Lubin Investment · Blog

Actions espagnoles : Amadeus et Aena devant Inditex

2026-10-23 ·

Analyser une action sur Lubin Investment

En Espagne, Amadeus (10 sur 10), Aena (8 sur 10) et Ferrovial (7 sur 10) ressortent. Aena et Ferrovial cotent de peu sous mon seuil d'achat, alors que celui d'Amadeus est 37 % sous son cours et celui d'Inditex 66 %. Les électriciens Iberdrola et Endesa ne valident que 4 critères sur 10. Les banques passent mal ma méthode de prix.

Quand on parle d'actions espagnoles à un investisseur français, il répond Inditex, la maison mère de Zara, puis Santander. Madrid reste une place que l'on connaît par deux logos et un électricien. Pourtant, c'est un des marchés les plus étonnants d'Europe : un vendeur de billets d'avion, un gestionnaire d'aéroports et un constructeur d'autoroutes y côtoient des électriciens très endettés.

J'ai passé onze valeurs de Madrid dans ma grille. Elle juge d'abord la qualité d'une entreprise (marges, croissance, cash généré, dette, nombre d'actions), sur 10 critères, séparément du prix. Puis elle compare le cours au cash libre produit, c'est-à-dire l'argent qui reste une fois les investissements payés, pour estimer un seuil d'achat raisonnable. Voici ce que ça donne.

Quelle société espagnole passe le mieux le test de qualité ?

Amadeus, et de loin : 10 critères sur 10. C'est la société qui fait fonctionner les réservations des agences de voyages et des compagnies aériennes. Chaque fois qu'un billet est réservé via ce système, elle touche une petite commission, ce qui produit un flux de revenus régulier, qui ne dépend pas de la météo ni du prix du kérosène.

Les chiffres sont ceux d'une machine bien huilée : 21,3 % des ventes finissent en cash libre, le rendement du capital investi dépasse 37 %, et le nombre d'actions baisse d'environ 1,6 % par an grâce aux rachats. Le cash libre par action progresse d'environ 18 % par an sur cinq ans. Attention à un piège de lecture : la croissance des ventes de 25 % par an sur la période part d'un creux, celui de la crise sanitaire, et ne se reproduira pas.

Amadeus est-elle trop chère après la secousse du Moyen-Orient ?

Le 31 juillet 2026, Amadeus a publié un premier semestre plus calme : des ventes de 3,33 Md€ en hausse de 5,1 % à taux de change constants, un cash libre de 472 M€ (+0,8 %), et un rachat d'actions de 500 M€ mené à terme en juin. Le groupe attribue le ralentissement au conflit au Moyen-Orient : le trafic aérien mondial a reculé en avril et en mai, une première en quinze ans hors période Covid. Il a vu de premiers signes de reprise en juillet, mais prévient que ses objectifs peuvent ne pas tenir si la situation se dégrade.

Côté prix, l'action se valorise 17,5 fois son cash libre. Mon modèle, volontairement prudent, place mon seuil d'achat à 34,6 €, soit 37 % sous le cours de 54,8 €. Le marché paie donc déjà la reprise. Je n'ai pas de série d'historique exploitable pour comparer ce multiple à son propre passé, je ne prétends donc pas que l'action est chère par rapport à elle-même, seulement qu'elle est au dessus de ce que ma méthode accepte. J'ai déjà détaillé son modèle d'affaires dans mon analyse d'Amadeus.

Aena : un aéroport peut-il être un bon placement ?

Oui, quand il est géré comme Aena, qui exploite la quasi totalité des aéroports espagnols. Le mécanisme est simple : les compagnies paient des redevances à chaque passager et à chaque atterrissage, et les boutiques et parkings s'y ajoutent. Les tarifs sont encadrés par un régulateur sur plusieurs années, donc la visibilité est grande, mais la marge de manœuvre limitée.

