Starbucks (SBUX) : résultats T3 2026, mon verdict
2026-07-29 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Starbucks a publié le 29 juillet 2026 des ventes comparables en hausse de 7,9 %, bien au-dessus des 5,7 % attendus, et relevé sa prévision annuelle pour la deuxième fois. Mon filtre qualité ne valide que 5 critères sur 10, mais le redressement engagé par le PDG Brian Niccol devient de plus en plus difficile à ignorer. Voici comment j'ai fait évoluer mon avis depuis mon scepticisme de juillet.
Ce qui vient de tomber : un quatrième trimestre de suite de redressement
Starbucks a publié le 29 juillet 2026 les résultats de son troisième trimestre fiscal 2026 : un chiffre d'affaires de 9,32 milliards de dollars, légèrement sous l'estimation de 9,44 milliards, mais des ventes à magasins comparables en hausse de 7,9 %, très largement au-dessus des 5,7 % attendus par le marché et en accélération par rapport aux 6,2 % du trimestre précédent. Le bénéfice par action ressort à 0,91 dollar (0,85 dollar hors éléments exceptionnels), largement au-dessus des 0,66 dollar attendus par le consensus. C'est le quatrième trimestre consécutif de croissance positive des ventes comparables à l'échelle mondiale, et le deuxième trimestre de suite d'expansion des marges. Starbucks a relevé sa prévision annuelle de bénéfice par action ajusté à une fourchette de 2,55 à 2,65 dollars, contre 2,25 à 2,45 dollars précédemment.
Le PDG Brian Niccol, arrivé pour redresser l'entreprise, a résumé le trimestre ainsi : « Notre plan Back to Starbucks reposait sur la conviction qu'un café d'exception, la connexion humaine et l'expérience client l'emportent chaque jour. Nos résultats du troisième trimestre en sont la preuve. » Concrètement, ce plan repose sur un recentrage sur l'expérience en magasin (moins d'attente, plus de personnalisation, un service plus rapide) après des années où Starbucks avait, selon une partie de la critique, sacrifié l'expérience du café de quartier au profit du volume et de la commande mobile.
Pourquoi mon filtre ne valide encore que 5 critères sur 10
Malgré ce redressement opérationnel réel, le filtre financier reste sévère avec Starbucks, et il faut comprendre pourquoi. La marge nette n'est que de 3,9 %, un niveau faible qui dit que sur 100 dollars de chiffre d'affaires, moins de 4 finissent en bénéfice net une fois tous les coûts payés (loyers de milliers de magasins, personnel, matières premières), le tout premier critère que je regarde, expliqué dans mon guide sur la marge nette. La croissance des ventes sur cinq ans n'est que de 5,3 % par an en moyenne, un chiffre qui inclut les années difficiles qui ont précédé l'arrivée de Niccol. Plus préoccupant : le free cash flow par action a reculé de 9,8 % par an en moyenne sur cinq ans, et la dette nette se rembourserait en 5,73 années de free cash flow, un niveau élevé qui limite les marges de manoeuvre. Les marges opérationnelles se sont comprimées sur la période plutôt que de s'élargir, cohérent avec les années de difficultés que l'entreprise cherche justement à corriger aujourd'hui.
Un point positif mérite d'être noté : le ratio de conversion des bénéfices en cash atteint 158 %, très au-dessus de l'objectif de 100 % que je vise habituellement. Cela peut sembler contre-intuitif pour une entreprise aux marges nettes si faibles, mais cela s'explique par la structure du bilan de Starbucks : les charges non-cash comme les dépréciations d'un immense parc de magasins pèsent sur le bénéfice comptable sans consommer de trésorerie réelle, ce qui gonfle mécaniquement ce ratio par rapport au profit net déclaré. C'est un signe que le cash généré est au moins aussi solide que ce que suggère le bénéfice comptable, même si ce dernier reste faible dans l'absolu.
Ce qui a changé depuis mon scepticisme de juillet
J'avais publié le 12 juillet 2026 une analyse avant ces résultats, où mon filtre ne donnait que 5 sur 10 à Starbucks et où je notais une action chère malgré ces difficultés. Le score n'a pas bougé, mais la trajectoire, elle, a changé : quatre trimestres de suite de ventes comparables positives et deux trimestres de suite d'expansion des marges ne sont plus un simple effet de base après une mauvaise période, c'est un début de tendance. La vraie question n'est plus de savoir si Niccol peut arrêter l'hémorragie (les chiffres disent que oui), mais si ce rythme d'amélioration peut se maintenir assez longtemps pour faire remonter durablement les critères financiers qui échouent encore aujourd'hui, notamment la marge nette et la dette.
