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Procter & Gamble (PG) : résultats T4 2026, mon verdict

2026-07-29 ·

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Procter & Gamble a publié le 29 juillet 2026 un chiffre d'affaires de 21,2 milliards de dollars, avec une croissance organique tombée à zéro ce trimestre après quatre années portées par la hausse des prix. Mon filtre qualité valide 8 critères sur 10, mais mon modèle juge l'action surcotée d'environ 53 %. Voici comment je sépare la qualité réelle du prix à payer.

Ce qui vient de tomber : la machine à hausses de prix s'arrête

Procter & Gamble a publié le 29 juillet 2026, avant l'ouverture des marchés, les résultats de son quatrième trimestre fiscal 2026 (clos fin juin 2026) : un chiffre d'affaires de 21,2 milliards de dollars, légèrement sous l'estimation de 21,38 milliards, et un bénéfice par action ajusté (dit « core ») de 1,43 dollar, au-dessus du consensus de 1,41 dollar mais en baisse de 3 % sur un an. Le bénéfice par action GAAP recule plus fortement, de 15 %, à 1,26 dollar. Sur l'ensemble de l'exercice fiscal 2026, le chiffre d'affaires progresse de 3 %, mais ce chiffre cache une réalité plus dure : deux des trois points de croissance viennent de l'effet des devises et un seul de la hausse des prix, tandis que le volume réel de produits vendus ce trimestre n'a strictement pas bougé. Le PDG Shailesh Jejurikar a résumé l'exercice en évoquant un « environnement géopolitique et économique difficile ».

C'est ce dernier point qui mérite qu'on s'y arrête. Depuis plusieurs années, la croissance de P&G reposait sur un mécanisme simple : augmenter régulièrement les prix de ses marques (Tide, Pampers, Gillette, Ariel) plus vite que l'inflation, en pariant sur la fidélité de ses clients. Ce trimestre, ce moteur est retombé à zéro : ni le volume, ni le prix, ni le mix de produits n'ont contribué à la croissance organique. Le consommateur a manifestement atteint une limite de tolérance aux hausses de tarifs répétées. À cela s'ajoutent des vents contraires bien identifiés : un impact attendu de 1 milliard de dollars lié aux tarifs douaniers en 2026, et un plan de restructuration du portefeuille de marques et de l'organisation, annoncé en juin 2025, qui doit coûter entre 1 et 1,6 milliard de dollars avant impôts sur deux ans pour rationaliser les coûts et réinvestir dans la croissance.

Pourquoi mon filtre valide 8 critères sur 10

Malgré ce ralentissement, P&G reste un business de très grande qualité sur le plan financier : marge nette de 19,2 % (près d'un cinquième du chiffre d'affaires finit en bénéfice net), nombre d'actions en baisse de 1,15 % par an grâce à des rachats réguliers, marge de free cash flow de 16,7 % (la part du chiffre d'affaires transformée en cash réellement disponible), marges qui s'élargissent sur la durée, et un rendement du capital investi en cash de 38,0 %, un niveau élevé pour un groupe de biens de consommation. Sa dette nette se rembourserait en 1,70 année de free cash flow, un bilan solide (voir mon guide sur la dette dans la méthode Lubin pour comment je juge ce critère).

Un chiffre technique mérite d'être expliqué, car il illustre bien le rapport de force d'un géant comme P&G face à ses fournisseurs et distributeurs : son délai net d'encaissement est négatif, à -34 jours. Concrètement, P&G met en moyenne 127 jours à payer ses propres fournisseurs, alors qu'elle ne conserve son stock que 66 jours et encaisse ses clients (essentiellement des distributeurs comme Walmart ou Carrefour) en seulement 27 jours. Ce déséquilibre n'est pas un accident : c'est le résultat d'un pouvoir de négociation considérable sur ses fournisseurs, qui permet à P&G de faire financer une partie de son besoin en fonds de roulement par ses partenaires plutôt que par sa propre trésorerie, un privilège réservé aux très grands acteurs d'un secteur.