Au premier semestre 2026, Aena a gagné 1 002 M€ (+12,1 %) pour des revenus de 3,30 Md€ (+10,1 %), avec une marge d'EBITDA de 54,5 % et 190 millions de passagers (+3,9 %). Une partie de cette hausse vient d'un report temporaire de voyageurs vers l'Espagne, vu comme destination sûre : c'est un coup de pouce que la société elle-même ne traite pas comme durable, et elle table sur environ 3 % de trafic en plus pour l'année.

Ma grille donne 8 critères sur 10. 27,5 % des ventes deviennent du cash libre et celui-ci progresse d'environ 23 % par an sur cinq ans. La dette nette représente environ trois ans de cash libre, ce qui est confortable pour un exploitant d'infrastructures. Seule vraie réserve : le chiffre d'affaires par salarié progresse moins vite que mon seuil. Sur le prix, l'action se valorise 22,8 fois son cash libre et se trouve environ 3 % sous mon seuil d'achat : c'est correct, pas bradé.

Ferrovial : pourquoi le bénéfice peut-il baisser de moitié sans être grave ?

Le 28 juillet, Ferrovial a annoncé un bénéfice net de 258 M€, en baisse de 52 %. Titre alarmant, mais la raison est comptable : le premier semestre 2025 contenait de grosses plus-values de ventes d'actifs. Hors cet effet, l'EBITDA ajusté a progressé de 14 % à 746 M€ et le carnet de commandes de la construction atteint 18 Md€.

Ferrovial gère des autoroutes à péage (dont la 407 ETR, près de Toronto) et des participations aéroportuaires, puis construit des infrastructures. Dans ma grille, elle obtient 7 critères sur 10. Le cash libre par action progresse d'environ 21 % par an et la marge atteint 18 %, mais le chiffre d'affaires par salarié recule, ce qui reflète l'importance de la construction, un métier de main-d'œuvre. Elle se valorise 19,2 fois son cash libre, environ 3 % sous mon seuil d'achat.

Inditex vaut-elle son prix de reine ?

Inditex est une très belle entreprise : 8 critères sur 10, un rendement du capital de 31 %, et une trésorerie nette de 10,4 Md€ au premier semestre de son exercice, qui s'est terminé fin juillet. Ses ventes y ont atteint 19,76 Md€ (+7,6 %, +9,2 % hors effets de change) et son bénéfice 2,98 Md€ (+6,8 %). Elle ferme aussi des magasins : 5 444 points de vente, contre 5 528 un an plus tôt, au profit de surfaces plus grandes et du digital.

Son problème est le prix. L'action se valorise 26,4 fois son cash libre et mon seuil d'achat, à 18,6 €, est 66 % sous le cours de 55,2 €. Ce seuil est sévère parce que mon modèle suppose que le cash libre par action, aujourd'hui élevé, revienne vers sa moyenne des dernières années. Cela peut se discuter pour une marque qui allonge les bonnes années, mais la méthode reste la même pour toutes les sociétés. La croissance du cash libre, d'environ 6 % par an, est aussi sous mon seuil de 10 %.

Pourquoi les électriciens déçoivent-ils malgré des bénéfices en hausse ?

Iberdrola a annoncé le 22 juillet un bénéfice net en hausse de 22 % à 4,34 Md€. Mais une plus-value d'environ 953 M€ sur la vente de son activité au Mexique explique une bonne part de cette hausse, et le bénéfice ajusté ne progresse que de 7,8 %. Surtout, ses investissements ont bondi de 25 % à environ 7 Md€ sur le semestre et sa dette nette ajustée atteint 54 Md€.

Voilà la mécanique des électriciens : ils construisent des réseaux et des centrales, dépensent presque tout leur cash dans ces chantiers, et leurs actionnaires attendent des années pour en voir le rendement. Résultat dans ma grille : 4 critères sur 10 pour Iberdrola comme pour Endesa. Le cash libre par action d'Iberdrola recule d'environ 5 % par an et son action se valorise 44 fois son cash libre. Cellnex, qui loue des tours de télécommunications, obtient 5 critères sur 10 avec une dette égale à près de 39 ans de cash libre. Cela ne veut pas dire que ces sociétés sont mal gérées, seulement qu'elles ne cochent pas ce que je cherche.