Le prix : toujours cher, mais pour une thèse qui se précise
Starbucks se valorise 50,3 fois son free cash flow des douze derniers mois, un multiple élevé pour une entreprise dont le filtre qualité reste en dessous de la moyenne. Mon modèle de prix d'achat raisonnable, pénalisé par le recul récent du free cash flow par action, vise seulement 10,38 dollars contre un cours actuel de 104,14 dollars, une surcote très importante d'environ 90 %. Ce chiffre doit être lu avec prudence : mon modèle regarde en priorité la trajectoire des cinq dernières années, une période qui inclut les pires trimestres de Starbucks avant l'arrivée de Niccol, et capte donc encore mal l'inflexion récente. Si les quatre derniers trimestres de redressement se confirment sur la durée, ce prix d'achat remontera mécaniquement dans mes prochaines analyses. Pour l'instant, le pari reste un pari sur la poursuite du redressement, pas sur des chiffres de valorisation déjà favorables.
Ce qui pourrait dérailler la thèse
Le risque principal est que ce redressement reste un rebond de moyen terme sans se traduire en amélioration durable de la marge nette et de l'endettement, qui restent aujourd'hui les points faibles structurels de Starbucks. Le coût des matières premières (café, lait) et de la main-d'oeuvre dans la restauration rapide reste une pression constante. Enfin, une partie du redressement des ventes comparables peut venir d'un effet de comparaison favorable avec des trimestres particulièrement faibles l'an dernier, un effet qui s'atténuera mécaniquement à mesure que les trimestres de référence redeviennent plus normaux.
- Starbucks a publié le 29 juillet 2026 des ventes comparables en hausse de 7,9 % (contre 5,7 % attendus), un 4e trimestre consécutif de croissance positive, et relevé sa prévision annuelle de bénéfice par action à 2,55-2,65 $.
- Mon filtre qualité ne valide que 5 critères sur 10 : marge nette faible (3,9 %), dette élevée (5,73 ans de FCF), FCF par action en baisse de 9,8 %/an sur 5 ans. Point positif : conversion des bénéfices en cash à 158 %, portée par les dépréciations non-cash d'un vaste réseau de magasins.
- Le P/FCF de 50,3 fois reste cher, et mon modèle (encore pénalisé par les années difficiles pré-Niccol) vise 10,38 $ contre un cours de 104,14 $. Ce prix devrait remonter si le redressement se confirme sur la durée.
- Le vrai test : la 4e amélioration trimestrielle de suite est-elle un vrai redressement structurel ou un rebond après une période particulièrement faible ? Ce n'est pas un conseil en investissement, fais tes propres recherches.
FAQ
Pourquoi le filtre qualité de Starbucks reste-t-il faible malgré de bons résultats ?
Parce que mon filtre juge sur cinq ans de données, une période qui inclut les trimestres difficiles avant l'arrivée du PDG Brian Niccol : marge nette faible (3,9 %), dette élevée (5,73 années de free cash flow) et free cash flow par action en baisse de 9,8 % par an en moyenne. Le redressement récent, sur seulement quatre trimestres, n'a pas encore eu le temps de faire remonter ces moyennes longues.
Pourquoi la conversion des bénéfices en cash de Starbucks est-elle si élevée (158 %) malgré une faible marge nette ?
Parce que les charges non-cash, notamment les dépréciations d'un immense parc de magasins, pèsent sur le bénéfice comptable sans consommer de trésorerie réelle. Cela gonfle mécaniquement ce ratio par rapport au profit net déclaré, un signe que le cash réellement généré est plus solide que ne le suggère le bénéfice comptable.
Le prix d'achat raisonnable de 10,38 dollars pour Starbucks est-il fiable ?
Il faut le lire avec prudence : mon modèle se base sur la trajectoire des cinq dernières années, qui inclut les pires trimestres de Starbucks avant le redressement de Niccol. Si les quatre derniers trimestres d'amélioration se confirment sur la durée, ce prix remontera mécaniquement dans mes prochaines analyses.
Faut-il acheter l'action Starbucks après ces résultats ?
Le redressement opérationnel est réel (4e trimestre consécutif de ventes comparables positives), mais mon filtre qualité et mon modèle de prix restent défavorables pour l'instant, encore marqués par les années difficiles. C'est un pari sur la poursuite du redressement, pas une action déjà bon marché sur mes chiffres. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).