Faut-il acheter l'action Vallourec (VK) en 2026 ?
2026-07-31 · Par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment
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Vallourec valide 6 de mes 10 critères de qualité, avec une trésorerie nette désormais positive après une restructuration de sa dette qui l'a menée près de la faillite en 2021. Mais le chiffre d'affaires recule depuis 2023 et mon modèle indique une surcote de 75,2 % malgré un multiple qui semble raisonnable. Voici mon verdict.
D'un pas de la faillite à la trésorerie nette positive
Vallourec fabrique des tubes en acier sans soudure utilisés pour forer et exploiter des puits de pétrole et de gaz, un métier de fournisseur spécialisé pour l'industrie de l'énergie. L'entreprise est surtout connue en France pour avoir frôlé la faillite en 2021, écrasée par une dette héritée d'années d'investissements ratés et d'un marché pétrolier déprimé : les créanciers ont alors accepté d'échanger une large part de cette dette contre des actions du groupe, une restructuration qui a massivement dilué les actionnaires historiques (le nombre d'actions en circulation progresse encore de 2,87 % par an en moyenne sur cinq ans, une trace directe de cet épisode).
Depuis, l'histoire a changé de nature. Vallourec a refinancé sa dette restante en 2024 (des obligations à 7,5 % remplaçant une dette à 8,5 %, un gain récurrent estimé entre 30 et 35 millions d'euros par an) et a atteint son objectif de désendettement : au 30 juin 2026, la trésorerie nette du groupe ressort à 183 millions de dollars, contre 46 millions fin 2025, soit une entreprise qui n'a plus de dette nette du tout, une transformation radicale pour un nom qui semblait condamné il y a cinq ans.
Pourquoi mon filtre ne valide que 6 critères sur 10
Vallourec valide des critères solides pour une industrielle cyclique : marge nette de 9,3 %, marge de free cash flow de 10,1 %, marges en expansion sur cinq ans, et surtout plus aucune dette nette (« Pas de dette nette » dans mon filtre, un statut rare pour une entreprise qui portait plusieurs milliards de dette il y a peu). Le rendement du capital investi en cash atteint 13,8 %, proche de mon seuil de 15 %, un niveau honorable pour l'industrie lourde.
Ce qui casse la note parfaite, c'est la trajectoire récente des ventes : le chiffre d'affaires recule de 7,9 % par an en moyenne sur cinq ans, avec un pic à 5,11 milliards de dollars en 2023 suivi d'une chute à 4,03 milliards en 2024 puis 3,81 milliards en 2025. Le free cash flow suit une pente comparable, de 482 millions au pic 2023 à 384 millions en 2025 (après un plancher à 321 millions en 2024). La cause structurelle : la demande de tubes pétroliers dépend directement des dépenses d'investissement des compagnies pétrolières et gazières, qui ont ralenti après le pic de forage post-2022. C'est un métier de fournisseur d'un secteur cyclique, pas une entreprise qui contrôle sa propre demande.
Le prix : un multiple qui semble raisonnable, mais une trajectoire qui pèse
Vallourec se valorise 13,5 fois son free cash flow annuel (P/FCF), un multiple sous mon seuil de vigilance de 25 fois et qui se situe au 21,7e percentile de son secteur (l'acier), largement sous la médiane sectorielle de 33,5 fois. À première vue, ce n'est pas un prix qui semble exagéré pour une entreprise qui vient de retrouver une trésorerie nette positive.
Mais mon modèle de prix d'achat raisonnable, qui projette la trajectoire de cash par action sur cinq ans plutôt que de se fier au seul multiple du jour, situe le point d'entrée à environ 5,16 dollars contre un cours actuel de 20,81 dollars. C'est une surcote de 75,2 %. La raison : avec un free cash flow par action en baisse de 12,6 % par an en moyenne sur cinq ans, la trajectoire récente pèse lourdement sur le prix que mon modèle juge raisonnable, même si le multiple affiché aujourd'hui n'a rien d'extravagant. Le marché semble avoir déjà intégré une bonne partie de l'histoire du redressement (dette éliminée, dividende exceptionnel) sans que la tendance opérationnelle récente (ventes et cash en repli depuis le pic de 2023) ne la confirme pleinement.
Le vrai débat : la générosité envers les actionnaires peut-elle durer ?
