de prime encaissée qui repart en sinistres et en frais de gestion ; en dessous de 100 %, l'assureur garde le reste comme profit de souscription, avant même de compter ce qu'il gagne en plaçant l'argent des primes en attendant de payer les sinistres. Le communiqué du deuxième trimestre 2026 affiche un combined ratio de 72,8 %, soit près de 27 cents de profit de souscription par dollar de prime avant même les revenus de placement, et 350 millions de dollars de rachats d'actions sur le seul trimestre. Le marché reste prudent parce que les primes encaissées reculent (moins 12,5 % sur un an), un secteur qui se contracte pendant les bonnes années pour mieux résister aux mauvaises.

Gold Fields est le cas le plus clairement cyclique du lot. Son dépôt réglementaire (formulaire 6-K) du premier trimestre 2026 auprès de la SEC annonce une production en hausse de 15 %, mais aussi des coûts qui grimpent : le diesel qui alimente les engins miniers a augmenté de 30 à 70 % depuis février à cause des tensions autour de l'Iran. Pour un mineur d'or, le cash généré dépend presque entièrement de deux variables qui ne sont pas sous son contrôle, le prix de l'once et le coût de l'énergie : c'est ce qui rend son cash historiquement volatil, et donc mon prix d'achat raisonnable, qui repose sur une projection de ce cash, plus incertain que pour les autres noms de ce classement.

Le cas que j'exclus volontairement, et pourquoi

PagSeguro (la maison mère de PagBank, une banque numérique brésilienne) affiche, sur le papier, l'écart le plus spectaculaire de tout mon filtre : plus de 19 fois le cours actuel. Je l'exclus du classement ci-dessus parce qu'un chiffre, à lui seul, trahit le problème : le cash libre par action affiché sur la période récente (17,80 $) dépasse le cours de l'action elle-même (8,72 $). Autrement dit, mon modèle affirme que cette entreprise génère, en un an, plus de cash par action que ce que le marché paie aujourd'hui pour la posséder entièrement. Ce n'est pas impossible en théorie, mais c'est un signal qu'il faut vérifier avant de le croire, jamais un signal à publier tel quel.

L'explication la plus probable tient à la nature de son activité : PagBank est désormais une banque avec un vrai portefeuille de crédit et de dépôts. Dans ce type d'entreprise, le cash généré par les opérations peut bondir un trimestre donné simplement parce que les dépôts des clients augmentent plus vite que les nouveaux crédits accordés, un mouvement de bilan, pas un profit récurrent que l'actionnaire peut s'attendre à voir se répéter. Sans démêler ce point précisément (hors du périmètre de cet article), le simple fait que le cash par action dépasse le cours suffit à disqualifier ce cas d'un classement censé repérer de vraies opportunités, pas des artefacts de calcul.

Ce que ce classement ne dit pas

Un écart important entre le cours et mon prix d'achat raisonnable n'est pas un signal d'achat automatique, c'est un point de départ pour creuser. Yelp et Gold Fields sont dans ce classement pour des raisons opposées et tout aussi réelles : l'une fait face à une vraie menace structurelle sur son modèle (l'IA qui répond à la place de rediriger vers un site), l'autre dépend d'un prix de matière première et d'un coût de l'énergie qu'elle ne contrôle pas. Mon modèle ne sait pas trancher si ces risques sont déjà entièrement dans le prix ou pas : il calcule seulement l'écart en partant de l'hypothèse que l'entreprise continue sur sa trajectoire de cash récente.

Vérifie toujours la fiche complète avant de te faire un avis, en particulier le détail des 10 critères et l'historique de valorisation propre à l'action : ma méthodologie complète explique comment je pondère chaque critère, et mon outil d'analyse te permet de refaire le même calcul sur n'importe quelle action, y compris celles qui ne sont pas dans ce classement aujourd'hui.

En quatre points

FAQ

Qu'est-ce que le prix d'achat raisonnable de mon modèle ?

C'est le prix que je serais prêt à payer aujourd'hui pour une action, calculé en projetant son cash par action sur 5 ans (croissance plafonnée à 20 % par an), en lui appliquant un multiple qui ne dépasse jamais son propre plus haut historique, puis en actualisant ce montant à un rendement exigé de 15 % par an.

Pourquoi l'écart est-il si différent d'une action à l'autre ?

Parce qu'il dépend de deux éléments propres à chaque action : la vitesse à laquelle son cash par action a réellement progressé, et le multiple maximal que le marché a historiquement accepté de payer pour elle. Deux actions au même P/FCF peuvent avoir un écart très différent selon ces deux facteurs.

Un grand écart veut-il dire qu'il faut acheter l'action ?

Non. Un grand écart signale que mon modèle, à partir de la trajectoire de cash récente, estime l'action décotée. Il ne sait pas juger si cette trajectoire va se poursuivre, ni si le marché a de bonnes raisons de rester méfiant, comme le montre le cas de Gold Fields, exposée à un coût de l'énergie qu'elle ne maîtrise pas.

Pourquoi exclure PagSeguro alors qu'il affiche l'écart le plus grand ?

Parce qu'un chiffre trahit une incohérence : son cash libre par action affiché dépasse le cours de l'action elle-même, ce qui n'a pas de sens pour une entreprise stable. C'est le signe d'un artefact de calcul, probablement lié aux mouvements de bilan d'une activité bancaire, pas d'une vraie opportunité.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).