Et les banques, Santander et BBVA ?

Santander obtient 6 critères sur 10 et BBVA 7. Elles semblent attirantes, BBVA se valorisant moins de 10 fois son cash libre. Mais pour une banque, les dépôts des clients figurent au bilan comme une dette, et le cash libre est brouillé par les mouvements de prêts. Mon seuil d'achat n'est donc pas exploitable pour elles, et je ne le cite pas. J'ai expliqué cette limite dans mon article sur la valorisation des banques.

Que montre le tableau ?

SociétéCritères validésCash libre pour 100 € de ventesValorisation (fois le cash libre)Cours face à mon seuil d'achat
Amadeus (AMS)10 sur 1021 €17,5Seuil 37 % sous le cours
Aena (AENA)8 sur 1027 €22,8Cours 3 % sous le seuil
Inditex (ITX)8 sur 1016 €26,4Seuil 66 % sous le cours
Ferrovial (FER)7 sur 1018 €19,2Cours 3 % sous le seuil
BBVA (BBVA)7 sur 10non comparable9,9Non exploitable (banque)
Cellnex (CLNX)5 sur 1013 €34,4Dette 39 ans de cash libre
Iberdrola (IBE)4 sur 108 €44,1Seuil 84 % sous le cours
Endesa (ELE)4 sur 1010 €20,1Seuil 75 % sous le cours

La lecture est franche : la qualité espagnole se trouve dans les services à péage et à abonnement, pas dans l'énergie. Aena et Ferrovial sont aujourd'hui les deux seules des onze valeurs à cumuler une note solide et un cours sous mon seuil d'achat, de peu. Amadeus est la plus belle des sociétés, mais attend un meilleur point d'entrée.

Comment je résume l'Espagne ?

Pour moi, Madrid est une place où le nom le plus connu, Inditex, n'est pas le meilleur pari, et où les électriciens, très présents dans les portefeuilles français, sont ceux qui passent le plus mal le test. Si tu veux creuser, la fiche d'Amadeus et celle d'Aena détaillent chaque critère, et ma méthodologie complète explique comment les notes sont construites. C'est ce que j'ai voulu pouvoir faire pour n'importe quelle place boursière, et pourquoi j'ai construit mon site. Pour situer l'Espagne face au reste du continent, relis aussi mon étude sur l'Europe.

FAQ

Quelle est la meilleure action espagnole selon ta méthode ?

Amadeus est la mieux notée, avec 10 critères sur 10. Mais son cours est au dessus de mon seuil d'achat. Aena et Ferrovial sont aujourd'hui juste sous leur seuil, avec 8 et 7 critères sur 10.

Pourquoi Inditex n'est-elle pas en tête ?

Parce que sa qualité est élevée (8 sur 10) mais que son prix l'est aussi : son cours est très au dessus de mon seuil d'achat, calculé de façon prudente.

Les actions espagnoles sont-elles éligibles au PEA ?

Une société cotée à Madrid et dont le siège est dans l'Espace économique européen est en principe éligible, mais vérifie toujours auprès de ton courtier : chaque cas dépend du siège de l'émetteur.

À lire aussi

Analyser une action sur Lubin Investment

À propos de l'auteur

Écrit par Lubin Danilo, fondateur de Lubin Investment. Investisseur particulier autodidacte, l'analyse fondamentale me passionne et m'a donné d'excellents résultats. Cela fait désormais trois années que ma performance bat le S&P 500. Mais analyser chaque action me prenait trop de temps : des sites aux données incomplètes, des méthodes de calcul et des critères jamais alignés sur les miens. Et repérer les meilleures actions était tout aussi chronophage, même avec ma liste de critères bien définie. J'ai donc mis mon expérience en développement à profit pour créer ce logiciel, bâtir ma stratégie d'investissement sur les résultats de celui-ci et en faire profiter les gens partageant la même passion que moi. Il juge séparément la qualité d'un business et son prix, à partir de critères inspirés de la littérature financière (Warren Buffett, Michael Mauboussin, Aswath Damodaran).