Deux critères échouent néanmoins, et ils sont directement liés au ralentissement observé ce trimestre : la croissance des ventes ne progresse que de 2,3 % par an en moyenne sur cinq ans, et celle du free cash flow par action seulement 3,2 % par an, deux rythmes faibles pour une entreprise qui doit justifier une valorisation de croissance. Ce sont très exactement les deux critères qui matérialisent, chiffres à l'appui, ce que l'actualité du trimestre vient de confirmer : le moteur de la hausse des prix s'essouffle.

Le prix : cher malgré un multiple qui semble raisonnable

P&G se valorise 24,3 fois son free cash flow des douze derniers mois, un multiple qui, pris isolément, ne semble pas extravagant : il reste sous le seuil de 25 fois que je considère comme raisonnable dans l'absolu. Mais un multiple ne se juge jamais seul : il faut le rapporter à la croissance qu'il est censé rémunérer. Mon modèle de prix d'achat raisonnable, qui projette la trajectoire réelle de génération de cash par action sur cinq ans, ressort à 69,27 dollars, contre un cours actuel de 146,10 dollars : une surcote d'environ 53 %.

C'est la leçon la plus utile de cette analyse : un P/FCF de 24 fois n'est pas automatiquement bon marché si la croissance sous-jacente du cash par action ne progresse que de 3,2 % par an. Payer 24 années de cash pour une machine qui n'accélère quasiment plus revient à payer le prix d'une croissance qui ne se matérialise pas dans les chiffres. P&G reste un compounder tranquille et rentable, mais son prix intègre encore une dynamique de croissance que le trimestre qui vient de tomber contredit directement.

Ce qui pourrait dérailler la thèse

Le risque le plus immédiat est la poursuite de la résistance du consommateur aux hausses de prix, qui obligerait P&G à choisir entre défendre ses marges ou reconquérir des volumes, un arbitrage rarement indolore. Les tarifs douaniers (1 milliard de dollars d'impact attendu en 2026) et les coûts de restructuration (jusqu'à 1,6 milliard de dollars sur deux ans) pèsent directement sur le bénéfice à court terme. Enfin, la concurrence des marques de distributeur, moins chères, s'intensifie généralement quand le pouvoir d'achat des ménages se tend, un risque structurel pour l'ensemble du secteur des biens de consommation de marque.

FAQ

Pourquoi la croissance organique de Procter & Gamble est-elle tombée à zéro ?

Parce que le moteur principal de sa croissance depuis plusieurs années, la hausse régulière des prix de ses marques, s'est arrêté ce trimestre : ni le volume, ni le prix, ni le mix de produits n'ont contribué à la croissance organique, signe que les consommateurs résistent désormais aux hausses de tarifs répétées.

Pourquoi le délai net d'encaissement de Procter & Gamble est-il négatif ?

Parce que P&G met en moyenne 127 jours à payer ses fournisseurs, alors qu'elle encaisse ses propres clients en seulement 27 jours et tourne son stock en 66 jours. Ce pouvoir de négociation avec ses fournisseurs, réservé aux très grands groupes, lui permet de faire financer une partie de sa trésorerie par ses partenaires.

Un P/FCF de 24 fois est-il cher pour Procter & Gamble ?

Le multiple seul ne semble pas extravagant, mais il faut le comparer à la croissance qu'il rémunère : avec un free cash flow par action qui ne progresse que de 3,2 % par an, mon modèle juge l'action surcotée d'environ 53 %. Un multiple modéré peut rester cher si la croissance sous-jacente ralentit.

Faut-il acheter l'action Procter & Gamble après ces résultats ?

La qualité du business reste réelle (8 critères sur 10), mais mon modèle de prix d'achat raisonnable vise 69,27 $ contre un cours de 146,10 $, une surcote d'environ 53 %. Le ralentissement de la croissance organique à zéro ce trimestre rend ce prix d'autant plus exigeant. Ceci n'est pas un conseil en investissement personnalisé, fais tes propres recherches.

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À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).