Vallourec s'est engagée à distribuer entre 80 % et 100 % de sa génération de trésorerie totale à ses actionnaires, une politique très généreuse pour une ex-entreprise en quasi-faillite. Concrètement, le groupe prévoit de distribuer près de 650 millions d'euros sur l'année calendaire 2026, dont 110 millions de rachats d'actions, le solde sous forme d'un dividende intérimaire exceptionnel de 2,05 euros par action. La génération de trésorerie globale progresse d'ailleurs nettement d'un trimestre sur l'autre (118 millions de dollars au 2e trimestre 2026, contre 67 millions un an plus tôt), un signal positif à court terme.
Le vrai débat porte sur la durabilité : une politique de distribution aussi généreuse (jusqu'à 100 % du cash généré) laisse peu de marge pour investir dans la croissance future ou pour absorber un nouveau creux du cycle pétrolier. C'est un pari sur la stabilité du cycle actuel plus qu'un moteur de croissance à long terme, une nuance importante à distinguer d'une entreprise qui réinvestit pour composer sa croissance dans la durée.
Comment je tranche
Vallourec reste une vraie histoire de redressement (dette éliminée, trésorerie nette positive, distribution généreuse aux actionnaires) et mon filtre valide 6 critères sur 10, un score honorable pour une industrielle cyclique. Mais mon modèle indique que le prix actuel suppose une stabilisation, voire un rebond, de ventes et d'un cash flow qui reculent depuis 2023, une hypothèse que la trajectoire récente ne confirme pas encore. Je préfère voir le chiffre d'affaires et le cash par action se stabiliser avant de payer le prix actuel, exactement le type de vérification que mon outil d'analyse d'actions automatise pour ne jamais confondre une belle histoire et des chiffres qui la confirment. Je garde la fiche de Vallourec en observation pour la suite.
- Vallourec valide 6 critères sur 10 : plus aucune dette nette après sa restructuration de 2021, marges en expansion, mais ventes en repli depuis 2023.
- Chiffre d'affaires en baisse de 7,9 % par an en moyenne sur cinq ans (pic à 5,11 milliards de dollars en 2023, 3,81 milliards en 2025), reflet du ralentissement des investissements pétroliers et gaziers.
- Trésorerie nette positive de 183 millions de dollars mi-2026 (contre 46 millions fin 2025) : une transformation radicale pour une entreprise qui a frôlé la faillite en 2021.
- P/FCF de 13,5x, en apparence raisonnable (21,7e percentile de son secteur), mais mon modèle indique une surcote de 75,2 % compte tenu du free cash flow par action en baisse de 12,6 % par an.
- Politique de distribution très généreuse (80 à 100 % du cash généré, dividende exceptionnel de 2,05 dollars par action en 2026), mais qui laisse peu de marge pour financer la croissance future.
FAQ
Pourquoi Vallourec a-t-elle failli faire faillite en 2021 ?
Une dette lourde héritée d'années d'investissements ratés et d'un marché pétrolier déprimé a menacé la survie du groupe. Les créanciers ont accepté d'échanger une large part de cette dette contre des actions, une restructuration qui a fortement dilué les actionnaires historiques mais a sauvé l'entreprise.
Vallourec a-t-elle encore de la dette aujourd'hui ?
Non : au 30 juin 2026, le groupe affiche une trésorerie nette positive de 183 millions de dollars, contre 46 millions fin 2025. C'est une transformation radicale par rapport à la quasi-faillite de 2021.
Pourquoi le chiffre d'affaires de Vallourec baisse-t-il malgré le redressement financier ?
La demande de tubes pétroliers dépend directement des dépenses d'investissement des compagnies pétrolières et gazières, qui ont ralenti après le pic de forage post-2022. C'est un métier de fournisseur d'un secteur cyclique, indépendant de la qualité de la gestion financière du groupe.
Faut-il acheter l'action Vallourec en 2026 ?
Mon filtre qualité valide 6 critères sur 10, mais mon modèle indique une surcote de 75,2 % par rapport à mon prix d'achat raisonnable, le free cash flow par action étant en baisse depuis le pic de 2023. Ceci reste une analyse et non un conseil en investissement personnalisé : fais tes propres recherches.
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À propos de l'auteur
Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).